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Parti de gauche, la belle affaire si c’est pour y rester. Dissidence !

Arrivé à droite

 

Si vous êtes partisans de l’égalité hommes-femmes, vous cherchez clairement à passer pour des fachos auprès des partisans de l’égalité femmes-hommes. Méfiez-vous.

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Jean2Mamans

 

PapaPorte1Robe

 

 

Chers lecteurs,

Ouvrons une parenthèse dans la ligne éditoriale de ce blog, et délaissons un instant nos conversations sociologiques ou politiques. Exceptionnellement, aujourd’hui je vais vous parler d’un petit bout de ma vie privée qui s’appelle l’architecture. Je suis architecte. C’est mon métier. Je sais que ça n’a absolument rien à voir avec la choucroute, mais j’avais envie de vous faire un petit exposé, comme ça, parce que je vous aime bien, et surtout parce que j’en ai un peu marre d’entendre pas mal de bêtises au sujet des architectes et de l’architecture ! En fait, l’architecte est un homme très méconnu, quand il n’est pas carrément méprisé – si si, ça arrive – et c’est donc l’occasion de faire un petit point sur la question !

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Bon. Concrètement, c’est quoi l’architecture ?

Pour faire simple, on va dire que si vous mettez des parpaings les uns sur les autres, vous posez concrètement un acte de construction. Mais pour que cette construction ait un caractère architectural, il vous faut lui insuffler un supplément d’âme, sans quoi ce n’est qu’un tas de brique ou un bête cube de béton. Certes, on fait des tas de briques tout à fait résistants aux intempéries, on fait même des cubes de béton très bien isolés ! Mais l’architecture surgit quand les choses prennent soudain du sens, quand une composition structure les choses, quand une disposition heureuse lie les éléments construits les uns aux autres.

Il suffit parfois de pas grand’chose pour rendre une composition heureuse : penser à aligner toutes ses fenêtres à la même hauteur, placer l’escalier à un endroit stratégique dans une pièce, axer des éléments similaires sur une trame régulière, éviter les passages compliqués à travers les pièces, penser des rangements qui vous permettent de profiter pleinement de toute votre surface habitable, penser l’harmonie des matériaux et des couleurs, penser la façon dont la lumière entre dans les espaces et structure les volumes, etc.
Encore faut-il penser le projet construit dans sa globalité, et anticiper toutes les implications d’usage, de technicité, et d’esthétique.

Comme j’aime les comparaisons et les analogies, je vais vous aider à visualiser la différence qui sépare l’acte de construire de l’acte architectural : tout simplement, imaginez la différence qui existe entre "se nourrir" et "la cuisine", entre "s’habiller" et "être élégant", entre "produire des sons" et "faire de la musique", entre "prendre une photo" et "faire de la photographie", entre "écrire des phrases" et "faire de la littérature".

Construire est un acte utilitaire, comme prendre une photo pour avoir un souvenir ou enfiler une chemise pour ne pas avoir froid – ce qui n’est pas vil en soi, puisque c’est de l’ordre de la nécessité – ; l’architecture, elle, permet de dépasser les simples utilités pour offrir en plus du Solide, un surplus de Pratique et de Beau, voire de Sens. Ingérer quelque chose pour étancher sa faim, c’est bien, mais élaborer l’harmonie d’un vrai bon plat c’est autre chose. Enfiler un pull quelconque et un pantalon lambda vous protège du froid et de la nudité, mais vous ne méritez vraiment pas de ressembler à un gros sac à patate sous prétexte que "mais si, mais si, ça tient chaud". Pensez plus loin que les limites strictes du besoin matériel. Comme disait un type célèbre : "l’homme ne vit pas que de pain".

Après, c’est une question du goût et de sensibilité. Certains n’aiment que les grandes violonnades, d’autres ne jurent que par Stockhausen ; certains n’aiment que les plats en sauce traditionnels, d’autres préfèrent les audaces de la nouvelle cuisine. Certains n’aiment que la bonne vieille pierre – quitte à faire dans le pastiche historicisant –, d’autres goûtent plus facilement le graphisme des formes minimales et abstraites – quitte à vivre dans un lieu moins chaleureux. Tout est possible, y compris les compromis et les mélanges.

Deuxième question : à quoi sert un architecte ?

L’architecte est celui qui, en premier lieu, imagine et conçoit un projet de construction. Il prend le temps de réfléchir à la façon de concrétiser un programme, il analyse toutes les contraintes (souhaits du client, façon d’accéder au bâtiment, orientation des espaces, conformité avec les règlements d’urbanisme, etc.), fait des croquis, des esquisses, des plans, éventuellement des maquettes, pour s’assurer que tout cela tient la route et que le client comprend bien ce qu’on va lui livrer.

Ensuite, quand le projet prend sa forme définitive, l’architecte pose ses crayons et enfile sa casquette de chef d’orchestre pour faire le gros du boulot : régler des paperasseries (genre permis de construire), s’assurer que les entreprises choisies ne sont pas des branquignols qui vont se barrer avec la caisse au premier souci, vérifier que les problèmes techniques sont résolus (il passe où le tuyau des chiottes ???), mettre son nez dans la comptabilité pour n’arnaquer personne, suivre le chantier et ses aventures, et livrer un bâtiment avec le moins de déconvenues possibles ! Bref, l’architecte a plusieurs cerveaux qui fonctionnent en même temps : un cerveau artiste, un cerveau technicien, un cerveau diplomate pour accorder tous les interlocuteurs d’un projet, un cerveau-calculette, un cerveau climatologue,…

Concrètement, un architecte dessine généralement des bâtiments, mais il est fréquemment disposé à s’atteler à tout ce qui tourne autour : l’environnement plus large (urbanisme, paysagisme, espaces publics,…) comme l’environnement plus détaillé (décoration, architecture d’intérieur, mobilier, aménagements,…). Un même architecte peut dessiner une ville tout entière, et les poignées de portes qui vont avec !

Troisième question : "Mais les architectes, c’est pas des mecs à la masse qui se payent leurs onéreux délires-qui-servent-à-rien et fabriquent des maisons aussi chaleureuses que des cuves en inox ?"

Ahlalala, mes amis, quelle détresse d’entendre ça… Les architectes traînent une terrible réputation, et ils en sont largement responsables malheureusement, à cause de leurs expérimentations parfois extrêmes du siècle dernier ! Cependant beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et la profession est quand même infiniment plus sérieuse et plus fiable aujourd’hui qu’au milieu du XXème siècle ! D’une part, nous avons des normes solides à respecter. Entendre son voisin comme s’il était à côté de vous, c’est terminé. Le chauffage qui s’enfuit par des murs froids et humides, c’est terminé. Les infiltrations foireuses, c’est terminé. La construction neuve est aujourd’hui très sérieusement exécutée. Le risque zéro n’existe pas, et un bâtiment neuf peut toujours souffrir de petits soucis, mais globalement nous avons tourné la page de l’amiante, des murs en cartons et des esthétiques staliniennes.

D’autre part, si quelques architectes font parfois parler d’eux pour leurs frasques financières, d’abord ils n’en sont pas toujours responsables directement, et ensuite ils occultent l’immense majorité des autres qui fournissent un travail correct. Quand un élu local veut se payer son Chambord-Médiathèque pour quelques centimes seulement, très vite le budget explose pour que Chambord-Médiathèque ressemble au plus magnifique des manifestes électoraux, et toutes les accusations convergent alors vers …l’architecte ! Ah il a bon dos l’architecte !
Le cas général, je vous rassure, c’est quand l’architecte surveille les coûts et les surcoûts et se met justement au service du portefeuille de son client ! On a de la déontologie, je vous assure !

Quant au stéréotype de l’artiste qui conçoit des espaces merdiques et invivables, il dépend surtout de vous ! Vous voulez un séjour façon bunker anti-atomique ou une chambre à coucher façon chambre froide de restauroute ? Aucun problème, je vous fais ça si ça vous fait plaisir ! Mais si vous voulez plutôt un joli parquet en chêne et des fenêtres qui donnent plein sud sur une belle terrasse, je vous le fais aussi avec joie !

La question qui fâche : "Prendre un architecte, ça coûte un bras, non ?"

La réponse tient en un mot :

- NON

Et je vais vous expliquer pourquoi.

1. Comme je vous l’indiquais, l’architecte est au service du portefeuille de son client. Il analyse les devis, il vérifie la fiabilité des intervenants, il fait le ménage dans les prestations inutiles éventuellement proposées par les entreprises. En gros, il est votre premier bouclier contre les arnaques, et elles sont malheureusement plus fréquentes qu’on ne le croit quand on n’y connaît pas grand chose en matière de bâtiment.

2. Comme il suit votre chantier, il vous évite les malfaçons, il fait des réunions de chantier pour tenir le délai, il vous empêche de payer quoi que ce soit qui ne vous a pas été fourni. Chacun sait que les délais ne sont pas toujours tenus rigoureusement – tout projet est un prototype, et on n’est jamais à l’abri des imprévus que réservent, par exemple, le terrain ou le voisinage –, mais préférez-vous avoir éventuellement quinze jours de retard, ou à coup sûr quinze mois de retard sur la livraison ?

3. Comme il s’assure que le travail est bien fait et que les réglementations sont respectées, en plus des économies de temps face à la paperasse, vous ferez des économies de chauffage quand vous serez dans votre bâtiment, et vous ferez même des économies de stress puisque c’est lui qui se colle le sale boulot pour vous !

Tenez, je vous donne deux exemples. Rien que l’année dernière, j’ai pu avoir connaissance de deux chantiers désastreux parce que menés sans architecte.

Dans le premier cas, monsieur X voulait faire des gros travaux de façade ayant une incidence sur son intérieur. C’était de toute évidence des travaux beaucoup plus gros que ce qu’il avait imaginé, mais passons. Il avait payé des acomptes incroyablement élevés à une entreprise sélectionnée à la légère, pour un résultat construit proche de zéro, avant que l’entreprise ne mette la clef sous la porte et s’enfuie dans la nature avec tout son argent. Sur le chantier abandonné in medias res, quasiment rien n’avait été fait ; le peu qui avait été fait était absolument inqualifiable, et le tout avait pris des mois et des mois. Bref, du délire complet. Niveau contrat, rien n’avait rédigé dans les formes : pas de délai mentionné noir sur blanc, pas de pénalités de retard, pas de preuves de la fiabilité de l’entreprise,… Monsieur X faisait confianceAi-je besoin de préciser que tout ce petit monde travaillait sans le moindre plan sur le chantier ? Monsieur X, impuissant à rattraper les margoulins, dut finalement se résoudre à prendre une autre entreprise pour finir le boulot. Résultat, son chantier lui a coûté le prix de deux chantiers, et lui a pris dix fois le temps nécessaire…

Dans le deuxième cas, monsieur Y avait d’abord sollicité l’avis d’un architecte pour agrandir sa maison. Il voulait avoir les conseils d’un professionnel, qui pourrait lui confirmer – ou pas – la faisabilité du projet, et lui proposer des solutions ingénieuses. Ce qui fut d’abord fait, avec sagesse. Mais au moment de signer un engagement noir sur blanc avec l’architecte, la sagesse quitta mystérieusement monsieur Y et il affirma qu’il ferait finalement ce projet sans faire appels à ses services. Il en avait le droit ; c’était un revirement aussi soudain qu’étrange, mais c’était tout à fait son droit après tout. Il se résolut donc à travailler directement avec une entreprise de construction, qui saurait bien lui faire une extension potable – c’est pas compliqué bordel, il suffit de faire quatre murs et un toit, qu’est-ce qu’on va s’emmerder avec un architecte si c’est pour dessiner quatre murs et un toit ? hein ? Le résultat fut un chantier géré par personne, pour bâtir un projet pas dessiné, qui accumula les imprévus et les surcoûts (quand on n’a rien dessiné, forcément on n’a rien prévu et rien anticipé), pour s’interrompre brusquement au milieu de la boue pour causes de conditions plus ou moins frauduleuses. Une stratégie de l’économie qui a mené à un désastre…

Faire l’économie d’un architecte vous met en situation de prendre vos responsabilités ! Heureusement, il existe quand même beaucoup d’entreprises de bâtiment sérieuses, mais tâchez de vous mettre à l’abri de mésaventures terribles qui peuvent engloutir vos économies et vous causer bien des tracas. Je ne dis pas ça pour vous faire peur, je dis cela parce qu’un chantier d’apparence simple et facile engage en réalité des paramètres parfois très complexes, et mieux vaut savoir à quoi on s’attaque.

A contrario, je vous cite un exemple très simple et très heureux, pour vous montrer qu’un architecte sert quand même avant tout à résoudre des problèmes :

Monsieur et Madame Z projetaient depuis longtemps de démolir leur extension existante, qui consistait en un bric-à-brac vétuste de constructions bordéliques accolées les uns aux autres, pour rebâtir tout cela proprement. Je vous épargne les désagréments de la vétusté : fuites d’eau, fenêtres pourries et autres joyeusetés. Mais, paralysés par l’incapacité d’imaginer ce que pourraient être tous ces mètres carrés s’ils étaient complètement refaits à neuf et réorganisés rationnellement, ils n’osaient pas prendre de décision.

Finalement, ils tombèrent sur un architecte qui leur proposa une esquisse. À l’aide de croquis et de plans, un projet devenait visible et envisageable. Et soudain, un futur possible prenait forme : ici un vestibule avec une grande penderie et un WC, là une cuisine lumineuse, et là, une très grande pièce ouverte sur le jardin dans toute sa largeur, avec une façade chic et sobre. Sans chichi et sans luxe, mais juste avec des espaces bien pensés et des fenêtres bien placées. Après quelques mois de réflexions et d’affinage du projet, ils confièrent le chantier à l’architecte. Je vous assure qu’ils goûtent aujourd’hui au grand bonheur de vivre dans une maison transfigurée !

Conclusion

Voilà, c’était un article un peu long, je vous remercie d’être arrivés jusque ici ! J’espère que ce petit exposé vous a offert des pistes de réflexion intéressantes et donné l’occasion d’avoir un regard nouveau sur un métier aux enjeux assez méconnus. Et si vous voulez avoir un avis de professionnel pour votre projet (une maison à construire ? un siège social à bâtir ? une grange à réhabiliter ? un appartement à transformer ? un commerce à redécorer ?) vous savez comment me contacter !

PaselKuenzel

Gauche et Droite sont devenus caducs pour cerner l’identité politique des gens ou des courants de pensée. Il faut ajouter un deuxième axe de lecture pour ne pas mélanger tout et n’importe quoi. Cet axe, c’est celui de la composante libérale ou anti-libérale, comme l’a très bien compris quelqu’un comme Michéa. Et cet axe est beaucoup plus méconnu à gauche qu’à droite. Voilà pourquoi j’ai concocté le tableau ci-dessous.

Chez les gens de gauche, on met cathos intégristes et rapaces capitalistes dans le même panier, alors que d’énormes divergences les opposent. Par exemple – pour donner une illustration simple de l’utilité de ce tableau – le catho intégriste est partisan des frontières étanches, alors que le businessman souhaite la circulation des marchandises et des capitaux la plus libre possible à travers le monde. Le catho intégriste est attaché au patrimoine naturel jusqu’au conservatisme radical, quand le businessman ne voit aucun problème à bétonner des hectares de centres commerciaux au pieds des châteaux de la Loire. Deux vision de "la Droite" complètement différentes, séparées par l’axe idéologique de la pensée libérale.

Les choses, bien entendu, sont encore plus complexes que cela, et des champs idéologiques a priori opposés trouvent parfois des convergences que mon tableau ne rend pas évidentes. Par exemple : on trouve les plus grands partisans de l’agriculture biologique dans le champ haut-gauche et dans le champ bas-droite, mais pour des raisons complètement différentes.

Ce tableau va forcément trouver son lot de critiques et de réactions, mais c’est normal. Il est forcément incomplet, et parfois peut-être contradictoire.

Notamment, je vois déjà venir ceux qui critiquent le fait que communisme et nazisme soient dans le même panier, c’est-à-dire à gauche. De nos jours en effet, il est convenu de penser que si le communisme est d’extrême-gauche, le nazisme est d’extrême-droite. Pourtant, rien n’est de droite dans le nazisme : le nazisme est pour l’hygiénisme, l’eugénisme, l’euthanasie, pour l’annihilation de l’individu dans la masse politisée (images célèbres des rassemblements géants typiques des systèmes totalitaires), pour l’adhésion au Parti Unique, contre la valorisation de l’héritage, contre le christianisme, contre la monarchie, pour le renouveau à base de tabula rasa (la nouvelle race régénérée, une culture toute neuve avec un drapeau pondu hors de toute historicité réelle), contre la souveraineté des peuples natifs et de leurs frontières (puisque envahissant le plus de voisins possibles). Etc.

Autre paradoxe apparent : la libre-pensée est dans le même champ que le totalitarisme. On sait les systèmes totalitaires particulièrement ennemis de la liberté de penser. Mais ce qu’on appelle la libre pensée est, concrètement, massivement véhiculée par des utopistes de gauche qui rêvent du Grand Phalanstère égalitaire et athée, projet soi-disant merveilleux où chacun est l’égal de tous, mais qui est concrètement une communauté d’hommes-machines qui se retrouvent à se surveiller les uns les autres jour et nuit.

Bon, trêve de baratin, je vous laisse prendre connaissance du truc ci-dessous.

[Cliquez sur l'image pour agrandir]

Tableau Politique

En 32 secondes l’excellent Fabrice Luchini explique pourquoi il adorerait être de gauche. Évidemment c’est savoureux, c’est à écouter avec malice, et c’est à  voir ici >>>

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EVERSTYL

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Cette courte déclaration de Luchini condense ce que disait déjà ChicType (incontestablement le meilleur blog de cette époque) en 2004 dans un article intitulé "Je n’aime pas le journal Libération", et que je vous copie-colle ci-dessous parce qu’il n’a pas pris une ride et qu’il est toujours aussi nécessaire.

"Le journal Libération est un bon outil de validation d’opinions. Il m’arrive de vérifier que je ne me trompe pas. Je lis « Libé », et si le journal défend la position inverse qui est la mienne, alors je sais que je ne me trompe pas. Parfois nos opinions convergent, alors je réétudie la question, et à ma grande surprise, il m’arrive parfois d’être d’accord avec Libération. Mais c’est sacrément rare et tellement cocasse que lorsque cela se produit, j’éprouve une sorte d’euphorie. J’ai l’impression un court instant d’être socialiste, et c’est agréable de se sentir socialiste.

J’aimerais bien être socialiste. Ça me permettrait de me sentir intégré à la grande famille médiatique et artistique. Ça me permettrait d’être en phase avec la politique de ma ville. Ça me permettrait de ne pas me sentir insulté par les gens qui s’expriment à la télévision. Dix fois par jour, en lisant les journaux, en allumant le poste ou en regardant les affiches citoyennes de mon merveilleux quartier pluriel de Belleville, j’aurais l’impression d’être en phase avec mon époque, d’appartenir pleinement à cette société et de ce fait j’aurais le sentiment profond d’être chez moi, parmi les miens. Si j’étais socialiste, Bénabar, Mickey 3D et Sergent Garcia exprimeraient des choses qui sont au fond de moi et je prendrais plaisir à les écouter. Je serais fier d’ appartenir au pays qui dans 50 ans sera à majorité musulmane mais avant tout laïc. Je serais content aussi de voir ce bout d’occident devenir une sorte de Brésil sans palmiers.

Oui mais non. En général, quand je lis Libération, je comprend que j’appartiens à ce qui doit se nommer le camp ennemi, la bête immonde m’ayant sans doute contaminé par morsure un jour où l’autre, en dépit de mon plein gré bien sûr (comme tout citoyen de mon acabit, je suis avant tout un type qui souffre, qui exprime un désarroi et qui au fond demande à l’État qu’on l’aide à faire son bonheur ) à moins que ça soit un problème de réincarnation, autant que je me souvienne, j’ai toujours vomi les gens du style Jospin, Delanoë, Marie Georges Buffet, etc… Mais le pire pour moi, c’est quand même ces gens qui se définissent comme « sociologue », « psychanalyste » ou « intellectuels », en général « maître de conférence » dans une université à la con (Saint Denis ou Nanterre) et qui ont droit à la page « opinion » de Libération.

Ce qui est utile de lire dans Libération, c’est la critique cinéma. Ils aiment ce que je hais et haïssent ce que j’aime. C’est utile quand il faut choisir un film. Exemples:

Le Village de M. Night Shyamalan, que Libé titre « parabole bondieusarde et réac. »,« du plaisir, les spectateurs de cette sinistre parabole risquent de n’en éprouver aucun. », « navet janséniste », « Le village de Shyamalan fait passer la Petite Maison dans la prairie pour Sodome et Gomorrhe. ». « Le village n’est-il pas une sorte de réserve pour WASP archaïques, ces Anglo-Saxons blancs et protestants que le cinéaste venu d’Inde regarde avec circonspection ? Shyamalan ne nous invite-t-il pas à quelque parallèle lourd de sens avec l’Amérique traumatisée par le 11 septembre ? Encore faudrait-il que la morale du film celui qui a péché doit être puni pour que la vie «normale» reprenne son court ne nous dise clairement dans quel camp se range le cureton Shyamalan. Il fait mine de s’inquiéter de l’isolationnisme de ses héros culs-bénits, mais montre surtout qu’il comprend leurs craintes et éprouve pour eux de la sympathie. Pas nous. »

Ça donne envie d’aller voir ce film, non? Ça doit être le même critique qui qualifiait le film « Amélie Poulain » de film pétainiste. Étonnant aussi de voir à quel point le critique ne juge le film que par le biais de la morale et de la politique, comme si le talent était défini par le champ idéologique. Effectivement, le film de M. Night Shyamalan est différent de tout ce qui se fait car c’est un des rares films qui ne versent pas dans l’universalisme, dans le trip « on est tous frères sur la terre », dans le « tous ensemble » mondialiste. N’importe qui aurait pris le point de vue inverse de M. Night Shyamalan, et aurait fait en sorte que le Village s’ouvre avec bonheur au reste du monde. Que M. Night Shyamalan ai choisi une autre option fait particulièrement chier le critique de Libération, et ça, c’est un plaisir.

Autre film où Libé crache son venin, l’excellente « Armée des Morts », sous titrée « Remake insipide et apolitique du chef-d’œuvre de George Romero. », Libé reprochant principalement à ce film de ne pas avoir de message politique aussi évident que l’original, « Zombies » de Romero. Hors c’est précisément la grandeur de ce film, en gommant le message, qui exprimait aussi une forme d’idéalisme, l’auteur de la nouvelle version en a fait un film désespéré moderne.

« Zombie » était une mise en garde par rapport à la société de consommation, or dans cette société nous y sommes, ça n’a plus d’intérêt de faire une mise en garde. Et c’est justement parce que de facto le film ne peut plus se permettre le luxe de mettre en garde que finalement, le message social est encore plus désespéré que la version des années 70. Comme si on allait expliquer que le feu ça brûle à un grand brûlé ! Mais ça, dans un cerveau nécrosé par l’œuvre de de Dziga Vertov d’un critique de Libération, c’est difficile à comprendre. Dans la version originale il y avait aussi une certaine empathie vis-à-vis des zombies, la parabole étant : le supermarché, c’est l’Amérique, et les zombies qui essaient d’y rentrer, ce sont les crevards qui peuplent la planète et qui veulent eux aussi des richesses, en gros, le tiers-monde. Dans la nouvelle version, il n’y a plus cette empathie. Là aussi c’est un choix qui démontre qu’on a radicalement changé d’époque, que le zombie ne peut plus être perçu seulement avec le prisme humaniste du « bon sauvage », victime avant d’être bourreau. C’est aussi cela qui était extrêmement noir dans cette deuxième version et qui colle profondément à notre époque, on ne peut même plus se permettre d’avoir pitié pour ces sauvages sanguinaires…

(« Hey, monsieur le critique de libération, les seventies c’est terminé! »)

Parfois aussi dans Libé ils aiment les films. Par exemple, « Gozu » de Takashi Miike, qui a réussi à se faire pâmer le critique de Libé devant tant d’audace. « Gozu » est simplement le plus mauvais film que j’ai pu voir au cinéma de ma vie. C’est laid, ça n’évoque rien, c’est pédant, c’est consternant, c’est chiant, c’est provoquant mais sans conséquence, c’est opaque pour un non-japonais, c’est de la merde en boite pour connard de critique de Libération. Et le critique de Libé aime. C’est si différent, si original, faut être si ouvert pour apprécier de film…

Hormis allumer le feu, Libération a donc une utilité, celle de m’indiquer quels films ils haïssent que je peux aller voir, et quels films ils aiment qu’a priori je dois éviter."

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