Ce qui est vraiment bien avec le Pacte Républicain (dont Marisol Touraine parlait encore ce matin sur France Inter), c’est qu’il légitime absolument toutes les prérogatives de l’État, même les plus délirantes, même les plus dangereuses, même les plus ridicules, et cela sans la moindre opposition possible, pour la bonne raison que personne ne l’a jamais signé.

Le Pacte Républicain, comme beaucoup d’autres hochets du régime, n’a absolument aucune existence concrète, constitutionnelle ou législative. C’est une pure fiction philosophique, une pure construction mentale, une pure mythologie politique qui n’est opérative que dans le cadre de la profession de foi. Invoquer le Pacte Républicain est extrêmement pratique pour draper ses projets, même les plus dégueulasses, même les plus insignifiants, de vertu immaculée. Augmenter les impôts, déposséder les gens de leurs droits, ruiner le pays, tout cela est possible grâce à l’intercession du Pacte Républicain. Et puisque c’est le Pacte Républicain (il est écrit « Républicain » dessus), génuflexion générale et onction sans ciller.

J’aimerais bien que l’État s’occupe de ce qui le regarde, qu’il laisse aux religions le champ de l’irrationnel, de la foi et de la philosophie philosophante, et qu’il cesse ses boniments de Grand Mage de l’Égalité et du Bonheur Citoyen. Ou alors qu’il nous fournisse réellement un papier officiel détaillant le contenu dudit Pacte, qu’on pourrait signer – ou pas, d’ailleurs – et en vertu duquel on pourrait exercer son opposition aux politiques menées si elles s’en écartent. Mais bon, quand je vois ce que fait l’État des votes des gens et des pétitions historiques de 700.000 personnes qui finissent dans la poubelle, je me dis que j’ai raison de penser ce que je pense du concept même de République.

Ezekiel

Regardez cette jolie photo. C’est magnifique comme tout. Ils ont mis des bougies. C’est choupinet, non ? Je vous présente Ezekiel, entouré de son parrain et de sa marraine. Le moment est solennel. L’assistance se tait, on se lève pour écouter la Parole, tout le monde est debout pour prêter serment. Parrain et marraine ont pris un engagement : « assister Ezekiel dans ses démarches, et veiller sur son bonheur conjugal ». Tout le monde est réuni « au nom de l’Amour ».

Ça se passe dans une Mairie. C’est un baptême républicain.

(J’ai oublié de vous dire : le statut d’Ezekiel tombe sous le coup de la loi ; c’est un clandestin.)

Un petit moment de Religion Républicaine parmi des millions d’autres. Laissez venir à moi les sans-papiers car la République est à eux. Ce que vous ferez à chacun d’entre eux, c’est à Marianne que vous le ferez. Il n’y a pas de plus grand amour que de cotiser pour ceux qu’on aime. Les églises se vident le dimanche, les mairies se remplissent le samedi. La liturgie des droits de l’homme répand son onction de Tolérance, d’Accueil de l’Autre et de Vivre-Ensemble. Le cierge révolutionnaire brûle, la Trinité bleu-blanc-rouge est posée sur l’autel, l’Être Suprême s’incarne sous le ministère des Élus, la transsubstantiation se réalise, le sans-papier devient le Vrai Corps et le Vrai Sang de la République une et indivisible, laïque, démocratique et sociale. Credo in unam republicam, et indivisibiliam laiicam democraticam.

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