Imaginez que vous puissiez, chaque semaine, rencontrer les personnalités qui forment la toile de fond politique, sociale, artistique de votre temps.
Imaginez que chaque semaine soit pour vous l’occasion de dialoguer longuement avec des élus, des stars de la chanson, des acteurs, des réalisateurs, des ministres, toutes sortes de personnalités qui sont au premier plan de l’actualité française, voire internationale.
Imaginez-vous soudain empli de la faculté d’étendre considérablement le réseau de vos connaissances, jusqu’à atteindre l’intime cercle des VIP, et même jusqu’à l’intégrer en permanence.

Quelle fantastique chance est la vôtre ! Il est évident que la fréquentation de tant d’émincences – même anecdotiques comme un élu local sous les feux de l’actu, même périssables comme un fulgurant chanteur de tube de l’été – ne peut que provoquer en vous une incroyable et inédite exigence intellectuelle. À force de fréquenter des hommes politiques, il vous vient nécessairement un jugement plus aigu sur la question. À force de fréquenter des chanteurs, vous devenez plus connaisseur en la matière. À force de fréquenter des comédiens, vous apprenez vite à distinguer un cabotin d’un génie.

Forcément, vous en arrivez à identifier de plus en plus clairement qui sont les imposteurs de la presse, qui sont les cuistres du cinéma, qui sont les sots de la politique, qui sont les nullards de la musique, qui sont les couillons du sport. Et forcément, vous en arrivez à identifier de plus en plus clairement qui sont les authentiques génies de la chanson, qui sont les vrais acteurs qui portent le feu sur terre, qui sont les hommes qui méritent vraiment d’œuvrer au sein d’un gouvernement, qui sont les intellectuels qui ont réellement des choses à dire sur le monde, qui sont les véritables héros du monde moderne. Vous voilà entouré des centaines de personnalités que le siècle estime, et comme vous n’êtes pas la moitié d’un imbécile, vous en tirez de précieux enseignements.

Votre vie est peuplée de centaines de Roland Magdane, de Xavier Bertrand, de Bernard-Henri Lévy, de Guillaume Canet, de Luc Besson, de Jean Rochefort, de Patrick Bruel, de Dominique Strauss-Kahn, de Calogéro, de Miou-Miou, de Jean-Paul Rappeneau, de Laurent Fignon, de Cali, de François Bayrou, de Thierry Lhermitte, de François Hollande, de Luc Ferry, de Laure Manaudou, de Gipsy Kings, de Yannick Noah, de Gaël Monfils, de Christophe Maé, de Jeanne Moreau, de Johnny Hallyday, de Frédéric Mitterrand, de Gérard Miller, de Marina Foïs, et autres Lorie.

Avec un tel défilé, on ne vous la fait plus. Vos jugements s’affinent. Vous ne vous laissez plus avoir par les escrocs, vous ne vous laissez plus impressionner par les imbéciles, vous n’avez plus envie voir votre tapis rouge se dérouler pour les beaux yeux des glorioles d’opérette, Richard Cocciante ou Noël Mamère. Vous n’avez plus envie que de conversations sensées, constructives, éclairantes.

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Mon raisonnement semble évident ; pourtant, comment expliquer l’inaltérable sourire de Michel Drucker ? Comment ce type peut-il rester aussi étanche aux personnalités qu’il côtoie ? Comment fait-il pour n’être rien d’autre qu’un sourire télégénique ? Comment fait-il pour vivre comme si ses milliers d’invités ne lui avaient strictement rien appris de la condition humaine, de la chose politique ou de la chose artistique ? Comment peut-on être sincèrement ravi de recevoir un Cali ou un Patrick Fiori quand on a pu côtoyer de près des Gainsbourg ou des Jean Yanne ?

Je n’ai qu’une seule conclusion a en tirer : Michel Drucker n’existe pas.

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