Très bonne idée entendue sur Radio3, le France Inter espagnol : tendre un micro sous le nez de quelques personnalités politiques et leur demander quel film les a marqués récemment.

À l’unanimité, ils ont aimé des films à très forte teneur politique ou sociale. Ce qui les émeut : les héros du Progrès, les mélos féministes, les drames misérabilistes. Radio3 a adoré.

Des émotions faciles, calibrées, idéologiquement correctes. L’esthétisme leur est absolument étranger. Constat intéressant : les gens qui nous gouvernent – l’élite, n’est-ce pas – méprisent le Beau, ignorent le Style, n’aiment que les récits de type réalisme socialiste, avec des gentils exploités et des méchants qui discriminent. Des trucs écrits en grosses lettres comme dans la Bibliothèque Rose. Aucun n’a ouvert la bouche pour évoquer le sens du rythme, le degré de la narration, la composition des cadrages, l’acuité d’un dialogue.

Il est évident que tout film possède sa teneur politique ; néanmoins, résumer le cinéma à ce langage-là est quelque peu minable. Ce serait comme regarder du Picasso en admirant le communisme. Ça va bien deux minutes, mais c’est une lecture franchement indigente de l’œuvre d’art.

Nous sommes gouvernés par des incultes, des cœurs tout secs, des âmes flétries. Pompidou, malgré tous ses défauts, avait encore le goût des arts exigeants – qu’ils soient classiques ou d’avant-garde – , le regard affiné, le sens du style. Je crois que c’était le dernier. Après lui ne sont venus que des distributeurs de bonbons amers et d’images d’Épinal.