Bientôt une nouvelle édition des Journées du Patrimoine. Une fois de plus l’occasion de se rendre compte que la France est un gigantesque musée, un entassement de choses et de machins dont la beauté nous émeut d’autant plus que son sens et sa valeur véritables nous échappent un peu plus chaque jour que Dieu fait.

On verra sans doute des écriteaux pour nous expliquer des « Baptême du Christ » [huile sur toile], avec une petite légende pour nous expliquer que le Christ est ici [« recevant de l’eau sur la tête »], que Jean-Baptiste est là [« reconnaissable par son vêtement de peau de chameau »], que la petite colombe perchée au-dessus symbolise le Saint-Esprit, que la scène illustre un chapitre de la Bible, et plus particulièrement du Nouveau Testament. On retiendra vaguement le nom du fleuve, mais ça fait déjà trop d’informations nouvelles à retenir. On verra sans doute des visites guidées dans des quartiers ouvriers ou des hameaux paysans, où l’on découvrira en poussant des « ooooh » et des « aaaah » que l’habitat populaire des classes les moins aisées était pétri d’une intelligence qu’on ne nommait pas encore « écologique » ou « durable ». On verra encore des colonnes d’ahuris faire la queue pour se promener dans des égoûts visqueux ou des greniers abandonnés, s’inscrire en masse pour « voir comment c’est fait les bureaux de la Préfecture », poireauter sous la pluie pour avoir le privilège d’entrer dans la maison du châtelain local – qu’on n’aime pas beaucoup mais comme il ouvre son salon, bah on va aller voir ses parquets et ses lambris du XVIIème siècle avec nos grosses bottes Aigle. Il y aura des écriteaux roses et jaunes pour vous enjoindre à pousser voracement toutes les portes qui s’offriront à votre vue, il y aura des concerts baroques dans des usines électriques désaffectées, il y aura des marchés aux bestiaux reconvertis en salle de classe de 1950, il y aura des parcours ludiques pour comprendre le patrimoine citoyen, on découvrira un pays entier baignant dans un pétillant formol.

Ce sera une fois de plus l’occasion de se rendre compte que les hordes populacières qui s’engoufreront aux guichets de la culture-pour-tous seront de manière frappante totalement exemptes de néofrançais. On nous assure pourtant qu’ils sont venus en France pour l’amour de la France ; en réalité la « France » ne les intéresse pas beaucoup, cet évènement en constitue une preuve manifeste. Ils sont bien plus nombreux à faire la queue pour venir aimer les bienfaits de la République. C’est plus concret.

Ce sera une fois de plus l’occasion de se rendre compte que tous les visiteurs des Journées du Patrimoine seront les touristes de leur propre culture, et où les grands absents sus-mentionnés seront touristes de leur propre pays d’accueil – mais en ce sens pourquoi les blâmer puisque les autochtones eux-mêmes sont déjà de véritables étrangers en leur propre pays ?