« Faut-il souhaiter des élections libres lorsqu’un régime totalitaire menace de triompher par les urnes ? »
Caroline Fourest, le 26 novembre 2010.

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Jeu :
Imaginez la suite de cette histoire.
[Une seule contrainte : vous devrez impérativement faire apparaître Thierry Ardisson, Renaud Camus, Carla Bruni, Benoît XVI, et Tariq Ramadan dans votre histoire. Essayez de ne pas dépasser 400 mots. Publiez votre texte dans les commentaires.]

Nous sommes en 2012, quelques semaines avant la tenue des élections présidentielles. Moult grands signes dans le ciel annoncent la venue du FN au deuxième tour, voire son accession à la présidence de république. Il faut dire que l’actualité a encore joué contre l’optimisme du vivre-ensemble : des jeunes à scooters sont morts en échappant à un contrôle de police, provoquant de nombreuses insurrections dans les cités ; un scandale médiatico-financier éclabousse l’UMP et le PS ; un type a été tabassé à mort sous les yeux de sa femme pour avoir pris une photo de lampadaire dans la rue ; l’économie française a encore manifesté des signes de son inexorable naufrage ; ce genre de choses.

Perclus de trouille devant l’insolente popularité de Marine Le Pen, journalistes, politiciens, partenaires sociaux, intellectuels, artistes engagés, grands mammamouchis de toutes les obédiences progressistes, etc., se réunissent en fiévreux comités, manifestent en cohortes citoyennovigilantes, font grand bruit à coups de concerts festivodénonciateurs, organisent des lâchers de ballons multicolores, se lancent dans toutes sortes d’initiatives pour tenter de faire dévier la démocratie de sa trajectoire alarmante. Cali, Zazie, Grand Corps Malade, Zebda, Diam’s, Saez et Yannick Noah fondent le collectif musical « Antifransse » se donnant pour objectif de publier une chanson par semaine [libre de tout droit] pour lutter contre le fascisme. Les instituts de sondage rendent leurs résultats bruts confidentiels, et se cantonnent à la seule publication de textes d’analyses.

De nombreux procès sont intentés contre la candidature du FN, mais rien n’y fait, tous se révèlent juridiquement irrecevables. Paul Amar se dit « très inquiet », Alain Juppé se dit « préoccupé ». Stéphane Guillon tente périlleusement de relancer sa carrière en déclarant « je suis démocrate, extrêmement démocrate » dans les colonnes de Libération ; Didier Porte lui répond dans une chronique publiée sur Youtube « Je suis pour la dictature de la démocratie », mais se fait menacer de procès par Gustave Parking, véritable auteur de la citation. Éric Zemmour jubile devant le spectacle de démocrates annulant les élections, ce qui lui vaut une exclusion des radios et télévisions où il intervient, accusé de « tenir des propos » et de « faire le jeu de l’extrême droite ». Un Jacques Chirac très affaibli fait une courte apparition à la télévision, le temps de répéter qu’ « il n’y a pas de dialogue possible avec la haine et l’intolérance ». Alain Finkielkraut est hospitalisé d’urgence pour un malaise cardiaque après avoir pris part à un débat particulièrement violent contre Edwy Plenel et Houria Bouteldja chez Ruquier. Dominique Wolton et Philippe Meirieu publient conjointement un essai intitulé « Ils ont tué le dialogue ». Jacques Attali publie « La moitié du ciel d’Allah », dans lequel il analyse la mutation sociétale française à venir, et préconise d’organiser désormais toutes les élections à échelle européenne, permettant à tous les citoyens membres de l’Union Européenne d’exprimer leur part de souveraineté dans les scrutins nationaux.

Finalement, devant l’imminence du résultat à venir, le Conseil d’État, appuyé par tout ce que le pays compte de démocrates diplômés, décide, à deux semaines du scrutin, d’annuler la tenue des élections…

[À vous de jouer !]

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