Juste une petite réflexion, comme ça, en passant, à propos de la phrase « Dieu est grand » que prononcent les musulmans (« Allah Akbar »). Aussi courte soit-elle, cette phrase dit l’abîme qui sépare les musulmans des chrétiens, et pourtant personne ne relève ce fait, croyant que les chrétiens approuvent cette vision d’un Dieu qui serait « grand » ou « le plus grand ».

Les fêtes chrétiennes les plus fondamentales sont Pâques et Noël. Pourquoi ? Parce que ce sont précisément les moments de la vie du Christ où celui-ci révèle sa nature fondamentalement humble, les moments où Dieu s’est fait le plus petit, le plus vulnérable, le plus faible.

Sur la croix, c’est un supplicié qui agonise, un condamné à mort, un homme torturé, insulté, traité comme un criminel de la pire espèce. Sauf qu’il n’a jamais répandu la moindre violence, commis le moindre mal, propagé le moindre mensonge, enfreint la moindre loi [si ce n’est celle de guérir les malades le jour du Sabbat, comme s’il existait des jours où il était interdit de guérir les malades]. Sur la croix, le Christ est réduit à la solitude, abandonné par une grande partie de ses propres disciples qui se sont cachés, terrorisés par ce qui se passe.
Pâques, c’est Dieu humilié, rabaissé, banni du sein des honnêtes gens.

À Bethléem, c’est un nourrisson couché dans la mangeoire d’une étable. Dieu envoie son fils, et celui-ci prend chair en pleine nuit sous un toit de fortune, parmi la paille. Absolument rien n’est prévu pour lui réserver le meilleur accueil. Son existence est misérable, son confort inexistant. Noël, c’est peut-être la joie de l’Incarnation, mais c’est une joie sans flonflons, sans cortège royal, sans trône et sans carrosse.
Noël, c’est Dieu tout petit, fragile, pas vraiment dans les conditions édictées par les Normes Européennes de sécurité, les circulaires de santé publique, et les services de protection de l’enfance.

Le message de l’Église est très clair : suivre le Christ, c’est faire de sa personne toute entière un don aux plus petits, aux plus faibles, aux plus misérables. La grandeur de Dieu n’est pas littérale car Dieu est incommensurable ; la vraie grandeur du Dieu chrétien réside dans le cœur de l’homme quand il est bon, généreux, charitable. Saint François d’Assise, le curé d’Ars ou l’abbé Pierre sont la vraie grandeur de Dieu : Dieu chausse du 36, se promène en sandalettes ruinées et en robe de bure par -25 degrés, dort sur une paillasse, et travaille 24h sur 24 à rendre l’humanité toute entière digne d’amour au cœur des bidonvilles.

Donc non, Dieu n’est pas « grand ». Dieu est un type à moitié fou qui abandonne sa propre vie pour devenir serviteur des pauvres.

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