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Sinon, je suis volontiers pour le costumecravatekini au bureau, le joggingkini pour faire du sport, le bleudetravailkini pour aller à l’usine, le bavoirkini pour les enfants, la soutanekini pour les prêtres, le treilliskini pour les militaires, le sarouelkini pour les punks à chien, la blouseblanchekini pour les médecins, et le giletjaunekini quand on est en panne au bord de la route.
(PHOTO : Un militant du scaphandrekini luttant pour imposer son droit à se baigner dans la tenue de son choix.)

Scaphandrier Pieuvre

 

MauriceGDantec02

Adieu Maurice G. Dantec, donc.

Je ne me souviens plus du moment exact où j’ai découvert son existence, mais je me souviens que c’était dans les méandres du web, dans le bouillonnement post-11-septembre.

À cette époque-là, je me souviens que le monde tremblait. Avec l’effondrement du World Trade Center, une sorte de guerre mondiale était déclarée, mais nul n’imaginait la forme qu’elle prendrait, et nul ne saisissait vraiment le visage de l’ennemi. Nul ne savait vraiment, d’ailleurs, dans quel camp il se situait. L’anti-américanisme des uns donnait à imaginer des collaborations baroques avec les barbus, la paranoïa des autres laissait rêveur sur la santé mentale du « monde libre ». Le grand n’importe quoi était prêt à surgir. Le monde allait-il soudain s’embraser dans un conflit planétaire armé à l’issue hautement hasardeuse, ou bien au contraire entamer un inexorable et patient pourrissement par tous ses côtés, avec la lenteur d’une gangrène ? Les camps en présence avait-il encore des frontières à défendre ?

Quelqu’un écrivit alors que l’heure de la guerre civile mondiale était venue, et c’est Dantec qui était l’auteur de cette expression. La « guerre civile mondiale ». Personne n’a jamais mieux défini le décor – ou plutôt le Théâtre des Opérations, pour reprendre le titre de son Journal – dans lequel se déroulerait le XXIème siècle, décor avec lequel il faudrait composer de gré ou de force.

Voilà comment j’ai découvert Dantec. Avec la théorie de la guerre civile mondiale. Ça tenait la route.

Alors, intrigué, j’ai suivi le bonhomme de plus près. Pas franchement progressiste, le mec. Ça me plaisait : le catéchisme droit de l’hommiste de toute la presse et de toute la classe politique commençait à me donner la nausée. Homme du présent, et surtout homme du futur et de l’ailleurs, Dantec n’avait rien du passéiste non plus, ni du nostalgique borné. Très intéressant pour un réac. Monarchiste et catholique, il défendait pourtant avec force le camp de l’Amérique et la fraternité avec les Juifs. De plus en plus intéressant. Il échappait aux clichés et aux associations automatiques. Il déployait une pensée plus vaste. Il connectait des logiques inhabituelles. Il liait des affinités plus hautes et plus profondes. Il se foutait bien des catégories confortables et des idées qui font plaisir à penser. C’était un cyberpunk.

Je me suis alors plongé dans son Journal, avec le plaisir d’arpenter un sentier littéraire tout juste défriché, un territoire intellectuel à peine cartographié, avec des perspectives plus hautes sur le chaos contemporain. Dantec est celui qui me montra le mieux les « big pictures » du siècle à venir, la généalogie de ses lignes de force, et la terrible gestation qui grouillait dans les entrailles du monde moderne. Dès 1789, c’était plié. On avait enclenché la machine à atomiser. Plus rien ne pourrait l’arrêter. On avait décapité à tours de bras et rempli des fosses communes, ça n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. On allait en chier. Ici, maintenant, là-bas, loin, partout en même temps. Et, arrivés au pied des tours jumelles en ruine, les fils du nihilismes allaient prendre cher, parce qu’ils allaient rencontrer encore plus nihilistes qu’eux. À l’épreuve de l’Histoire, le Mal n’était pas un concept philosophique, aussi le Christ n’était pas qu’une opinion. Avec Dantec, j’ai compris que le catholicisme n’était pas une kermesse avec des guirlandes en papier crépon.

Si Philippe Muray, faisant une analyse parallèle, rigolait du même spectacle présent et à venir, Dantec proposait de ne pas en rester là et avait toujours à cœur de regarder plus haut, plus loin, certes avec des circonvolutions brouillonnes et du lyrisme mystique à la limite du chamanisme hermétique, mais toujours avec des fulgurances imparables qui atteignaient la Vérité en plein dans le mille.

À Dieu l’ami, et merci pour tout.

Jalons

Joie ! Basile De Koch​ a eu l’excellente idée de compiler tous les pastiches qu’il a concocté avec la fine équipe du groupe Jalons depuis les années 80.

« Jalons – Groupe d’intervention culturelle », un nom qui sonne sérieux comme un collectif de la pensée chiante, un nom idéal pour un groupe spécialisé en réalité dans le canular, la parodie et le pastiche, et qui lui permet, par cette appellation respectable, de glisser ses potacheries érudites à droite et à gauche sans avoir l’air d’y toucher. Et trompe ainsi tout ce petit monde qui, à force d’esprit de sérieux, « n’a plus ni sérieux ni esprit ». Et là où Jalons est très fort, c’est que non seulement ils sont très drôles (sinon je ne vous en parlerait pas), mais surtout ils arrivent à échapper complètement à l’humour engagé et au rire citoyen. On les devine plutôt anars de droite mais ils tirent à vue sur tout ce qui bouge avec une grande justesse et avec bon esprit.

Ce gros volume rassemble tous les pastiches des grands titres de la presse que le groupe a publié pendant ses années d’activités : Le Monstre, Laberration, Franche Démence, Lougarou Magazine, Le Figagaro, Le Cafard Acharné, etc., en plus de raconter en Avant-Propos comment cette bande de cancres bien élevés, moitié Dada moitié Science-Po, a cultivé l’art des manifestations absurdes et rigolardes à contresens du vent journalistique, politique ou militant. De la Manif contre le froid – au métro Glacière pendant l’hiver 1985 – au Mariage pour Personne en 2013, tout les bons mots sont rassemblés, dans un joyeux foutage de gueule entre gens de bonne compagnie.

Goûtant fort l’art de la parodie et du canular, je trouve là une véritable mine ! L’ouvrage étant exhaustif (250 pages), je n’ai pas eu le temps de tout lire ; je peux toutefois vous dire que Le Monstre, Le Figagaro et Fientrevue sont de véritables monuments du genre, parce qu’ils poussent le concept vraiment à fond, jusqu’aux encarts publicitaires, jusqu’aux dessins humoristiques signés Glandu ou de Jacques Fainiant, dans des mises en pages au graphisme impeccable. C’est absolument parfait.

Ça se trouve aux Éditions du Cerf, par ici >>>

Ideat Maryvonne

http://www.dailymotion.com/video/kITcm1NtFd9CewaXBTj

La République n’étant pas une structure politique mais une structure entièrement religieuse, plutôt que d’appliquer des mesures politiques, diplomatiques ou tout simplement légales, elle préfère déployer des moyens considérables pour abandonner son propre troupeau et partir à la recherche de la brebis égarée pour la ramener à la maison du Père. C’est beau comme tout, on est tout ému.

Seulement voilà : le principe de laïcité exige qu’on sépare la loi temporelle de la loi divine. Et nos frères égarés dans le djihad ne sont nos frères que dans une considération spirituelle ; dans une considération positive et politique, ils ne sont que des citoyens de nationalité française ayant choisi de faire une entorse délibérée envers le Code Civil et son article 25, ce qui se paye par une déchéance sans ambiguïté.

Je sais bien que la République est à la fois la Révélation, l’Église, le Catéchisme, le Tribunal et le Paradis, mais à un moment donné il faut arrêter les conneries et vivre dans le réel. Le réel, c’est que les traîtres à la Nation n’ont plus rien à faire dans la Nation, et que leur présence n’est plus souhaitable parmi le corps des gens honnêtes.

Il y a des milliards de gens dans le monde qui ne sont pas citoyens français, et je crois que beaucoup d’entre eux le vivent très bien. Ce n’est pas grave de n’être pas Français. On peut être quelqu’un de très bien sans être Français. Si, je vous jure que c’est possible, même si ça sonne comme un blasphème.

Je suis Louis

Manif Pluralisme Charlie

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