Finkie disait une chose très juste l’autre jour [1]: le moment critique de la démocratie est atteint lorsqu’on ne se bat plus pour davantage de transparence, mais pour moins de transparence, car c’est là que se situe le point de bascule vers le totalitarisme. Son co-conférencier Aleksander Hall en savait quelque chose, puisqu’il avait vécu dans une Pologne communiste.

Chaque semaine, je reçois TV Magazine dans ma boîte aux lettres. Et chaque semaine, je lis la même chose : Les confessions de Gérard ; Tous les secrets de Michel ;  Dans l’intimité de Bernard ; Robert dévoilé ; ou encore Jean-Claude, l’interview vérité. Il est devenu normal de s’exhiber chez toutes les Mireille Dumas du monde, d’y faire son petit tour à poil pour feindre le rôle convenu du cœur blessé par la vie, afin d’emporter l’adhésion du public, ce souverain poisseux. Michel a eu un cancer, Bernard a été victime d’une campagne de calomnie, Robert a été brisé par son divorce, et Jean-Claude a sombré dans l’alcool avant de réussir son improbable come-back. Pauvres choux. Tous font la promotion de leurs petits Ma-vie-mon-œuvre pour quémander auprès des ménagères de moins de cinquante ans le titre honorifique de personnalité sympâ. Gloire ! Et c’est parti pour une litanie de photos dans des jardinets fleuris et des villas normandes top secrètes où la star aime se ressourcer, loin de la fièvre de la capitale. En arrière-plan, on voit des portails Castorama et des cockers affectueux.

Frédéric Mitterrand en fait les frais. Il a joué la carte de toute la vérité sur les secrets intimes des confidences de sa confession enfin révélée, il se prend le retour de sa propre manivelle. Les hérauts de la démocratie sentimentaliste – je crois que Muray disait cordicole – se trouvent une fois de plus pris au piège de leur obsession de la transparence sympâ. Bien fait. Et Finkie a encore raison sur les limites morales de la démocratie. Sauf que Finkie, dans la trop grande espérance qu’il place en l’homme moderne, ne met jamais en cause l’essence de la démocratie dans ces maux modernes ; et que moi, si.

À votre avis, pourquoi croyez-vous que je ne raconte jamais ma vie privée sur ce blog ? C’est tout simplement pour ne pas offrir de preuve accablante contre moi le jour où je serai dictateur et que retentiront mes impitoyables condamnations contre les chaussettes Garfield, les pare-soleil Marsupilami, les touristes des Châteaux de la Loire – il faudra bien loger ma cour dans des endroits décents –, et les survêtements portés hors du cadre sportif.

[1] « Les droits de l’homme ont-ils un avenir ? », dans le cadre du Forum Libé qui s’est tenu à Lyon le mois dernier.

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