« Alors que j’avais à peine vingt et un ans,  je me suis trouvé un jour à déjeuner […] en compagnie de l’architecte masochiste et protestant Le Corbusier qui est, comme on le sait, l’inventeur de l’architecture d’auto-punition. Le Corbusier me demanda si j’avais des idées sur l’avenir de son art. Oui, j’en avais. J’ai d’ailleurs des idées sur tout. Je lui répondis que l’architecture serait « molle et poilue » et j’affirmais catégoriquement que le dernier grand génie de l’architecture s’appelait Gaudi dont le nom, en catalan, signifie « jouir », de même que Dali veut dire « désir ». Je lui expliquais que la jouissance et le désir sont le propre du catholicisme et du gothique méditerranéens réinventés et portés à leur paroxysme par Gaudi. En m’écoutant, Le Corbusier avait l’air d’avaler du fiel. »
Salvador Dalí – Les cocus du vieil art moderne (extrait)

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« Pour que les forces vitalement hétérogènes et antiacadémiques de l’art moderne ne périssent pas dans le ridicule anecdotique du simple dilettantisme expérimental et narcissique, il faut trois choses :

1° Du talent et de préférence du génie (Depuis la Révolution française, se développe une vicieuse tendance crétinisante qui consiste à considérer les génies, à part leur oeuvre, sont en tout des êtres plus ou moins semblables au reste du commun des mortels. Cette croyance est fausse. Je l’affirme pour moi qui suis le génie moderne par excellence.)

2° Réapprendre à peindre aussi bien que Velasquez et de préférence comme Vermeer.

3° Posséder une cosmogonie monarchique et catholique aussi absolue que possible et à tendances impérialistes »

Salvador Dalí – Les cocus du vieil art moderne (extrait)

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« Tout ce que dit Dali dans son petit ouvrage « Les cocus du vieil art moderne » est le bon sens et le bon goût mêmes. Sa façon excessive, non dénuée de cette forme curieuse de poésie que l’on obtient par la sincérité, ajoute à son pouvoir de persuasion au lieu de l’affaiblir. Devant ce que le monde exhibe aujourd’hui, il a les yeux du petit garçon du conte d’Andersen qui s’aperçoit que le roi est nu et ne craint pas de le proclamer. Par exemple, Le Corbusier «masochiste et protestant» est, dit Dali, «l’inventeur de l’architecture d’autopunition». Autre jugement : «De tous les élèves de Gustave Moreau, le meilleur est toujours celui qui les enseigne.» Picasso est responsable de la «laideur généralisée de l’art contemporain». Matisse est un «peintre d’algues tout juste bon à favoriser la digestion bourgeoise». Devant les collages déjà jaunis de l’art moderne, Dali se réclame de Raphaël et de son «petit saint Georges resté frais comme une rose»… »
Jean Dutourd – Revue de presse, in Le Figaro

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