septembre 2008


Aujourd’hui, pour la première fois de toute ma vie, j’ai considéré avec bienveillance un homme qui portait une chemise rose [ou un polo rose, je ne me souviens plus mais c'est la même chose]. Autant vous dire que c’est un grand jour ! Je ne sais pas si ça vous fait le même effet, mais moi, les chemises roses portées par des hommes, c’est rédhibitoire. Ça vous campe illico une palette de profils socioprofessionnels assez réduite, qui va du winner d’école de commerce inculte, au catho prout-prout à col relevé et tignasse façon "je me laisse pousser les cheveux depuis le stage d’école de voile à Belle-Île, Marie-Appoline adore", en passant par la clique des Jeunes Pop aux fuck-smiles affutés.

Mais si le bougre du jour portait bel et bien toute sa catholicitude dans le port de son brushing, de ses mocassins à boucles, de sa serviette d’étudiant sage, et de sa chemise rose donc, il arborait d’une étrange façon ses quelques bijoux. Autour de son cou, une chaînette d’or retenait sa médaille de baptême ainsi que la médaille miraculeuse de la rue du Bac, dépassant ostensiblement de sa chemise. Et autour de ses doigts, des bagouzes discrètes mais inhabituelles chez un jeune homme de ce genre ne pouvaient s’empêcher de porter un sens "religieux".

C’est assez difficile à décrire, mais tout chez ce jeune homme clamait "je suis catholique et je ne compte pas tenir ce feu sous le boisseau de la "sphère privée". Je ne suis pas catho comme vous pourriez le croire, je suis catholique, vous comprenez la nuance ?".

Bref j’avais face à moi un Croyant, un Résistant, un Chevalier. C’est rare par les temps qui courent. L’effet Benoît XVI ?

Skyrock, la Halde et vos impôts organisent un grand concours de lyrics !
Si vous avez des lyrics qui dénoncent grave, c’est par ici que ça se passe >>>.
Si vous n’avez pas de lyrics mais que vous voulez quand même dénoncer, c’est par là que ça se passe >>>.

Bravo à Jean-Pierre R. de Bobigny pour cette belle participation. Nous espérons que ses lyrics seront retenus.

"Les associations tenantes du Grenelle de l’environnement, en l’absence de toute réflexion dialectique, veulent en réalité renforcer le contrôle du système sur la vie humaine, par les lois, les textes, les ceci et les cela, au nom du Bien. C’est la même folie, au nom du Bien, qui fait faire à la dynamite des « chemins de randonnée » pour être « au contact de la nature ». La même encore, qui faisait argumenter pour un projet de téléphérique vers le sommet du Mont Blanc, du « droit des handicapés à profiter de la montagne ». La puissance technique s’habille du Bien. Le renforcement des contrôles sur l’homme, pour le rendre conforme au système, s’habille du Bien.

Ce droit de chacun de profiter de l’espace est bien conforme à l’idéal libéral de l’espace sans qualité, indéfiniment ouvert, et vide par nature, par rapport à la réalité de l’espace douloureux à conquérir, qui se paye d’aventure et d’effort, l’espace de la quête de la liberté humaine. Et ce droit de tous à arpenter l’espace sans effort, à consommer passivement de l’espace, avec des machines, avions, quads, « tout terrains », est bien plus assuré que le droit du pauvre à fréquenter une plage privée, ou du mendiant à fréquenter certains centre-villes. Ces dernières interdictions d’espace choquent moins, au nom de la Propriété. Nous laissons interdire les enfants pauvres des plages privées, et sommes gênés d’interdire les transhumances aux engins motorisés.

De même, 96% des déchets sont produits par l’agriculture et l’industrie, et ces gens veulent culpabiliser les utilisateurs de couverts en plastique jetables. On nous sert la culpabilité et la coercition comme moyen de régler les problèmes du système. Un exemple supplémentaire de double contrainte, entre la publicité et « la consommation moteur de la croissance », et l’horreur de la consommation polluante.
L’association impossible de la consommation et de la conservation est caractéristique. On rencontre cela partout dans l’idéologie moderne, ces oxymores contraires à la raison, comme le « développement durable », comme si le développement pouvait être autre chose que la consommation du durable, et donc sa destruction. Je répète : l’idéologie moderne nie la réalité des contraires. C’est la cause et l’effet d’une déréalisation due à la croyance naïve de l’homme libéral, son oubli d’être un fragment, sa toute puissance illusoire."

Récemment découvert mais alimenté depuis janvier 2008, "Les délices de l’âge de fer" propose quelques réflexions de bon aloi. Je vous conseille sa dernière note, dont est extrait le texte ci-dessus. C’est à lire ici >>>.

Je ne sais pas pourquoi, mais mon petit doigt me dit que ce genre de prose pourrait bien plaire à l’ami Ludovic. L’intuition masculine est-elle fiable ?

Connaissez-vous le véritable sens du drapeau européen ?
Cliquez ICI ou bien !

Appel à contribution de mes lecteurs les plus éclairés :
Quelqu’un pourrait-il me donner les définitions précises du constructivisme et du déconstructivisme ; et en quoi ils se distinguent l’un de l’autre ?
J’ai parfois tendence à prendre l’un pour l’autre, ce qui est une erreur.

Contre les Modernes, il est un affront si grand qu’il est un véritable sacrilège, et qui tient en ces trois mots : "Interdit au public".

Ce texte traînait dans mes brouillons depuis plusieurs semaines. Il est encore confus, mais j’ai tout de même décidé de le mettre en ligne dans son état d’ébauche, comptant sur votre indulgence.

Le temps où l’on pouvait se définir comme humaniste est révolu. C’en est fini de cette engeance athée et positiviste qui pullule depuis trop de siècles en Occident, et qui mesure ses valeurs de respect ou de tolérance à l’aune d’un idéal humain rempli de vertus, de civilités et de politesses "universelles" et "évidentes" envers ses congénères.

Il faut pour de bon clouer le bec aux sociologues du fait religieux, qui condamnent indistinctement toutes les manifestations de foi quand elles dépassent du cadre de la gentillesse "humaniste". Ils n’ont rien contre l’islam, pourvu qu’il soit humaniste. Ils n’ont rien contre les chrétiens, pourvu qu’ils soient humanistes. Ils n’ont rien contre les bouddhistes, pourvu qu’ils soient humanistes. Ils n’ont rien contre les satanistes ou les raëliens, pourvu qu’ils soient humanistes.

Tant que l’humanisme avait l’Occident chrétien pour environnement, son combat anti-obscurantiste était, mutatis mutandis, assez limité : Dieu est une superstition, la foi est un phénomène ennemi de la raison, le péché est une entrave à la jouissance inventée de toute pièce par une Église avide de pouvoir et d’oppression, le Christ n’est qu’un vague guide spirituel plus ou moins illusionniste, notre corps nous appartient – et en particulier le corps des femmes ; ce genre de choses. Le folklore religieux, ses costumes, ses cérémonies, ses sacrements, sa hiérachie, son encens, ses goupillons et sa kyrielle de saints, ne sont qu’idolâtrie et gesticulation.

Il est assez facile d’être humaniste dans ces conditions, car somme toute l’humaniste estime qu’il n’a pas besoin de trame transcendante pour structurer la bienveillance qui doit prévoir en tout, pour asseoir son mépris de l’hypocrisie ou du mensonge, pour échafauder une Weltanschauung entièrement rationnelle donc fondée sur le rejet de l’invérifiable. Pour l’humaniste, il apparaît évident qu’il faut être bon envers son prochain, évident que le racisme c’est mal, évident que l’intolérance – en particulier religieuse – est condamnable, évident que la femme n’est pas un objet de commerce ou de domination, évident que le pardon est plus grand que la rancœur, évident que l’esclavage est un scandale, etc. Oui, tout cela est évident, tout cela est élémentaire, tout cela peut parfaitement se passer d’une quelconque morale transcendante pour se justifier.

Mais voilà, les choses sont différentes à présent. L’humanisme ne vit plus au cœur de la société strictement chrétienne qui l’a vu naître. L’humaniste évolue aujourd’hui dans un monde laïcisé, où la chrétienté a reculé, et où d’autres manifestations du fait religieux font irruption sur la scène publique – en particulier l’Islam. Aujourd’hui, l’humaniste se trouve bien en peine de défendre la candide évidence de ses valeurs généreuses.

Ainsi, dans les conversations quotidiennes, il est couramment admis qu’un musulman qui excise sa fille, infibule sa femme, lapide sa cousine, ou commet des violences envers des non-musulmans pour ce seul motif n’est pas un bon musulman. Vulgairement, on l’entend dire qu’il n’a rien compris à sa religion, qu’il n’est pas un vrai croyant, que c’est un égaré de l’intégrisme, que c’est tout simplement un con et un obscurantiste. En gros, il compte bien faire admettre qu’on peut être à la fois un musulman accompli et un humaniste accompli. Après tout, un bon chrétien, qui pardonne à son prochain, qui prône l’amour et le partage, n’est-il pas sur la voie de l’humanisme ?
Alors, pourquoi d’autres religions ne le permetrraient-elles pas, puisque toute religion – la religion en général – est bien évidemment un ensemble de valeurs prônant l’amour du prochain ?

L’humaniste, enferré dans son système, n’a pas compris la nature de ses convictions. Il n’a pas compris ceci : l’humanisme, c’est le christianisme empaillé.

L’humaniste vit en réalité dans une formalité chrétienne qu’il a vidée de ses entrailles structurantes, prenant tout simplement la forme pour le fond.

À présent que l’éviction du sacré est accomplie, on voit l’humanisme s’effondrer sur lui-même et se retourner contre lui-même. C’est le retour d’une forme de civilisation païenne, où les mœurs humanistes eux-mêmes se corrompent d’avoir tranché leurs liens avec la chrétienté.

On voit des gens se draper du manteau d’hermine de l’humanisme pour vous enseigner qu’il faut avorter les difformes à titre préventif et encourager le suicide volontaire des bouches inutiles. Ils vous enseignent que les archaïsmes familiaux doivent tomber, qu’on peut louer le ventre d’une miséreuse à l’autre bout du monde pour y faire pousser ses gosses ; c’est le commerce équitable.

Mais on sent un profond malaise. Les questions de la polygamie pointent le bout de leur nez dans les questions sociales contemporaines. Le débat créationniste prend de plus en plus de place. On sent bien que le fait religieux n’est pas un magma uniforme et harmonieux, on sent bien que finalement, chrétiens, juifs et muslmans n’ont pas le même Dieu. Dès lors, où trouver nos fondements moraux [beurk !] pour défendre l’image du couple ? Si demain la société occidentale reconnaissait la pleine valeur des familles polygames – il faut encourager la société multiculturelle, n’est-ce pas ? –, comment empêcher trois hommes de réclamer un ménage à trois parfaitement légal et béni par la République ? Un ménage à quatre ? Cinq ? Et pourquoi pas ? Quelles bornes trouvera l’humanisme pour se définir, quand le cadre chrétien qu’il reniait se trouve suspendu dans le vide ? N’était-il pas si formidablement humaniste de faire coexister les cultures dans le même espace ?

Il était évident que l’institution du mariage pouvait se passer de solennité sacrée pour se définir. Il était évident que le mariage devenu civil pouvait se rompre à volonté. Il était évident que le caractère hétérosexuel du mariage devenait caduc. Il était évident que la notion même de mariage devenait obsolète. Il était évident que l’amour devait présider à tout, qu’il justifiait l’inanité des masquarades cérémonielles. Il était évident de s’aimer les uns les autres. Il était évident de ne point faire à autrui ce que l’on ne voulait pas qu’il nous fît. Il était évident qu’il ne fallait point juger de la paille dans l’œil du voisin tant qu’on avait une poutre dans le sien.

La société laïque/humaniste/païenne d’aujourd’hui ne vit plus que sur des béquilles et des échaffaudages, elle se trouve des rembourrages psychologisants pour faire tenir tant bien que mal la peau du cadavre empaillé du chritianisme. Veut-on mettre le holà au commerce des mères porteuses, on invoquera "le lien psychosocial qui construit l’affect entre l’enfant et sa mère", et je vous épargne les théories du "développement personnel dans un cadre autosocioconstruit de façon stable sur une représentation mentale du rapport maternel dans la conscience du fœtus". Veut-on justifier les missions de sauvetage du Tiers-Monde ou le maintien de la paix dans le monde, on invoquera le crime d’indifférence qu’on ne veut pas cautionner, en oubliant qu’il ne s’agit que d’une longue tradition qui mêle évangélisation et charité, rebaptisés pour l’occasion "humanitaire" et "progrès de la démocratie".

L’humaniste véritable, pourvu qu’il veuille bien ouvrir les yeux, ne peut que constater l’obsolescence de ses convictions : elles ne sont que christianisme désincarné, et absolument rien d’autre.

Entendu à la radio l’histoire du naufrage sur la Seine. Sans rire le moins du monde, les journalistes ont annoncé que les tests d’alcoolémie se sont avérés négatifs. J’espère que les témoins de la scène, juchés sur les berges ou sur les ponts, portaient leurs gilets jaunes pendant le drame.


Je n’étais pas à Paris ces jours-ci. J’ai aperçu Benoît XVI furtivement depuis la télévision d’une chambre d’hôtel. Je devais honorer une invitation ; un vieil ami se mariait au château de ses aieux. Plongée dans un milieu où la famille ne consiste pas à avoir une ascendance, mais une grande histoire, enracinée au sens le plus littéral du terme. Très émouvant. C’était beau. Une compagnie absolument exquise que j’aimerais côtoyer plus souvent.

Je n’ai donc eu que quelques échos du séjour de notre Pape, auquel je souhaite une longue vie tant il fait de bien à notre Église. J’ai entendu l’habituel charroi des ordures journalistiques, j’ai entendu les éternelles rengaines positivistes, j’ai entendu l’hystérie des inventeurs d’eau tiède, et la grande frustration des idéologues du Dialogue, qui ont du mal à admettre qu’au sein de l’Église, ce n’est pas parce qu’on "dialogue" d’un sujet qu’on finit par en admettre la pertinence ou la nécessité. Mais j’ai aussi entendu une sincère curiosité parmi ce chaos d’imbécillité. Guy Gilbert, que je croyais cool et chébran, fait cette excellente remarque dans le Figaro : "Jean-Paul II était une attraction, et Benoît XVI est quelqu’un qu’on écoute". C’est vrai, quelque chose est palpable : le Pape suscite un intérêt nouveau, en ce sens qu’il est crédible, c’est quelqu’un qui a des lettres, c’est un intellectuel, il n’est pas là pour nous parler de la tolérance ou de la gentillesse, c’est un homme qui a des arguments, c’est un homme qui réhabilite le sens et l’intelligibilité. Il est facile de railler un élan sentimental, ça l’est beaucoup moins quand on oppose une pensée extrêmement élaborée face à une société de débats vaniteux et de dialogues behavioristes. Longue vie à notre Pape, donc.

Un portrait (incomplet) de la réacosphère. Un inextricable gloubiboulga où Guy Gilbert serait jeune et de droite, où Jean-Hugues-de-la-Porte-de-Secours jouerait les Tyler Durden, où les Sex Pistols iraient à la messe tous les dimanches, où le beauf alcoolique rêverait de dandysme.
Des rebelles, des vrais. Qui fument alors que c’est interdit.

Bientôt une nouvelle édition des Journées du Patrimoine. Une fois de plus l’occasion de se rendre compte que la France est un gigantesque musée, un entassement de choses et de machins dont la beauté nous émeut d’autant plus que son sens et sa valeur véritables nous échappent un peu plus chaque jour que Dieu fait.

On verra sans doute des écriteaux pour nous expliquer des "Baptême du Christ" [huile sur toile], avec une petite légende pour nous expliquer que le Christ est ici ["recevant de l'eau sur la tête"], que Jean-Baptiste est là ["reconnaissable par son vêtement de peau de chameau"], que la petite colombe perchée au-dessus symbolise le Saint-Esprit, que la scène illustre un chapitre de la Bible, et plus particulièrement du Nouveau Testament. On retiendra vaguement le nom du fleuve, mais ça fait déjà trop d’informations nouvelles à retenir. On verra sans doute des visites guidées dans des quartiers ouvriers ou des hameaux paysans, où l’on découvrira en poussant des "ooooh" et des "aaaah" que l’habitat populaire des classes les moins aisées était pétri d’une intelligence qu’on ne nommait pas encore "écologique" ou "durable". On verra encore des colonnes d’ahuris faire la queue pour se promener dans des égoûts visqueux ou des greniers abandonnés, s’inscrire en masse pour "voir comment c’est fait les bureaux de la Préfecture", poireauter sous la pluie pour avoir le privilège d’entrer dans la maison du châtelain local – qu’on n’aime pas beaucoup mais comme il ouvre son salon, bah on va aller voir ses parquets et ses lambris du XVIIème siècle avec nos grosses bottes Aigle. Il y aura des écriteaux roses et jaunes pour vous enjoindre à pousser voracement toutes les portes qui s’offriront à votre vue, il y aura des concerts baroques dans des usines électriques désaffectées, il y aura des marchés aux bestiaux reconvertis en salle de classe de 1950, il y aura des parcours ludiques pour comprendre le patrimoine citoyen, on découvrira un pays entier baignant dans un pétillant formol.

Ce sera une fois de plus l’occasion de se rendre compte que les hordes populacières qui s’engoufreront aux guichets de la culture-pour-tous seront de manière frappante totalement exemptes de néofrançais. On nous assure pourtant qu’ils sont venus en France pour l’amour de la France ; en réalité la "France" ne les intéresse pas beaucoup, cet évènement en constitue une preuve manifeste. Ils sont bien plus nombreux à faire la queue pour venir aimer les bienfaits de la République. C’est plus concret.

Ce sera une fois de plus l’occasion de se rendre compte que tous les visiteurs des Journées du Patrimoine seront les touristes de leur propre culture, et où les grands absents sus-mentionnés seront touristes de leur propre pays d’accueil – mais en ce sens pourquoi les blâmer puisque les autochtones eux-mêmes sont déjà de véritables étrangers en leur propre pays ?

M. est issue d’une famille versaillaise. Bonne éducation, grands lycées, grandes écoles, employeur prestigieux de renommée internationale.

V. est issu d’une famille plus modeste mais il a reçu une bonne éducation, sort d’une grande école, et un certain goût de la réussite lui offre un début de carrière très prometteur.

M. et V. se sont mariés cet été. D’abord devant monsieur le maire, puis devant monsieur le curé. Réception chic, les jeunes mariés étaient très beaux ; ces demoiselles étaient ravissantes dans leurs chatoyantes toilettes, ces messieurs élégants, et ces dames exquises sous leurs chapeaux. Les enfants blondinets sortaient tout droit du catalogue Cyrillus. Le décor séyait à merveille à É., tout droit sortie d’un délicieux pastel de Vigée-Lebrun. Réplique presque parfaite de l’autoportrait au chapeau de paille. Du beau monde, bardé de diplômes, qui gagne de jolis salaires, qui règne sur le porte-monnaie de ses concitoyens. D’une certaine manière, une élite, puisqu’ils ont le privilège de gagner très vite leur vie, ce qui est loin d’être le cas de la majorité des haut-diplômés d’aujourd’hui. Une élite, puisqu’ils détiennent le pouvoir d’achat. Une élite, courtisée par la pub, les banques, les assurances et les marchands de bonheur. Une élite, à qui on ne fait pas trop d’histoires pour louer un appartement ou obtenir un crédit. Une élite, qui mène un train de vie très supérieur à la moyenne.

Mais cette élite-là nous offrit un mariage à la mesure de sa misère. Ca m’ennuie d’avoir à l’avouer car V. est mon plus vieil ami [on se connaît depuis bientôt trente ans], mais c’était une cérémonie navrante. Oui, je quand je parle du mariage, je parle bien de la cérémonie ; je ne vais pas vous raconter l’imposture du "mariage civil", laquelle dure une minute et quinze secondes dans une salle éclairée aux néons, et qui consiste à écouter un employé de mairie vous lire les fumeuses exigences de l’État en matière de moralité conjugale – il est interdit de rigoler – du haut de son Code Civil, sous les regards croisés d’une traînée à bonnet phrygien et d’un quiquennal faquin mal photographié.

Le mariage, donc, nous en apprît beaucoup sur la réalité de cette Catégorie Socio-Professionnelle Supérieure.

Quelques jours avant la cérémonie, j’eus vent des difficultés à élaborer le livret de messe. L’un ou l’autre des parents faisait des reproches au programme des jeunes mariés, jugeant leurs choix "trop… euh, trop religieux". Oui, il y existe des gens qui trouvent qu’une messe de mariage, dans une église, avec un curé, ne devrait pas avoir l’air "trop religieuse".

De fait, la messe ne fut pas "trop religieuse". Comme la communion est un acte un peu trop religieux, on opta pour une bénédiction nuptiale. La bénédiction nuptiale, ça fait messe, mais pas trop messe quand même. Ca tombait bien, le curé ne faisait pas trop curé non plus. Quand il est entré dans l’église, j’ai poliment dit "bonjour monsieur", comme à n’importe qui. Comment pouvais-je deviner qu’il était prêtre, tout déguisé en civil qu’il était ?

Le très païen "Matin" de Grieg ouvrit la cérémonie. Nous chantâmes d’inchantables chants, tous profanes. Nous entendîmes tout de même un Ave Maria, par la grâce d’un providentiel ipod. Les textes laissés au choix des époux étaient tous des textes profanes. L’ensemble donnait l’image d’une grande puérilité, d’une gentillesse un peu bébête, qui ne fait de mal à personne sinon à la crédibilité de l’Église et de la Foi en général. Que je sache, la France n’est pas la fille aînée des Bisounours.

La réalité, la voici : il s’agit d’une génération complètement déculturée. Même les grandes familles remplies de grands diplômes, de belles maisons et de comptes en banques garnis sont la proie du grand vide culturel. Dans le meilleur des cas, ils ont envoyé leurs gosses au catéchisme niais des années 80, sous la houlette d’aumonières laïques, ravies et sentimentales, et qui n’ont rien transmis de l’authentique exigence chrétienne qu’on appelle la morale. Étonnant de la part de parents qui sont issus d’une génération encore christianisée à l’ancienne école, mais somme toute très répandu – j’en sais quelque chose.
Dans le pire des cas, ils n’ont même pas été au catéchisme. Ils connaissent Jésus, les chapitres essentiels de son histoire. Ils ont retenu "aimez-vous les uns les autres", mais ils n’ont rien retenu d’autre qu’une leçon de gentillesse et de tolérance à cette école. Les Droits de l’Homme suffisent bien à se tracer une conduite.

Ils n’ont jamais écouté de chant religieux. La production de "grande musique" occidentale comporte un répertoire chrétien absolument gigantesque depuis plus de mille ans, et ils n’en ont absolument rien reçu. Un trésor inestimable gît dans la poussière de cette génération, mais ils sont incapables d’y discerner quoi que ce soit qui serait à la mesure de leur âme et de leur sensibilité. On ne les y a pas élevés, on ne les a pas jugés dignes de cet héritage. Il existe à foison des airs profonds et recueillis, des chants d’allégresse mystique – et pas forcément des compositions lyriques ou symphoniques inaccessibles –,  mais on chante "Dieu est une fête aujourd’hui, la fête de la vie, alléluia-ha-haha".

Je ne leur en veux pas, ils ont subi les caprices de leur parents. Mais je suis triste, parce que cette génération est incapable de comprendre le christianisme comme sa propre civilisation. Ils sont citoyens d’une République laïque où tout cohabite dans l’indistinction, les églises sont vides, les curés sont évidemment pédophiles, les bonnes sœurs ont des moustaches, la messe du dimanche à la télé est neuneu, les évêques parlent un langage étranger, les derniers croyants sont des têtes chenues, le Pape n’est pas toujours sympa.

Ils fréquentent le christianisme comme on retourne voir mémé de temps en temps à la maison de retraite. C’est un truc d’un autre âge, mais comme on a reçu sa maison en héritage, et bien on l’aime un peu quand même. Quand elle cassera sa pipe, on revendra ses fripes et sa quicaillerie sur eBay. Il y a sans doute des collectionneurs.

Il faut désormais prendre pour acquis ces nouvelles fêtes qui nous viennent d’ailleurs d’ici. Ne boudons pas notre plaisir, et festoyons toute la nuit ! Pour ne pas nous accuser de mauvaise foi, nous chanterons et danserons sur un air célèbre qui nous vient des rivages créoles de la République ; vous voyez bien qu’on œuvre dans le sens du métissage, de la diversité, du brassage des cultures, de la représentativité des minorités, tout ça. Chauffe Marcel !

Le bal masqué
[Cliquez pour écouter la chanson]

Au bal
Au bal masqué, ohé, ohé
Elle danse, elle danse au bal masqué
Elle ne peut pas
S’arrêter, ohé, ohé
De danser, danser, danser, danser, danser


 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant toute l’année on prépare les costumes
Dracula, Casanova
C’est un vrai plaisir de respecter les coutumes
Cendrillon, Napoléon
Aujourd’hui je fais ce qui me plaît, me plaît
Devinez, devinez, devinez qui je suis
Derrière mon loup, je fais ce qui me plaît, me plaît
Aujourd’hui, tout est permis
Aujourd’hui, tout est permis !

Au bal
Au bal masqué, ohé, ohé
Elle danse, elle danse au bal masqué
Elle ne peut pas
S’arrêter, ohé, ohé
De danser, danser, danser, danser, danser


 

 

 

 

 

 

 

 

C’est l’occasion rêvée de changer de partenaire
Superman, Spiderman
On peut s’envoler en gardant les pieds sur terre
Joséphine, Colombine
Aujourd’hui j’embrasse qui je veux, je veux
Devinez, devinez, devinez qui je suis
Derrière mon loup,
J’embrasse qui je veux, je veux
Aujourd’hui, tout est permis
Aujourd’hui, tout est permis !

 
 
 
 
 
 
 
 

Au bal
Au bal masqué, ohé, ohé
Elle danse, elle danse au bal masqué
Elle ne peut pas
S’arrêter, ohé, ohé
De danser, danser, danser, danser, danser

 

Joséphine, Dracula, d’Artagnan, Cendrillon
Jules César, Arlequin, Superman, Colombine
Napoléon, Bécassine, Casanova, Marylin
Aujourd’hui, j’embrasse qui je veux, je veux
Devinez, devinez, devinez qui je suis
Derrière mon loup, j’embrasse qui je veux, je veux
Aujourd’hui, tout est permis
Aujourd’hui, tout est permis !

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
Au bal
Au bal masqué, ohé, ohé
Elle danse, elle danse au bal masqué
Elle ne peut pas
S’arrêter, ohé, ohé
De danser, danser, danser, danser, danser
 

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