Le mois dernier, France 3 diffusait « La Soupe aux Choux », suivi immédiatement de « E.T. ». Je vous livre, un peu en retard, mon petit bilan de cette soirée Soucoupes Volantes.

Mettons les pieds dans le plat : c’est une soirée placée sous le signe du sacré. Mais pour mieux exposer mon propos, on va d’abord parler de E.T., pour mieux lire le contenu théologique qui traverse également la Soupe aux Choux.

1. E.T. débarque dans un monde déserté par le Père. Les enfants n’ont pas de père, il est parti quelque part « au Mexique ». La mère des enfants s’appelle Mary.

2. Le film est presque intégralement filmé à hauteur d’enfant, ce qui constitue un parti narratif extrêmement puissant, et assez unique au cinéma il me semble. Hormis la mère, les adultes n’ont quasiment jamais de visage. Les visages des adultes sont hors-cadre, ou dans l’ombre, ou masqués. Les adultes forment un monde hostile.

3. Le monde d’Elliott est également un monde de querelle : lorsque Elliott, souvent en conflit avec sa fratrie ou ses camarades de classe, fait la connaissance de E.T., il lui présente ses jouets : des figurines qui se battent et s’entretuent. Mais E.T. apprend à Elliott la concorde avec ses frères. E.T. est un artisan de paix.

4. E.T. est invisible aux adultes. Il ne se révèle qu’aux enfants ou aux âmes d’enfants. Même sous le nez de Mary, E.T. n’est jamais vu par elle, trop occupée qu’elle est à ses tâches ou à ses problèmes de grande personne.

5. E.T. opère des miracles : il guérit les blessures, ressuscite les plantes, fait voler les jouets, fait voler les enfants. Le contact des mains d’Elliott et de E.T. lors de la guérison est une citation explicite des mains de Dieu et d’Adam peintes par Michel-Ange au plafond de la chapelle Sixtine. E.T. est Maître de la Vie.

ET fingers

6. E.T. devient malade à partir du moment où il parvient à « phone home ». Elliott s’endort comme les disciples à Gethsémani. Lorsqu’il se réveille, il trouve E.T. mourrant au bord de la rivière. Il l’a abandonné au lieu de veiller sur lui.

7. E.T. est finalement capturé par les Adultes. Ils s’acharnent à le sauver de la mort. La vie d’Elliott et de E.T. sont liées par la même force, leurs vies sont tenues ensemble sur le même électrocardiogramme. Il y a une communion surnaturelle.

8. E.T. meurt. Il est mis au tombeau. Au moments de sa mort, le rideau transparent du bloc opératoire est déchiré comme tombe le voile du Temple lorsque le Christ expire. À ce moment, un des Adultes révèle son visage qui s’éclaire. Il prononce le mot de miracle pour qualifier la venue de E.T. sur Terre, même si le voici mort. Il a exactement l’attitude du soldat romain au pied de la Croix, qui était l’ennemi du Christ mais qui se convertit en disant « vraiment, celui-là était le Fils de Dieu ».
Elliott parle à E.T. mort à travers le hublot du tombeau, comme le Vrai Corps est exposé à travers le hublot de l’ostensoir.

9. E.T. resuscite dans le secret de son tombeau. Il se révèle à Elliott, vivant. Fun fact : E.T. est botaniste, tout comme le Christ ressuscité est pris pour un jardinier au sortir de son tombeau. Il est vêtu d’un linge blanc, il apparaît dans une lumière de paradis, son cœur est visible, il est enflammé, palpitant, lumineux, rouge sang.
E.T. est vainqueur de la Mort.

ET heart

19. E.T. quitte la Terre dans une Ascension vers le Ciel, sous les yeux de Mary qui s’agenouille. Il prononce un commandement d’amour : « Be good ». Son vaisseau trace dans le ciel une Arche d’Alliance. Fin du film.

ET rainbow

20. Elliott est clairement le Jean-Baptiste de l’histoire, l’annonciateur, le révélateur, celui qui l’a d’ailleurs baptisé. Son nom contient le nom d’E.T. E-lliot-T, comme les noms hébreux contiennent les attributs du Logos divin.

Les références christologiques sont innombrables, je ne vous fais que les plus explicites. J’aurais pu aussi vous parler de sa venue sur Terre à bord d’un vaisseau qui ressemble à un sapin de Noël, ou encore de sa première apparition à Elliott dans une cabane qui ressemble à s’y méprendre à une crèche de Bethléem.

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Okay, alors maintenant on va parler de la Soupe aux Choux. Ça va être plus court. La théologie vient, mais après quelques développements.

Très intéressant. La Soupe aux Choux, c’est à peu près le contraire de E.T., en tout.

Si E.T. est filmé à hauteur d’enfant, La Soupe aux Choux est entièrement filmé à hauteur de vieux.
E.T. filme des enfants querelleurs qui découvre la concorde, la Soupe aux Choux filme des vieux camarades que l’arrivée de l’extra-terrestre va risquer de séparer par un suicide. L’extra-terrestre va même arriver à séparer un couple pourtant marié par-delà la mort.

E.T. c’est le Monde païen nocturne qui découvre la lumière, La Soupe aux Choux c’est le Vieux Monde rural de la camaraderie et de la joyeuse crasse, foutu en l’air par l’arrivée d’un Monde d’Après obnubilé par la religion du progrès et le culte de « l’expansion économique » comme dit le Maire.

E.T. est l’être qui va tirer les humains de l’ignorance du vrai et du bon, la Soupe aux Choux ce sont les humains qui enseignent à l’extra-terrestre, issu d’un monde bureaucratique qui condamne le principe du Plaisir, en quoi consiste la vraie vie.

E.T. c’est le monde ancien qui attend le Messie, la Soupe aux Choux c’est le monde d’après qui se débarrasse du Messie.

La Soupe aux Choux, c’est le désarroi des enracinés, attachés à la mystique de la terre, à la générosité du potager, à l’immensité de l’ici, faisant face à une mystique de l’efficience économique, à la stérilité des loisirs et de la consommation, au nulle part des parkings et des lotissements.

Et Dieu ?

Le Glaude et le Bombé savent très bien où est Dieu. Il est dans le pain et dans le vin. Parce que « boire un canon, c’est de l’amitié ». Le Glaude et la Denrée, c’est le Petit Prince et le Renard de St-Ex : c’est en s’apprivoisant que l’on peut s’aimer en vérité. C’est en tissant du particulier, en instaurant des rites, en instaurant la Divine Soupe aux Choux qui transforme la société des robots Oxiens en civilisation de la saveur. C’est l’eucharistie, leur secret. Le sel de la terre. La mesure de levain dans la pâte à pain.

La Soupe aux Choux, c’est apporter littéralement la Terre des Gourdiflots au cosmos glacial, c’est la supériorité du Terroir aussi petit qu’un grain de sénevé sur l’Infini Intersidéral sans qualité.

Le Glaude et le Bombé sont des missionnaires, des apôtres. Leur monde les raille désormais, ils sont des débris, des vestiges, des reliques ringardes, des bêtes de foire égarées dans le Parc de Loisirs Mondial. Le désert spirituel d’Oxo leur tend les bras. Ils y seront considérés à leur juste valeur : des créateurs d’amitié. Une amitié qui déborde, qui tache, qui ne s’encombre pas de la pureté des hypocrites, une amitié qui fait des prouts et qui se fait des tapes dans le dos.

La Soupe aux Choux, film ultra-réactionnaire qui glorifie la paysannerie, condamne le stupide progrès, sait l’inanité de « l’expansion économique », se désole des jeunes filles qui ne connaissent plus la pudeur et la tenue, se navre des rêves parisiens qui échouent en cauchemars de serveuses parce que « la campagne c’est juste bon pour les ploucs », réhabilite la crasse qui sent le lard et célèbre l’eau fraîche des puits parce qu’elle transfigure le perniflard.

La Soupe aux Choux, c’est le Glaude qui fait le choix de pardonner à sa Francine et à son Bombé de l’avoir fait cocu, mais de ne jamais pardonner au Maire de vouloir l’exproprier.

La Soupe aux Choux est la victoire cosmique des Saintes Espèces.

Tout en insinuations militantes plus ou moins bien déguisées (je vous le donne en mille : la loi française est évidemment injuste et discriminante), écouter ce reportage de France Culture. La narratrice raconte son parcours de PMA en célibataire, et comment elle se tourne (à partir de la 20ème minute) vers les services d’insémination artificielle à l’étranger puisque son cas n’entre pas dans le cadre légal français.

Naïvement, découvrant la réalité de ces services, elle a cette phrase :
« Je pensais être hors-la-loi, je ne suis qu’une vulgaire consommatrice. »

Insinuation du reportage : Les méchants capitalistes profitent de la demande sociétale pour monter un gros business multinational.
Réalité : La fabrication d’êtres humains à la demande EST un marché en soi ; le libéralisme sociétal et le libéralisme économique sont une seule et même machine, permettant à l’humain d’être l’objet d’une commande et d’une transaction, qu’elle soit payante ou gratuite.

L’abolition des structures chrétiennes mène inéluctablement au retour sur le marché des personnes. Abolition du couple en ménage : création du marché du sexe (extension du domaine de la lutte, Meetic, Tinder,…). Abolition de l’écologie familiale : création du marché de la génétique et du marché de l’enfant (Cryos au Danemark, Eugin en Espagne,…).

Le christianisme s’est toujours efforcé de chasser du mariage la transaction commerciale. A contrario en effet, les sociétés païennes ont toujours pratiqué une forme d’achat, à tout le moins d’échange pour autoriser le mariage. Il est généralisé dans ces sociétés, en échange de l’obtention d’une femme, de donner à son père des biens, des bêtes, etc. Si l’on a aucun bien de valeur à céder, l’échange n’a pas lieu, le mariage se voit interdit de facto. Dans le monde païen, les enfants font régulièrement l’objet de transactions également. Par exemple, si la maison n’a pas d’enfant ou n’a que des filles, il est possible d’acheter un garçon pour en faire l’héritier de la ferme ou du magasin, afin que le nom et la lignée ne s’éteignent pas, afin que le travail et le patrimoine ne se perdent pas. Le christianisme condamne sans ambiguïté l’achat d’épouses, et condamne le marché aux enfants. Le monde post-chrétien revient à ce mode d’échange, mais sur le mode individualiste. Ce n’est plus la tribu qui est bénéficiaire et arbitre de l’échange : c’est la start-up, c’est le laboratoire de génie génétique, c’est la clinique des maternités sur demande. On a liquidé le consentement de la tribu, et tout se passe selon la formule consacrée « entre adultes consentants », mais enfin c’est un consentement à la marchandisation générale de sa disponibilité sexuelle et de sa disponibilité procréatrice.

Pour en revenir au reportage de France Culture et à son ton de militant qui ne dit pas son nom, il est plus que temps pour nos amis de Radio France, animateurs et auditeurs, de découvrir que les lois bioéthiques existant en France (pour combien de temps encore ?) et la conjugalité à l’ancienne ne sont pas seulement le meilleur rempart des gens de droite contre l’érosion d’un modèle familial traditionnel, elles sont tout autant le rempart des gens de gauche contre leur propre transformation en consommateurs volontaires de leurs semblables.

Très honoré de figurer parmi les lectures du Lapin Taquin, dans cette interview à lire sur l’Incorrect, ici >>> !

Le jeu consiste à récolter dans la gauchosphère le plus possible de citations (captures d’écran twitter, facebook, etc.) condamnant la présence d’enfants dans les manifs de droite ! À vous de jouer !

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Il y a encore du monde par ici ?

Vu sur un parking de supermarché : « Merci de réserver cette place aux futures et jeunes mamans ».

Je vous demande de saisir toutes les instances juridiques possibles pour faire condamner cette manifestation du nazisme le plus odieux.

1. C’est sexiste : Il n’y a pas que les femmes qui véhiculent leurs enfants. Les hommes aussi sont parfaitement capables d’aller faire leurs courses avec leurs enfants. Les hommes ont eux aussi besoin de places plus larges pour le maniement des poussettes, or il n’y en a pas sur ce parking.

2. C’est homophobe : Les parents gays apprécieront cette discrimination.

3. C’est transphobe : Depuis quand seules les femmes sont susceptibles d’être mamans ?

4. C’est patriarcal : Non, une « future maman » n’existe pas, il n’y a que des mamans ou des papas. Être enceinte n’est aucunement la preuve qu’on est une supposée « future maman » dans la mesure où nul n’est en droit de présupposer que la personne enceinte va poursuivre sa grossesse. D’une part, tant qu’il n’est pas né, on ne parle pas d’enfant mais d’amas de cellule plus ou moins développé. L’IVG, l’IMG, vous connaissez ? Allô ? D’autre part, appeler « future maman » une personne enceinte est un discours oppressif assignant la personne concernée à une responsabilité et un rôle social de maternité ; bonjour les conventions ultracatholiques.

5. C’est stéréotypique : Le pictogramme représente une personne en robe. Cf point n°3.

6. C’est hétéronormatif et réactionnaire : L’usage du rose en dit long sur les conventions genrées liées au féminin.

Sinon, je suis volontiers pour le costumecravatekini au bureau, le joggingkini pour faire du sport, le bleudetravailkini pour aller à l’usine, le bavoirkini pour les enfants, la soutanekini pour les prêtres, le treilliskini pour les militaires, le sarouelkini pour les punks à chien, la blouseblanchekini pour les médecins, et le giletjaunekini quand on est en panne au bord de la route.
(PHOTO : Un militant du scaphandrekini luttant pour imposer son droit à se baigner dans la tenue de son choix.)

Scaphandrier Pieuvre

 

MauriceGDantec02

Adieu Maurice G. Dantec, donc.

Je ne me souviens plus du moment exact où j’ai découvert son existence, mais je me souviens que c’était dans les méandres du web, dans le bouillonnement post-11-septembre.

À cette époque-là, je me souviens que le monde tremblait. Avec l’effondrement du World Trade Center, une sorte de guerre mondiale était déclarée, mais nul n’imaginait la forme qu’elle prendrait, et nul ne saisissait vraiment le visage de l’ennemi. Nul ne savait vraiment, d’ailleurs, dans quel camp il se situait. L’anti-américanisme des uns donnait à imaginer des collaborations baroques avec les barbus, la paranoïa des autres laissait rêveur sur la santé mentale du « monde libre ». Le grand n’importe quoi était prêt à surgir. Le monde allait-il soudain s’embraser dans un conflit planétaire armé à l’issue hautement hasardeuse, ou bien au contraire entamer un inexorable et patient pourrissement par tous ses côtés, avec la lenteur d’une gangrène ? Les camps en présence avait-il encore des frontières à défendre ?

Quelqu’un écrivit alors que l’heure de la guerre civile mondiale était venue, et c’est Dantec qui était l’auteur de cette expression. La « guerre civile mondiale ». Personne n’a jamais mieux défini le décor – ou plutôt le Théâtre des Opérations, pour reprendre le titre de son Journal – dans lequel se déroulerait le XXIème siècle, décor avec lequel il faudrait composer de gré ou de force.

Voilà comment j’ai découvert Dantec. Avec la théorie de la guerre civile mondiale. Ça tenait la route.

Alors, intrigué, j’ai suivi le bonhomme de plus près. Pas franchement progressiste, le mec. Ça me plaisait : le catéchisme droit de l’hommiste de toute la presse et de toute la classe politique commençait à me donner la nausée. Homme du présent, et surtout homme du futur et de l’ailleurs, Dantec n’avait rien du passéiste non plus, ni du nostalgique borné. Très intéressant pour un réac. Monarchiste et catholique, il défendait pourtant avec force le camp de l’Amérique et la fraternité avec les Juifs. De plus en plus intéressant. Il échappait aux clichés et aux associations automatiques. Il déployait une pensée plus vaste. Il connectait des logiques inhabituelles. Il liait des affinités plus hautes et plus profondes. Il se foutait bien des catégories confortables et des idées qui font plaisir à penser. C’était un cyberpunk.

Je me suis alors plongé dans son Journal, avec le plaisir d’arpenter un sentier littéraire tout juste défriché, un territoire intellectuel à peine cartographié, avec des perspectives plus hautes sur le chaos contemporain. Dantec est celui qui me montra le mieux les « big pictures » du siècle à venir, la généalogie de ses lignes de force, et la terrible gestation qui grouillait dans les entrailles du monde moderne. Dès 1789, c’était plié. On avait enclenché la machine à atomiser. Plus rien ne pourrait l’arrêter. On avait décapité à tours de bras et rempli des fosses communes, ça n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. On allait en chier. Ici, maintenant, là-bas, loin, partout en même temps. Et, arrivés au pied des tours jumelles en ruine, les fils du nihilismes allaient prendre cher, parce qu’ils allaient rencontrer encore plus nihilistes qu’eux. À l’épreuve de l’Histoire, le Mal n’était pas un concept philosophique, aussi le Christ n’était pas qu’une opinion. Avec Dantec, j’ai compris que le catholicisme n’était pas une kermesse avec des guirlandes en papier crépon.

Si Philippe Muray, faisant une analyse parallèle, rigolait du même spectacle présent et à venir, Dantec proposait de ne pas en rester là et avait toujours à cœur de regarder plus haut, plus loin, certes avec des circonvolutions brouillonnes et du lyrisme mystique à la limite du chamanisme hermétique, mais toujours avec des fulgurances imparables qui atteignaient la Vérité en plein dans le mille.

À Dieu l’ami, et merci pour tout.

Jalons

Joie ! Basile De Koch​ a eu l’excellente idée de compiler tous les pastiches qu’il a concocté avec la fine équipe du groupe Jalons depuis les années 80.

« Jalons – Groupe d’intervention culturelle », un nom qui sonne sérieux comme un collectif de la pensée chiante, un nom idéal pour un groupe spécialisé en réalité dans le canular, la parodie et le pastiche, et qui lui permet, par cette appellation respectable, de glisser ses potacheries érudites à droite et à gauche sans avoir l’air d’y toucher. Et trompe ainsi tout ce petit monde qui, à force d’esprit de sérieux, « n’a plus ni sérieux ni esprit ». Et là où Jalons est très fort, c’est que non seulement ils sont très drôles (sinon je ne vous en parlerait pas), mais surtout ils arrivent à échapper complètement à l’humour engagé et au rire citoyen. On les devine plutôt anars de droite mais ils tirent à vue sur tout ce qui bouge avec une grande justesse et avec bon esprit.

Ce gros volume rassemble tous les pastiches des grands titres de la presse que le groupe a publié pendant ses années d’activités : Le Monstre, Laberration, Franche Démence, Lougarou Magazine, Le Figagaro, Le Cafard Acharné, etc., en plus de raconter en Avant-Propos comment cette bande de cancres bien élevés, moitié Dada moitié Science-Po, a cultivé l’art des manifestations absurdes et rigolardes à contresens du vent journalistique, politique ou militant. De la Manif contre le froid – au métro Glacière pendant l’hiver 1985 – au Mariage pour Personne en 2013, tout les bons mots sont rassemblés, dans un joyeux foutage de gueule entre gens de bonne compagnie.

Goûtant fort l’art de la parodie et du canular, je trouve là une véritable mine ! L’ouvrage étant exhaustif (250 pages), je n’ai pas eu le temps de tout lire ; je peux toutefois vous dire que Le Monstre, Le Figagaro et Fientrevue sont de véritables monuments du genre, parce qu’ils poussent le concept vraiment à fond, jusqu’aux encarts publicitaires, jusqu’aux dessins humoristiques signés Glandu ou de Jacques Fainiant, dans des mises en pages au graphisme impeccable. C’est absolument parfait.

Ça se trouve aux Éditions du Cerf, par ici >>>

Ideat Maryvonne

http://www.dailymotion.com/video/kITcm1NtFd9CewaXBTj

La République n’étant pas une structure politique mais une structure entièrement religieuse, plutôt que d’appliquer des mesures politiques, diplomatiques ou tout simplement légales, elle préfère déployer des moyens considérables pour abandonner son propre troupeau et partir à la recherche de la brebis égarée pour la ramener à la maison du Père. C’est beau comme tout, on est tout ému.

Seulement voilà : le principe de laïcité exige qu’on sépare la loi temporelle de la loi divine. Et nos frères égarés dans le djihad ne sont nos frères que dans une considération spirituelle ; dans une considération positive et politique, ils ne sont que des citoyens de nationalité française ayant choisi de faire une entorse délibérée envers le Code Civil et son article 25, ce qui se paye par une déchéance sans ambiguïté.

Je sais bien que la République est à la fois la Révélation, l’Église, le Catéchisme, le Tribunal et le Paradis, mais à un moment donné il faut arrêter les conneries et vivre dans le réel. Le réel, c’est que les traîtres à la Nation n’ont plus rien à faire dans la Nation, et que leur présence n’est plus souhaitable parmi le corps des gens honnêtes.

Il y a des milliards de gens dans le monde qui ne sont pas citoyens français, et je crois que beaucoup d’entre eux le vivent très bien. Ce n’est pas grave de n’être pas Français. On peut être quelqu’un de très bien sans être Français. Si, je vous jure que c’est possible, même si ça sonne comme un blasphème.

Je suis Louis

Manif Pluralisme Charlie

Aujourd’hui je vais vous raconter l’histoire de « L’expérience extraordinaire », quinzième tome des aventures de Petit Poilu (Dupuis). Je n’ai pas lu les autres tomes puisque je suis tombé sur ce volume par hasard. J’ai trouvé intéressant de vous faire part de quelques planches de cet album. Dans un souci de faire vite et synthétique, à chaque fois qu’il manque une ou plusieurs pages, je vous écris un bref résumé de l’action. Je vais tâcher de rester purement descriptif dans un premier temps, puis de faire tant bien que mal un décryptage de l’ouvrage. [Cliquez sur les images pour les voir en grand] 00

Une journée ordinaire commence pour Petit Poilu. Cartable sur le dos, il s’en va à l’école. 01

Chemin faisant, le soleil tape dur et Petit Poilu se laisse tenter par une baignade dans une piscine. Mais l’eau se transforme soudain en grosses bulles, et notre héros se trouve aspiré vers le fond par un gros tube qui l’avale. Après quelques tourbillons dans d’étranges méandres, il se retrouve craché à l’autre extrémité du tube dans un endroit inconnu. Il a à peine le temps de reprendre ses esprits que deux bras mécaniques munis de pinces le cueillent et l’enferment dans une cage. Petit Poilu découvre qu’il n’est pas seul dans la cage : il y a aussi une petite fille. La BD étant muette, c’est la quatrième de couv qui nous apprend qu’elle s’appelle Ève. Dans la cage, Petit Poilu et Ève font brièvement connaissance et échangent des sourires amicaux. Mais les deux bras mécaniques font de nouveau leur apparition et vont chercher nos deux héros dans leur cage pour les emporter manu militari Dieu sait où.

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Un troisième personnage fait son apparition. Elle tient des manettes de commande et semble présider à une sorte de laboratoire. La quatrième de couv nous apprend son nom : il s’agit de Miss Divine. Les deux bras mécaniques larguent brutalement Petit Poilu et Ève dans une sorte de nacelle, et Miss Divine leur donne à voir un écran. 10 11 12 13 14 15 16

En toute logique, si vous avez bien suivi, Ève ayant choisi le ballon de foot plutôt que le poney rose, elle subit une douloureuse réprimande en se faisant pincer les fesses et Miss Divine est furieuse. Après cette première expérience, Petit Poilu et Ève se retrouvent de nouveau enfermés dans leur nacelle et trouvent un peu de répit. Mais Miss Divine revient, équipée cette fois d’un flacon bleu et d’un flacon rose. Les bras mécaniques saisissent nos deux héros et les plongent dans un bain. Miss Divine saupoudre du bleu dans le bain de Petit Poilu, puis du rose dans le bain d’Ève. La réaction chimique transforme l’eau en mousse.

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Mais l’effet lobotomisant de l’expérience s’estompe et ils retrouvent tout leur esprit ; Petit Poilu et Ève s’échangent alors leurs jouets. Furieuse de voir Petit Poilu jouer à la poupée et Ève jouer au foot, elle se saisit d’une tapette pour les frapper mais, dans sa rage, dérape sur un jouet à roulettes et tombe assommée sur le sol.

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Fin de l’histoire. Après cette dernière page de l’aventure, on peut lire ceci : 32

Extrait de la quatrième de couv :

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Voilà. C’était peut-être un peu long à lire mais, la lecture étant faite, on peut commencer l’analyse des choses.

En premier lieu, il convient de chercher quelques informations complémentaires sur les aventures de Petit Poilu. Petit Poilu possède une page officielle sur laquelle on lit ceci :

« PETIT POILU, UN OUTIL PÉDAGOGIQUE ET LUDIQUE ! Petit Poilu figure sur la liste officielle de l’Éducation Nationale et est plébiscité par les enseignants et Inspecteurs de l’Éducation Nationale. La série s’avère être un outil de travail complet et agréable à utiliser en atelier. En effet, chaque tome développe un thème propre autour duquel il est aisé d’organiser des ateliers de discussion même avec les plus petits. De l’amour à la jalousie, de la peur à l’injustice, de l’amitié à la colère, le « petit message qui fait grandir d’un poil » laisse libre cours à la réflexion et ouvre la porte à l’expression orale. »

On peut en effet trouver des fiches pédagogiques correspondant à chaque album. En l’occurrence, nous trouvons la fiche de ce tome ici >>>. Petit Poilu n’est donc pas une simple BD enfantine comme peuvent l’être Petit Ours Brun, Mickey Mouse ou Popi ; Petit Poilu revendique une charge sémantique « citoyenne » active puisque c’est un outil pédagogique au sein de l’Éducation Nationale. Bien. Nous n’allons pas tourner autour du pot pour comprendre de quoi nous parle cette BD. Elle nous parle explicitement de la notion du genre, cette fameuse théorie qui n’existe pas, et fait la promotion de ses interrogations auprès des très jeunes enfants.

Nous n’allons pas non plus bêtement hurler au scandale et dénoncer Satan à l’œuvre. Nous allons pourtant hurler au scandale et dénoncer Satan à l’œuvre (ton d’imprécateur médiéval), mais nous allons le faire avec un peu d’intelligence et de mesure.

Nous trouvons évidemment cette BD scandaleuse pour plusieurs raisons :

1. Sous des aspects récréatifs et divertissants, cette BD est clairement un outil de reprogrammation idéologique. Vous allez me répondre que Bayard Presse ou Pif Gadget donnent bien dans le contenu idéologique (catho pour l’un, communiste pour l’autre) et vous aurez raison. Mais Bayard Presse et Pif Gadget ne cachent pas leurs messages et ne font pas dans l’instillation subreptice. Et ni l’un ni l’autre ne nouent de partenariat avec l’Éducation Nationale.

2. Qu’il s’agisse de réalités biologiques ou de construits sociaux, le message de cette BD est qu’il faut les déconstruire et estomper les différenciations.

Or les enfants ont besoin de repères et d’identifications claires pour bien grandir, et non de leçons de déconstructivisme. Je veux bien qu’on soit déconstructiviste, mais à la condition qu’on soit devenu une grande personne et qu’on comprenne ce à quoi on s’attaque. Si on veut se lancer dans le jeu des identités floues et des affinités électives, mieux vaut savoir le plus clairement possible la différence entre le Je et l’Autre. Et quand on est un enfant, on est très loin de cette sophistication intellectuelle qui joue sur la transgression. Si on veut briser la norme, il faut d’abord qu’il y ait une norme à briser. L’enfance, c’est l’école de la norme, qu’on le veuille ou non. On ne se roule pas par terre, on est gentil avec les gens, on ne fait pas de caprice, on mange proprement, on apprend à lire. Dans la vie normale, les gens ne se roulent pas par terre à la première contrariété – même si cette notion de « vie normale des gens normaux » peut sembler complètement nazie pour certains. Alors, si on veut se rouler par terre, insulter les gens, faire des caprices et ingérer n’importe quoi, on peut le faire plus grand en devenant par exemple chanteur dans un groupe punk. Mais la vie sex and drugs and rock and roll n’est pas faite pour les enfants. On peut insulter la reine d’Angleterre, mais à la condition d’être un sujet de la reine d’Angleterre. On peut faire du cubisme ou du ready-made, mais à la condition de maîtriser parfaitement la figuration académique qu’on entend subvertir.

3. Dans un monde peuplé de gens normaux, l’école apprend aux enfants des aptitudes techniques et intellectuelles, elle n’est pas là pour les plonger dans des débats participatifs sur le rôle des sciences sociales appliquées aux données biologiques de la sexuation (« organiser des ateliers de discussion même avec les plus petits »). C’est sans doute passionnant quand on est chercheur dans une université ou quand on est impliqué dans une activité collectiviste ponctuée d’AG, mais c’est extrêmement malvenu dans une école primaire.

Ensuite, vient la dimension satanique de l’ouvrage. Je vais expliquer pourquoi j’utilise le mot satanique, sinon on va me prendre pour un illuminé de chez Civitas. Observons le personnage du « savant fou », interprété ici par une femme qui se nomme « Miss Divine ». Qu’a donc cette femme de divin pour mériter ce nom ?

– Elle règne en maîtresse absolue sur son domaine. Des créatures mécaniques lui obéissent au doigt et à l’œil comme des prolongements d’elle-même, elle semble donc toute-puissante.

– Elle ne manipule presque rien par elle-même, donnant l’image d’un pur intellect qui n’opère que par des intermédiaires – un peu comme Krang dans les Tortues Ninja, cet être qui n’est qu’un cerveau et qui n’interagit avec le monde que grâce à un corps artificiel qui le protège et le transporte. Elle est d’ailleurs maladroite dans le monde réel où traînent au sol des jouets à roulettes, alors qu’elle est très puissante derrière d’abstraites consoles de commande. – Son but est de créer des êtres humains à son image, c’est un démiurge. La petite fille s’appelle – oh la la la quel hasard dis donc – Ève.

Or, toute Miss Divine qu’elle est, elle apparaît comme méchante et malfaisante. Logiquement, elle devrait s’appelait Miss Maboule, Miss Méchante, ou Miss Sadique puisqu’elle agit en tortionnaire contre les enfants. Mais non. Elle s’appelle Miss Divine. Bon. On va dire que c’est le nom dont elle s’est affublée elle-même pour se donner de la contenance, asseoir son autorité et se prendre pour la démiurge qu’elle rêve être. Soit.

Mais je m’autorise à penser qu’elle s’appelle Miss Divine parce que les auteurs voient réellement Dieu comme ceci : un être qui, au contraire de créer l’homme pour son bien, joue à contraindre pour son mal un homme dont l’existence provenant de la Nature lui précède et dont l’essence est fondamentalement bonne. C’est à dire une inversion totale du Dieu de la Bible et des évangiles, jusque dans son sexe puisque c’est une femme ; voilà pourquoi je parlais de satanique. Le récit est très clair : des enfants – l’homme à l’état pur, l’âge incorrompu, l’innocence – se voient contraints à des affects construits, et le plan échoue. La Nature dit le vrai, Miss Divine – et la norme sociale qu’elle construit – disent le faux. Ça se passe dans un laboratoire, le raisonnement est donc scientifiquement validé.

J’émets de sérieux doutes sur l’appartenance des auteurs à une église de Satan (des cagoules, des bougies, des psalmodies lugubres, du sang sur un autel, HA HA HA HA HA) mais je maintiens que cette inversion complète de l’image de Dieu est porteuse d’un certain sens sacrilège assumé, même s’il ne porte pas ce nom et n’est pas avancé comme tel. Ne soyons pas bêtement complotiste non plus.

En général, dans un labo, le savant fou est en blouse blanche. C’est le cliché du scientifique qui travaille en laboratoire. Mais Miss Divine arbore une tenue très éloignée du domaine scientifique. Clairement, Miss Divine est le type parfait de la gouvernante austère. Uniforme victorien, chignon sévère, lunettes de vieille fille, look d’institutrice du XIXème. Miss Divine n’est donc pas une autorité scientifique : Miss Divine est une éducatrice de la morale d’antan, et le laboratoire est un lieu d’expérience comportementale. Sa tenue « de l’ancien temps » évoque évidemment toute la charge puritaine associée traditionnellement à ce rôle.

La leçon est la suivante : nous sommes des êtres non-déterminés, la société (aux valeurs arbitraires et normatives justifiées par une morale obsolète) est un carcan contre la parfaite expression de notre volonté et/ou de notre nature. La conclusion du récit est très intéressante et enfonce le clou : Petit Poilu et Ève plongent Miss Divine dans un bain et lui font subir le double effet de ses potions : en stimulant à la fois le masculin et le féminin, elle devient un monstre hybride (on songe à La Mouche 2 !). On pourrait croire au premier abord que la BD nous apprend qu’on peut être à la fois masculin et féminin (être un garçon qui joue à la poupée et se met un nœud dans les cheveux), mais alors on ne comprend pas pourquoi l’état final de Miss Divine est révulsant et ridicule ! N’incarne-t-elle pas, à ce stade, l’indifférenciation hermaphrodite accomplie ? Eh bien non ! Car ce qu’il faut comprendre, ce n’est pas qu’il faut être de façon égale masculin et féminin (ce qui est est décrit comme un état monstrueux), mais qu’il faut être masculin ou féminin de façon indifférenciée. La sexuation, socle de l’identité, n’est donc pas traitée selon les termes de l’égalité ou de l’équivalence, mais selon les termes de l’effacement de la différence.

En résumé, cet épisode de Petit Poilu nous apprend :

1. que la différenciation est construite.

2. que la différenciation est un obstacle ou un carcan puisqu’elle oblige à choisir l’un pour rejeter l’autre.

3. que l’identité est une expression de notre profonde et seule individualité, hors de tout déterminisme.

4. que notre volonté doit primer sur le reste et finir par s’imprimer sur le reste (notre corps, les codes sociaux).

5. que Miss Divine a tort, puisque c’est nous qui sommes les démiurges de notre propre identité.

6. que nature et culture sont des ennemis – la culture étant le lieu du construit, donc du contaminé par la morale.

7. que les enfants ont raison contre un monde d’avant qui enseigne l’erreur.

Bref, je suis terrifié à l’idée que des enfants subissent cette lecture et cette weltanschauung complètement vérolée par le positivisme.

Voilà. C’était un article long et flou, je vous remercie pour votre attention.

« Au Palais de Tokyo, un artiste va chercher une aiguille dans une botte de foin.
Chercher, vraiment, une aiguille dans une botte de foin: voici la nouvelle performance artistique de l’Italien Sven Sachsalber au Palais de Tokyo. »

En 2015, il poussera une vieille dame dans un dispositif végétal composé d’orties. En 2016, il poussera plus loin la provocation en vidant une baignoire par la fenêtre du 18ème étage, avec le bébé qui s’y trouvait. Après cet acte controversé, il œuvrera à sa rédemption en 2017 : en résidence dans une maternité pendant un an, il disposera des cuillères en argent dans la bouche de chacun des nouveaux-nés. En 2018, il déposera un permis de construire pour édifier un château en Espagne. En 2019, il prendra un virage vers le body art extrême en se faisant opérer des yeux pour les avoir plus gros que son ventre. En 2020, il ouvrira un restaurant expérimental enterré à une profondeur de six pieds où l’on pourra manger des pissenlits par la racine.

Sven Foin Aiguille

Vivons Mieux Vivons Moins Cher

JEU : Une seule de ces images comporte un « jeu de mot vulgaire sur la sodomie », dont le caractère « réducteur, clairement méprisant et outrageant » constitue une injure. Si vous trouvez la bonne réponse, vous êtes condamnés à 4 000 euros d’amende et 3 000 euros de dommages et intérêts.

LGBT Bague Doigt

Logo_du_Parti_de_gauche_(France)

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Parti de gauche, la belle affaire si c’est pour y rester. Dissidence !

Arrivé à droite

 

Si vous êtes partisans de l’égalité hommes-femmes, vous cherchez clairement à passer pour des fachos auprès des partisans de l’égalité femmes-hommes. Méfiez-vous.

moulinex_libere_la_femme

 

 

 

Jean2Mamans

 

PapaPorte1Robe

 

 

Chers lecteurs,

Ouvrons une parenthèse dans la ligne éditoriale de ce blog, et délaissons un instant nos conversations sociologiques ou politiques. Exceptionnellement, aujourd’hui je vais vous parler d’un petit bout de ma vie privée qui s’appelle l’architecture. Je suis architecte. C’est mon métier. Je sais que ça n’a absolument rien à voir avec la choucroute, mais j’avais envie de vous faire un petit exposé, comme ça, parce que je vous aime bien, et surtout parce que j’en ai un peu marre d’entendre pas mal de bêtises au sujet des architectes et de l’architecture ! En fait, l’architecte est un homme très méconnu, quand il n’est pas carrément méprisé – si si, ça arrive – et c’est donc l’occasion de faire un petit point sur la question !

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Bon. Concrètement, c’est quoi l’architecture ?

Pour faire simple, on va dire que si vous mettez des parpaings les uns sur les autres, vous posez concrètement un acte de construction. Mais pour que cette construction ait un caractère architectural, il vous faut lui insuffler un supplément d’âme, sans quoi ce n’est qu’un tas de brique ou un bête cube de béton. Certes, on fait des tas de briques tout à fait résistants aux intempéries, on fait même des cubes de béton très bien isolés ! Mais l’architecture surgit quand les choses prennent soudain du sens, quand une composition structure les choses, quand une disposition heureuse lie les éléments construits les uns aux autres.

Il suffit parfois de pas grand’chose pour rendre une composition heureuse : penser à aligner toutes ses fenêtres à la même hauteur, placer l’escalier à un endroit stratégique dans une pièce, axer des éléments similaires sur une trame régulière, éviter les passages compliqués à travers les pièces, penser des rangements qui vous permettent de profiter pleinement de toute votre surface habitable, penser l’harmonie des matériaux et des couleurs, penser la façon dont la lumière entre dans les espaces et structure les volumes, etc.
Encore faut-il penser le projet construit dans sa globalité, et anticiper toutes les implications d’usage, de technicité, et d’esthétique.

Comme j’aime les comparaisons et les analogies, je vais vous aider à visualiser la différence qui sépare l’acte de construire de l’acte architectural : tout simplement, imaginez la différence qui existe entre « se nourrir » et « la cuisine », entre « s’habiller » et « être élégant », entre « produire des sons » et « faire de la musique », entre « prendre une photo » et « faire de la photographie », entre « écrire des phrases » et « faire de la littérature ».

Construire est un acte utilitaire, comme prendre une photo pour avoir un souvenir ou enfiler une chemise pour ne pas avoir froid – ce qui n’est pas vil en soi, puisque c’est de l’ordre de la nécessité – ; l’architecture, elle, permet de dépasser les simples utilités pour offrir en plus du Solide, un surplus de Pratique et de Beau, voire de Sens. Ingérer quelque chose pour étancher sa faim, c’est bien, mais élaborer l’harmonie d’un vrai bon plat c’est autre chose. Enfiler un pull quelconque et un pantalon lambda vous protège du froid et de la nudité, mais vous ne méritez vraiment pas de ressembler à un gros sac à patate sous prétexte que « mais si, mais si, ça tient chaud ». Pensez plus loin que les limites strictes du besoin matériel. Comme disait un type célèbre : « l’homme ne vit pas que de pain ».

Après, c’est une question du goût et de sensibilité. Certains n’aiment que les grandes violonnades, d’autres ne jurent que par Stockhausen ; certains n’aiment que les plats en sauce traditionnels, d’autres préfèrent les audaces de la nouvelle cuisine. Certains n’aiment que la bonne vieille pierre – quitte à faire dans le pastiche historicisant –, d’autres goûtent plus facilement le graphisme des formes minimales et abstraites – quitte à vivre dans un lieu moins chaleureux. Tout est possible, y compris les compromis et les mélanges.

Deuxième question : à quoi sert un architecte ?

L’architecte est celui qui, en premier lieu, imagine et conçoit un projet de construction. Il prend le temps de réfléchir à la façon de concrétiser un programme, il analyse toutes les contraintes (souhaits du client, façon d’accéder au bâtiment, orientation des espaces, conformité avec les règlements d’urbanisme, etc.), fait des croquis, des esquisses, des plans, éventuellement des maquettes, pour s’assurer que tout cela tient la route et que le client comprend bien ce qu’on va lui livrer.

Ensuite, quand le projet prend sa forme définitive, l’architecte pose ses crayons et enfile sa casquette de chef d’orchestre pour faire le gros du boulot : régler des paperasseries (genre permis de construire), s’assurer que les entreprises choisies ne sont pas des branquignols qui vont se barrer avec la caisse au premier souci, vérifier que les problèmes techniques sont résolus (il passe où le tuyau des chiottes ???), mettre son nez dans la comptabilité pour n’arnaquer personne, suivre le chantier et ses aventures, et livrer un bâtiment avec le moins de déconvenues possibles ! Bref, l’architecte a plusieurs cerveaux qui fonctionnent en même temps : un cerveau artiste, un cerveau technicien, un cerveau diplomate pour accorder tous les interlocuteurs d’un projet, un cerveau-calculette, un cerveau climatologue,…

Concrètement, un architecte dessine généralement des bâtiments, mais il est fréquemment disposé à s’atteler à tout ce qui tourne autour : l’environnement plus large (urbanisme, paysagisme, espaces publics,…) comme l’environnement plus détaillé (décoration, architecture d’intérieur, mobilier, aménagements,…). Un même architecte peut dessiner une ville tout entière, et les poignées de portes qui vont avec !

Troisième question : « Mais les architectes, c’est pas des mecs à la masse qui se payent leurs onéreux délires-qui-servent-à-rien et fabriquent des maisons aussi chaleureuses que des cuves en inox ? »

Ahlalala, mes amis, quelle détresse d’entendre ça… Les architectes traînent une terrible réputation, et ils en sont largement responsables malheureusement, à cause de leurs expérimentations parfois extrêmes du siècle dernier ! Cependant beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et la profession est quand même infiniment plus sérieuse et plus fiable aujourd’hui qu’au milieu du XXème siècle ! D’une part, nous avons des normes solides à respecter. Entendre son voisin comme s’il était à côté de vous, c’est terminé. Le chauffage qui s’enfuit par des murs froids et humides, c’est terminé. Les infiltrations foireuses, c’est terminé. La construction neuve est aujourd’hui très sérieusement exécutée. Le risque zéro n’existe pas, et un bâtiment neuf peut toujours souffrir de petits soucis, mais globalement nous avons tourné la page de l’amiante, des murs en cartons et des esthétiques staliniennes.

D’autre part, si quelques architectes font parfois parler d’eux pour leurs frasques financières, d’abord ils n’en sont pas toujours responsables directement, et ensuite ils occultent l’immense majorité des autres qui fournissent un travail correct. Quand un élu local veut se payer son Chambord-Médiathèque pour quelques centimes seulement, très vite le budget explose pour que Chambord-Médiathèque ressemble au plus magnifique des manifestes électoraux, et toutes les accusations convergent alors vers …l’architecte ! Ah il a bon dos l’architecte !
Le cas général, je vous rassure, c’est quand l’architecte surveille les coûts et les surcoûts et se met justement au service du portefeuille de son client ! On a de la déontologie, je vous assure !

Quant au stéréotype de l’artiste qui conçoit des espaces merdiques et invivables, il dépend surtout de vous ! Vous voulez un séjour façon bunker anti-atomique ou une chambre à coucher façon chambre froide de restauroute ? Aucun problème, je vous fais ça si ça vous fait plaisir ! Mais si vous voulez plutôt un joli parquet en chêne et des fenêtres qui donnent plein sud sur une belle terrasse, je vous le fais aussi avec joie !

La question qui fâche : « Prendre un architecte, ça coûte un bras, non ? »

La réponse tient en un mot :

– NON

Et je vais vous expliquer pourquoi.

1. Comme je vous l’indiquais, l’architecte est au service du portefeuille de son client. Il analyse les devis, il vérifie la fiabilité des intervenants, il fait le ménage dans les prestations inutiles éventuellement proposées par les entreprises. En gros, il est votre premier bouclier contre les arnaques, et elles sont malheureusement plus fréquentes qu’on ne le croit quand on n’y connaît pas grand chose en matière de bâtiment.

2. Comme il suit votre chantier, il vous évite les malfaçons, il fait des réunions de chantier pour tenir le délai, il vous empêche de payer quoi que ce soit qui ne vous a pas été fourni. Chacun sait que les délais ne sont pas toujours tenus rigoureusement – tout projet est un prototype, et on n’est jamais à l’abri des imprévus que réservent, par exemple, le terrain ou le voisinage –, mais préférez-vous avoir éventuellement quinze jours de retard, ou à coup sûr quinze mois de retard sur la livraison ?

3. Comme il s’assure que le travail est bien fait et que les réglementations sont respectées, en plus des économies de temps face à la paperasse, vous ferez des économies de chauffage quand vous serez dans votre bâtiment, et vous ferez même des économies de stress puisque c’est lui qui se colle le sale boulot pour vous !

Tenez, je vous donne deux exemples. Rien que l’année dernière, j’ai pu avoir connaissance de deux chantiers désastreux parce que menés sans architecte.

Dans le premier cas, monsieur X voulait faire des gros travaux de façade ayant une incidence sur son intérieur. C’était de toute évidence des travaux beaucoup plus gros que ce qu’il avait imaginé, mais passons. Il avait payé des acomptes incroyablement élevés à une entreprise sélectionnée à la légère, pour un résultat construit proche de zéro, avant que l’entreprise ne mette la clef sous la porte et s’enfuie dans la nature avec tout son argent. Sur le chantier abandonné in medias res, quasiment rien n’avait été fait ; le peu qui avait été fait était absolument inqualifiable, et le tout avait pris des mois et des mois. Bref, du délire complet. Niveau contrat, rien n’avait rédigé dans les formes : pas de délai mentionné noir sur blanc, pas de pénalités de retard, pas de preuves de la fiabilité de l’entreprise,… Monsieur X faisait confianceAi-je besoin de préciser que tout ce petit monde travaillait sans le moindre plan sur le chantier ? Monsieur X, impuissant à rattraper les margoulins, dut finalement se résoudre à prendre une autre entreprise pour finir le boulot. Résultat, son chantier lui a coûté le prix de deux chantiers, et lui a pris dix fois le temps nécessaire…

Dans le deuxième cas, monsieur Y avait d’abord sollicité l’avis d’un architecte pour agrandir sa maison. Il voulait avoir les conseils d’un professionnel, qui pourrait lui confirmer – ou pas – la faisabilité du projet, et lui proposer des solutions ingénieuses. Ce qui fut d’abord fait, avec sagesse. Mais au moment de signer un engagement noir sur blanc avec l’architecte, la sagesse quitta mystérieusement monsieur Y et il affirma qu’il ferait finalement ce projet sans faire appels à ses services. Il en avait le droit ; c’était un revirement aussi soudain qu’étrange, mais c’était tout à fait son droit après tout. Il se résolut donc à travailler directement avec une entreprise de construction, qui saurait bien lui faire une extension potable – c’est pas compliqué bordel, il suffit de faire quatre murs et un toit, qu’est-ce qu’on va s’emmerder avec un architecte si c’est pour dessiner quatre murs et un toit ? hein ? Le résultat fut un chantier géré par personne, pour bâtir un projet pas dessiné, qui accumula les imprévus et les surcoûts (quand on n’a rien dessiné, forcément on n’a rien prévu et rien anticipé), pour s’interrompre brusquement au milieu de la boue pour causes de conditions plus ou moins frauduleuses. Une stratégie de l’économie qui a mené à un désastre…

Faire l’économie d’un architecte vous met en situation de prendre vos responsabilités ! Heureusement, il existe quand même beaucoup d’entreprises de bâtiment sérieuses, mais tâchez de vous mettre à l’abri de mésaventures terribles qui peuvent engloutir vos économies et vous causer bien des tracas. Je ne dis pas ça pour vous faire peur, je dis cela parce qu’un chantier d’apparence simple et facile engage en réalité des paramètres parfois très complexes, et mieux vaut savoir à quoi on s’attaque.

A contrario, je vous cite un exemple très simple et très heureux, pour vous montrer qu’un architecte sert quand même avant tout à résoudre des problèmes :

Monsieur et Madame Z projetaient depuis longtemps de démolir leur extension existante, qui consistait en un bric-à-brac vétuste de constructions bordéliques accolées les uns aux autres, pour rebâtir tout cela proprement. Je vous épargne les désagréments de la vétusté : fuites d’eau, fenêtres pourries et autres joyeusetés. Mais, paralysés par l’incapacité d’imaginer ce que pourraient être tous ces mètres carrés s’ils étaient complètement refaits à neuf et réorganisés rationnellement, ils n’osaient pas prendre de décision.

Finalement, ils tombèrent sur un architecte qui leur proposa une esquisse. À l’aide de croquis et de plans, un projet devenait visible et envisageable. Et soudain, un futur possible prenait forme : ici un vestibule avec une grande penderie et un WC, là une cuisine lumineuse, et là, une très grande pièce ouverte sur le jardin dans toute sa largeur, avec une façade chic et sobre. Sans chichi et sans luxe, mais juste avec des espaces bien pensés et des fenêtres bien placées. Après quelques mois de réflexions et d’affinage du projet, ils confièrent le chantier à l’architecte. Je vous assure qu’ils goûtent aujourd’hui au grand bonheur de vivre dans une maison transfigurée !

Conclusion

Voilà, c’était un article un peu long, je vous remercie d’être arrivés jusque ici ! J’espère que ce petit exposé vous a offert des pistes de réflexion intéressantes et donné l’occasion d’avoir un regard nouveau sur un métier aux enjeux assez méconnus. Et si vous voulez avoir un avis de professionnel pour votre projet (une maison à construire ? un siège social à bâtir ? une grange à réhabiliter ? un appartement à transformer ? un commerce à redécorer ?) vous savez comment me contacter !

PaselKuenzel

Gauche et Droite sont devenus caducs pour cerner l’identité politique des gens ou des courants de pensée. Il faut ajouter un deuxième axe de lecture pour ne pas mélanger tout et n’importe quoi. Cet axe, c’est celui de la composante libérale ou anti-libérale, comme l’a très bien compris quelqu’un comme Michéa. Et cet axe est beaucoup plus méconnu à gauche qu’à droite. Voilà pourquoi j’ai concocté le tableau ci-dessous.

Chez les gens de gauche, on met cathos intégristes et rapaces capitalistes dans le même panier, alors que d’énormes divergences les opposent. Par exemple – pour donner une illustration simple de l’utilité de ce tableau – le catho intégriste est partisan des frontières étanches, alors que le businessman souhaite la circulation des marchandises et des capitaux la plus libre possible à travers le monde. Le catho intégriste est attaché au patrimoine naturel jusqu’au conservatisme radical, quand le businessman ne voit aucun problème à bétonner des hectares de centres commerciaux au pieds des châteaux de la Loire. Deux vision de « la Droite » complètement différentes, séparées par l’axe idéologique de la pensée libérale.

Les choses, bien entendu, sont encore plus complexes que cela, et des champs idéologiques a priori opposés trouvent parfois des convergences que mon tableau ne rend pas évidentes. Par exemple : on trouve les plus grands partisans de l’agriculture biologique dans le champ haut-gauche et dans le champ bas-droite, mais pour des raisons complètement différentes.

Ce tableau va forcément trouver son lot de critiques et de réactions, mais c’est normal. Il est forcément incomplet, et parfois peut-être contradictoire.

Notamment, je vois déjà venir ceux qui critiquent le fait que communisme et nazisme soient dans le même panier, c’est-à-dire à gauche. De nos jours en effet, il est convenu de penser que si le communisme est d’extrême-gauche, le nazisme est d’extrême-droite. Pourtant, rien n’est de droite dans le nazisme : le nazisme est pour l’hygiénisme, l’eugénisme, l’euthanasie, pour l’annihilation de l’individu dans la masse politisée (images célèbres des rassemblements géants typiques des systèmes totalitaires), pour l’adhésion au Parti Unique, contre la valorisation de l’héritage, contre le christianisme, contre la monarchie, pour le renouveau à base de tabula rasa (la nouvelle race régénérée, une culture toute neuve avec un drapeau pondu hors de toute historicité réelle), contre la souveraineté des peuples natifs et de leurs frontières (puisque envahissant le plus de voisins possibles). Etc.

Autre paradoxe apparent : la libre-pensée est dans le même champ que le totalitarisme. On sait les systèmes totalitaires particulièrement ennemis de la liberté de penser. Mais ce qu’on appelle la libre pensée est, concrètement, massivement véhiculée par des utopistes de gauche qui rêvent du Grand Phalanstère égalitaire et athée, projet soi-disant merveilleux où chacun est l’égal de tous, mais qui est concrètement une communauté d’hommes-machines qui se retrouvent à se surveiller les uns les autres jour et nuit.

Bon, trêve de baratin, je vous laisse prendre connaissance du truc ci-dessous.

[Cliquez sur l’image pour agrandir]

Tableau Politique

En 32 secondes l’excellent Fabrice Luchini explique pourquoi il adorerait être de gauche. Évidemment c’est savoureux, c’est à écouter avec malice, et c’est à  voir ici >>>

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EVERSTYL

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Cette courte déclaration de Luchini condense ce que disait déjà ChicType (incontestablement le meilleur blog de cette époque) en 2004 dans un article intitulé « Je n’aime pas le journal Libération », et que je vous copie-colle ci-dessous parce qu’il n’a pas pris une ride et qu’il est toujours aussi nécessaire.

« Le journal Libération est un bon outil de validation d’opinions. Il m’arrive de vérifier que je ne me trompe pas. Je lis « Libé », et si le journal défend la position inverse qui est la mienne, alors je sais que je ne me trompe pas. Parfois nos opinions convergent, alors je réétudie la question, et à ma grande surprise, il m’arrive parfois d’être d’accord avec Libération. Mais c’est sacrément rare et tellement cocasse que lorsque cela se produit, j’éprouve une sorte d’euphorie. J’ai l’impression un court instant d’être socialiste, et c’est agréable de se sentir socialiste.

J’aimerais bien être socialiste. Ça me permettrait de me sentir intégré à la grande famille médiatique et artistique. Ça me permettrait d’être en phase avec la politique de ma ville. Ça me permettrait de ne pas me sentir insulté par les gens qui s’expriment à la télévision. Dix fois par jour, en lisant les journaux, en allumant le poste ou en regardant les affiches citoyennes de mon merveilleux quartier pluriel de Belleville, j’aurais l’impression d’être en phase avec mon époque, d’appartenir pleinement à cette société et de ce fait j’aurais le sentiment profond d’être chez moi, parmi les miens. Si j’étais socialiste, Bénabar, Mickey 3D et Sergent Garcia exprimeraient des choses qui sont au fond de moi et je prendrais plaisir à les écouter. Je serais fier d’ appartenir au pays qui dans 50 ans sera à majorité musulmane mais avant tout laïc. Je serais content aussi de voir ce bout d’occident devenir une sorte de Brésil sans palmiers.

Oui mais non. En général, quand je lis Libération, je comprend que j’appartiens à ce qui doit se nommer le camp ennemi, la bête immonde m’ayant sans doute contaminé par morsure un jour où l’autre, en dépit de mon plein gré bien sûr (comme tout citoyen de mon acabit, je suis avant tout un type qui souffre, qui exprime un désarroi et qui au fond demande à l’État qu’on l’aide à faire son bonheur ) à moins que ça soit un problème de réincarnation, autant que je me souvienne, j’ai toujours vomi les gens du style Jospin, Delanoë, Marie Georges Buffet, etc… Mais le pire pour moi, c’est quand même ces gens qui se définissent comme « sociologue », « psychanalyste » ou « intellectuels », en général « maître de conférence » dans une université à la con (Saint Denis ou Nanterre) et qui ont droit à la page « opinion » de Libération.

Ce qui est utile de lire dans Libération, c’est la critique cinéma. Ils aiment ce que je hais et haïssent ce que j’aime. C’est utile quand il faut choisir un film. Exemples:

Le Village de M. Night Shyamalan, que Libé titre « parabole bondieusarde et réac. »,« du plaisir, les spectateurs de cette sinistre parabole risquent de n’en éprouver aucun. », « navet janséniste », « Le village de Shyamalan fait passer la Petite Maison dans la prairie pour Sodome et Gomorrhe. ». « Le village n’est-il pas une sorte de réserve pour WASP archaïques, ces Anglo-Saxons blancs et protestants que le cinéaste venu d’Inde regarde avec circonspection ? Shyamalan ne nous invite-t-il pas à quelque parallèle lourd de sens avec l’Amérique traumatisée par le 11 septembre ? Encore faudrait-il que la morale du film celui qui a péché doit être puni pour que la vie «normale» reprenne son court ne nous dise clairement dans quel camp se range le cureton Shyamalan. Il fait mine de s’inquiéter de l’isolationnisme de ses héros culs-bénits, mais montre surtout qu’il comprend leurs craintes et éprouve pour eux de la sympathie. Pas nous. »

Ça donne envie d’aller voir ce film, non? Ça doit être le même critique qui qualifiait le film « Amélie Poulain » de film pétainiste. Étonnant aussi de voir à quel point le critique ne juge le film que par le biais de la morale et de la politique, comme si le talent était défini par le champ idéologique. Effectivement, le film de M. Night Shyamalan est différent de tout ce qui se fait car c’est un des rares films qui ne versent pas dans l’universalisme, dans le trip « on est tous frères sur la terre », dans le « tous ensemble » mondialiste. N’importe qui aurait pris le point de vue inverse de M. Night Shyamalan, et aurait fait en sorte que le Village s’ouvre avec bonheur au reste du monde. Que M. Night Shyamalan ai choisi une autre option fait particulièrement chier le critique de Libération, et ça, c’est un plaisir.

Autre film où Libé crache son venin, l’excellente « Armée des Morts », sous titrée « Remake insipide et apolitique du chef-d’œuvre de George Romero. », Libé reprochant principalement à ce film de ne pas avoir de message politique aussi évident que l’original, « Zombies » de Romero. Hors c’est précisément la grandeur de ce film, en gommant le message, qui exprimait aussi une forme d’idéalisme, l’auteur de la nouvelle version en a fait un film désespéré moderne.

« Zombie » était une mise en garde par rapport à la société de consommation, or dans cette société nous y sommes, ça n’a plus d’intérêt de faire une mise en garde. Et c’est justement parce que de facto le film ne peut plus se permettre le luxe de mettre en garde que finalement, le message social est encore plus désespéré que la version des années 70. Comme si on allait expliquer que le feu ça brûle à un grand brûlé ! Mais ça, dans un cerveau nécrosé par l’œuvre de de Dziga Vertov d’un critique de Libération, c’est difficile à comprendre. Dans la version originale il y avait aussi une certaine empathie vis-à-vis des zombies, la parabole étant : le supermarché, c’est l’Amérique, et les zombies qui essaient d’y rentrer, ce sont les crevards qui peuplent la planète et qui veulent eux aussi des richesses, en gros, le tiers-monde. Dans la nouvelle version, il n’y a plus cette empathie. Là aussi c’est un choix qui démontre qu’on a radicalement changé d’époque, que le zombie ne peut plus être perçu seulement avec le prisme humaniste du « bon sauvage », victime avant d’être bourreau. C’est aussi cela qui était extrêmement noir dans cette deuxième version et qui colle profondément à notre époque, on ne peut même plus se permettre d’avoir pitié pour ces sauvages sanguinaires…

(« Hey, monsieur le critique de libération, les seventies c’est terminé! »)

Parfois aussi dans Libé ils aiment les films. Par exemple, « Gozu » de Takashi Miike, qui a réussi à se faire pâmer le critique de Libé devant tant d’audace. « Gozu » est simplement le plus mauvais film que j’ai pu voir au cinéma de ma vie. C’est laid, ça n’évoque rien, c’est pédant, c’est consternant, c’est chiant, c’est provoquant mais sans conséquence, c’est opaque pour un non-japonais, c’est de la merde en boite pour connard de critique de Libération. Et le critique de Libé aime. C’est si différent, si original, faut être si ouvert pour apprécier de film…

Hormis allumer le feu, Libération a donc une utilité, celle de m’indiquer quels films ils haïssent que je peux aller voir, et quels films ils aiment qu’a priori je dois éviter. »

Copie de l’article paru dans Sud-Ouest. Mes commentaires sont en gras.

Une « usine à bébés » va voir le jour en Inde

Autorisée depuis 2002 en Inde, la gestation pour autrui est devenue une gigantesque industrie et attire de plus en plus de convoitises.

La gestation pour autrui et le recours aux mères porteuses sont encore beaucoup discutés en France, mais certains pays du monde sont déjà passés à la vitesse supérieure. En Inde, une immense clinique est en train de sortir de terre à Anand, dans la province du Gurajat, sous l’impulsion de Nayna Patel, une femme médecin, spécialiste de la fécondation in vitro, formée à Singapour, en Angleterre et en Corée du Sud. L’établissement abritera des centaines de mères porteuses qui aideront des couples occidentaux infertiles à concevoir un enfant.

Selon BBC news, le marché indien de la gestation pour autrui est estimé à plus d’un milliard de dollars par an, dans un pays où un tiers de la population vit avec moins de 0,6 dollar par jour. Pour porter un enfant, une femme pourra espérer toucher jusqu’à 8000 dollars.

Ça c’est si l’enfant se porte bien, si la gestatrice se porte bien et respecte les termes de son contrat, si les parents sociaux n’abandonnent pas le projet en cours de route, et si la livraison est jugée conforme. Sinon ça fait des remises de prix (-50% pour le bec de lièvre ou le doigt surnuméraire), des procès (spina bifida non détectée = tribunal pour vice de fabrication), des remboursements (IVG, IMG), ou des invendus soldés (trisomie, avortement voulu par les parents sociaux mais refusé par la mère gestatrice qui se retrouve avec un « projet parental » sans parents). Vous ajoutez la loi de la concurrence entre cliniques, les forfaits et formules, et vous avez des être humains « Premium » ou « Discount ».

Interrogée par la BBC, Ashok, le mari de l’une de ces mères porteuses, se réjouit de pouvoir acheter une maison avec l’argent gagné : « Mes parents seront heureux que leur fils et sa femme aient réussi à construire une maison. Notre statut social va s’améliorer, ce sera une bonne chose ».

Le médecin reçoit énormément de demandes, et a établi des critères de sélection stricts. « Les femmes doivent avoir moins de 45 ans, être en bonne santé et avoir déjà eu au moins un enfant, pour éviter qu’elles ne s’attachent au bébé » explique-t-elle dans un reportage de la National Geographic Channel.

Bah tiens, bien sûr, c’est bien connu : plus on a d’enfants, moins on s’attache à eux. Au bout du troisième enfant, toute femme vous dira qu’on se souvient à peine de son prénom, et après le quatrième on oublie même son existence.

Nayna Patel demande tout de même 28 000 dollars aux parents souhaitant concevoir un enfant, une marge plus que confortable mais toujours inférieure aux tarifs pratiqués aux Etats-Unis.

Loin de promettre « l’égalité devant la parentalité », la GPA est donc un luxe réservé aux ceux qui ont les moyens de se payer un enfant. Sauf si cela devient un droit, financé par un gouvernement comme l’est la Sécurité Sociale. Cela signifierait alors l’existence officielle du « droit à l’enfant » (déjà réel dans les faits et dans les esprits) et le financement des enfants par l’impôt.

Et cela crée évidemment une attente énorme de la part des parents vis-à-vis de leur enfant : « on t’a payé 28.000 dollars et tu veux faire laveur de vitres ? Non mais ho, c’est quoi cette arnaque ? Je te rappelle que ton père génétique a fait Harvard, lui ! Je savais bien qu’on n’avait pas sélectionné le bon embryon sous le microscope. On va en décongeler un autre : on a un bon de réduction pour la deuxième grossesse. »

Contre les critiques qui l’accusent d’exploiter la pauvreté et le corps de ces femmes, le médecin se défend : « Ces femmes réalisent un travail physique et elles sont rémunérées pour cela. Elles savent qu’on n’obtient rien sans peine. Font-elles quelque chose de mal ? Ont-elles tué quelqu’un ? (…) Commettent-elles un acte immoral ? Non. Que font-elles ? Elles font une bonne action en offrant un bébé à quelqu’un. »

Être enceinte n’est pas un travail, ni un métier. Encore une fois, le progressisme et l’égalitarisme font le lit de la marchandisation des choses qui échappaient jusqu’alors aux lois du capital.

Les mères porteuses signent un contrat d’obligation d’abandonner à des tiers l’enfant qu’elles portent (sauf à considérer qu’elles ne sont pas des personnes – en l’occurrence des mères – mais juste des ventres) ; elles s’engagent à avorter d’un enfant porteur de maladie contre leurs propres convictions (selon la tolérance de la famille adoptante qui passe commande) ; elles sont soumises à une privation de liberté forcée pour garantir un meilleur état de santé possible de la mère et de l’enfant, ce qui constitue de graves entraves à la liberté individuelle et à la responsabilité individuelle ; et la mise en fabrication d’êtres humains sur commande (projet déjà terrifiant) se double de celui, inévitable, de l’eugénisme puisqu’il y a sélection et élimination (l’eugénisme est toujours condamné par la CEDH).

Et évidemment, elles n’ « offrent » rien du tout, puisque ça coûte 28.000 dollars. Est-ce que mon boulanger m’ « offre » une baguette contre 90 centimes ? Non, cela s’appelle un achat de marchandise ou de prestation. Si c’était gratuit, ça se saurait. La notion d’altruisme que semble contenir le « Pour Autrui » est donc un terrible piège sémantique. Mon boulanger ne fait pas du Pain Pour Autrui : il l’échange contre du fric. Même si ça paraît vulgaire d’échanger du pain contre du fric.

Depuis le début du projet, Nayna Patel aurait déjà accompagné la naissance de plus de 500 bébés. Les couples viennent de partout : Angleterre, Allemagne, Canada, et beaucoup des Etats-Unis, occultant les dérives du système par le bonheur d’être enfin parents.

Le système ne « contient » pas de dérives, c’est le système en lui-même qui est une dérive.

« Vous ne savez pas ce que c’est de ne pas pouvoir avoir d’enfant. Vous ne savez pas ce que c’est de ne pas pouvoir… s’occuper d’une famille. Ensemble (avec la mère porteuse), nous nous sommes offert l’opportunité de commencer une vie que nous n’arrivions pas à construire seule. » expliquait il y a quelques années l’une de ces mères américaines dans le célèbre programme d’Oprah Winfrey.

Mais voir de riches étrangers payer des Indiennes pauvres pour avoir un enfant soulève des questions éthiques chez beaucoup d’Indiens. Interrogée par l’Express, l’association pour le droit des femmes All India Democratic Women’s s’inquiète de « la pratique même de la gestation pour autrui dans un pays où les femmes n’ont pas de ressources financières ».

C’est reparti pour un tour de luttes de classes exploitées et exploitantes, créées et encouragées par la gauche. C’est magique.

Après l’interdiction du recours aux mères porteuses pour les célibataires et couples gays en début d’année, le gouvernement indien pourrait de nouveau opérer des régulations dans les mois à venir.

« Modernisation, gain de temps, automatisation : la liste n’est pas encore close. Tout comme pour les radars automatisés, ce sport national qui consiste à tenter de faire sauter son PV devient quasi impossible. « Il n’y a plus de passe-droit, a assuré Jean-Jacques Debacq. Tout le monde paye. » Résultat attendu : « Un taux de recouvrement supérieur », a souligné Michel Guillot, préfet de Seine-et-Marne, précisant toutefois qu’il « n’y aura pas plus de contrôles ou de verbalisations ».
L’expérience seine-et-marnaise est prévue pour durer jusqu’au printemps. Une fois évaluée, elle est destinée à dépasser largement les routes de la Seine-et-Marne. »
Le Pays Briard, le 10 septembre 2012

En effet, déjà le 24 mai 2012 :
« […] dans les départements où le PVE a été mis en place, les contestations ont chuté de moitié. «Elles sont passées de 10 % à 4,7 %. Le système est mieux accepté», assure le préfet Jean-Jacques Debacq, directeur de l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (Antai). Enfin, l’informatisation met fin aux PV que l’on faisait encore sauter en faisant jouer ses relations… «Cela représentait quand même 10 % des amendes», poursuit Jean-Jacques Debacq. C’est donc autant d’argent qui sera récupéré par l’État… »
Le Figaro

C’est pourquoi :

Jean-Jacques Debacq, directeur de l’Agence Nationale de Traitement Automatisé des Infractions (ANTAI), fait payer par son administration – c’est-à-dire par le Trésor public – ses contraventions routières du dimanche à bord de son véhicule de fonction, une Peugeot 508.
Le Monde, le 30 septembre 2013

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Le Mariage Pour Tous est soutenu en immense majorité par des gens qui ne veulent pas du mariage pour eux-mêmes, et en premier lieu le Président de la République qui ne donne même pas l’exemple. Mais comme ce dernier a déclaré qu’il n’aimait pas les riches alors qu’il en est un autre, on comprend qu’il veuille éviter ce genre de contrat, de peur de se faire pincer très fort dans l’implacable porte de la fiscalité en mode play.

Le Ministre du budget, spécialement chargé de la lutte contre la fraude fiscale, pratiquait la fraude fiscale en Suisse en plus du mensonge et de l’absence totale de scrupule.

Les socialistes ont un gros problème de conscience à évacuer les camps Roms, sauf quand ils sont sous leurs propres fenêtres.

Le fils de la ministre de la santé est en prison pour extorsion de fonds.

Lorsque Christiane Taubira était députée de Guyane, elle avait tenté de faire annuler purement et simplement la condamnation par le tribunal de Bourges (avec dispense de peine) d’un de ses fils pour complicité de vol.

Ajoutez à cela la kyrielle des socialistes, élus compris, qui fraudent allègrement la carte scolaire pour ne pas avoir à supporter au quotidien les effets des politiques pour lesquelles ils votent sans interruption depuis quarante ans.

Ou le fossé qui sépare radicalement l’opinion populaire massivement favorable au bijoutier de Nice et celle de la cour politico-médiatique qui se refuse à seulement comprendre le pourquoi d’un succès d’adhésion spontané.

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Bref, nous sommes gouvernés par des gens qui ourdissent pour le peuple des projets contraires à leurs propres intérêts, au nom de la représentativité populaire que la république est pourtant censée organiser et garantir. Vous en tirez les conclusions que vous voulez, mais en ce qui me concerne je suis partisan de « couper et brûler les arbres qui ne portent pas de bons fruits », qui est une mesure de bon sens.

Comment payer moins d’impôt ? En enregistrant une situation de concubinage homosexuel comme étant légalement une relation père / fils adoptif.

Normal.

Je ne vois pas où est le problème.

À lire ici >>>

C’est amusant, le mois de septembre 2013 ressemble trait pour trait au mois de septembre 2010. Je vous invite à relire cette courte archive qui date de l’époque de Sarkozy-le-sécuritaire >>>.

– On a chacun le droit de penser ce qu’on veut, Patrick !

Sublet Cohen Non

Ce qui est vraiment bien avec le Pacte Républicain (dont Marisol Touraine parlait encore ce matin sur France Inter), c’est qu’il légitime absolument toutes les prérogatives de l’État, même les plus délirantes, même les plus dangereuses, même les plus ridicules, et cela sans la moindre opposition possible, pour la bonne raison que personne ne l’a jamais signé.

Le Pacte Républicain, comme beaucoup d’autres hochets du régime, n’a absolument aucune existence concrète, constitutionnelle ou législative. C’est une pure fiction philosophique, une pure construction mentale, une pure mythologie politique qui n’est opérative que dans le cadre de la profession de foi. Invoquer le Pacte Républicain est extrêmement pratique pour draper ses projets, même les plus dégueulasses, même les plus insignifiants, de vertu immaculée. Augmenter les impôts, déposséder les gens de leurs droits, ruiner le pays, tout cela est possible grâce à l’intercession du Pacte Républicain. Et puisque c’est le Pacte Républicain (il est écrit « Républicain » dessus), génuflexion générale et onction sans ciller.

J’aimerais bien que l’État s’occupe de ce qui le regarde, qu’il laisse aux religions le champ de l’irrationnel, de la foi et de la philosophie philosophante, et qu’il cesse ses boniments de Grand Mage de l’Égalité et du Bonheur Citoyen. Ou alors qu’il nous fournisse réellement un papier officiel détaillant le contenu dudit Pacte, qu’on pourrait signer – ou pas, d’ailleurs – et en vertu duquel on pourrait exercer son opposition aux politiques menées si elles s’en écartent. Mais bon, quand je vois ce que fait l’État des votes des gens et des pétitions historiques de 700.000 personnes qui finissent dans la poubelle, je me dis que j’ai raison de penser ce que je pense du concept même de République.