« À mes yeux, il existe une différence de nature, et une hiérarchie, entre l’embryon et la cellule souche. L’embryon destiné à naître doit faire l’objet d’une protection. On ne doit pas le manipuler pour en faire quelque chose de différent, augmenter ses performances, choisir la couleur de ses yeux… Les cellules souches embryonnaires sortent de ce cadre. Issues d’un embryon qui n’est pas retenu dans un projet parental, elles me semblent donc moins « intouchables ». Des dérogations sont donc accordées si la recherche peut apporter un progrès médical. »
Jean Leonetti – Ouest France – 08 février 2011

On récapitule : Il existe des embryons destinés à naître, et qui doivent être protégés en vertu d’un « projet parental ». On peut en revanche disposer comme bon nous semble de ceux qui n’ont pas de « projet parental ». Concrètement, les uns sont plus humains que les autres par la seule existence du désir qui les entoure. Le statut de votre humanité, le prix de votre vie, se mesurent à l’aune du désir. Embryon sans projet parental : poubelle. Grossesse non-désirée : poubelle. Vieillesse non-désirée : poubelle. Mal de vivre non-désiré : poubelle. La tyrannie du désir, et son immédiate proximité de la mort. Gardez un compartiment « projet parental » dans votre congélateur, et rangez-y vos embryons. Si le désir vous habite, désignez-les comme vos futurs enfants, et expliquez à vos mouflets que là, dans ce tiroir, entre la Poêlée Campagnarde de chez Picard et les Croustibat, il y a plein de petits frères et de petites sœurs potentiels qui n’attendent qu’une implantation intra-utérine pour devenir grands. En revanche, si vous n’y portez aucun désir, considérez-les comme de simples amas de cellules inutiles et dégivrez le frigo. Ces machins-là sont-ils des êtres humains ? pas des êtres humains ? Seul le désir contenu dans le regard est juge.

On nous annonce justement la naissance du premier « bébé médicament ». Ses caractéristiques techniques en font une production très performante sur le plan de la compatibilité génétique au sein du milieu familial. Grâce à son ADN sélectionné pour vous par des spécialistes après une longue série d’essais qui ont éliminé tous les modèles défectueux, il va pouvoir guérir la maladie grave de son grand frère. Vous aussi, appelez le 0800 08 xx xx et dites « médicament » ; notre standart téléphonique établira avec vous un devis personnalisé. [Prix d’un appel local depuis un poste fixe. L’appellation « bébé-médicament » ne donne pas lieu à un remboursement par la Sécurité Sociale.]

Plus sérieusement, nous souhaitons à cet enfant de vivre le plus longtemps possible à l’abri d’une névrose ou d’une crise identitaire. Bon courage, bonhomme.

Merci au Salon Beige pour les infos, ici >>>, et là >>>.

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PS : Je vous enjoins à revisonner Alien Resurrection de Jean-Pierre Jeunet, qui aborde d’excellentes questions bioéthiques, et met en scène de nombreuses références bibliques. J’ai notamment le souvenir de deux scènes particulièrement intéressantes à décortiquer. Dans l’une, on voit Ripley, revenue à la vie après clonage dans le seul intérêt de la recherche scientifique menée par un démiurge en blouse blanche, découvrir dans des bonbonnes de formol les essais ratés qui ont précédé son propre clonage. Dans l’autre, Ripley [monstre de la foire génétique intergalactique] discute avec une androïde [robot imitant l’humain à la perfection et jalousant la condition humaine] pendant qu’ils accèdent un terminal d’informations. Ledit terminal étant situé… dans une chapelle.

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