Ma petite contribution à l’œuvre de Queneau, achevée jusqu’ici au numéro 99.

100 – Durable
Nous étions nombreux au rendez-vous du déplacement écocitoyen, dans le bus S qui roulait dans son couloir de circulation, à proximité du Parc Montceau. À bord du véhicule dont la motorisation préservait la couche d’ozone, je remarquai un jeune homme au cou étrangement long, et dont le chapeau – chiné dans une brocante – ne portait pas de ruban, mais une inhabituelle tresse. Je saluai en moi-même cet habile sens du recyclage, lorsque je le vis soudain râler auprès d’autres citoyens, puis se jeter sur une place assise devenue libre.
Dans l’après-midi, alors que je roulais en Vélib du côté de la gare Saint-Lazare, je l’aperçus de nouveau en compagnie d’un ami, lequel tentait de le dissuader d’acheter un nouveau pardessus H&M – fabriqué par des esclaves au profit du grand patronat mondialisé, disait-il – au profit d’une simple retouche sur son actuel manteau chez un artisan local. Cette économie, ajouta-t-il, conjuge le bon sens à la nécessaire vigilance envers les ressources de la planète.

101 – Vivre-ensemble
C’est un monde, tout de même ! Alors que nous jouissions de la cordiale coexistence de nos diversités ethniques et culturelles dans un bus presque bondé, il s’est trouvé un drôle de type avec un long cou et un chapeau bizarre pour s’énerver contre les Noirs et les Arabes qui, soi-disant, lui marchaient sur les pieds dès que les usagers montaient ou descendaient du véhicule. On est en 2010 et il y a encore des fachos en France.
Je suis retombé sur lui en passant près de la gare Saint-Lazare. Il portait un imper de gestapiste, et je crois bien avoir vu que l’ami avec lequel il se trouvait faisait un salut nazi. Bienvenue au sarkoland.

102 – Jeune talent
Sa mère la pute, je l’ai traité de iench ce bâtard de sa mère. Vas-y, il était pas content que je lui marche sur les pieds cet enculé de sa race alors il a fait genre de s’énerver mais il s’est barré sur un fauteuil libre. Haha, le pédé comment je lui ai mis le respé. Enculé de bâtard, le fils de pute. La chatte à ta mère je la nique, je lui ai dit. Le coran de la mecque, wallah, j’aime pas qu’on me manque de respé.
Après l’embrouille avec les contrôleurs, je traînais du côté de la gare et je l’ai revu le bouffon. Vas-y je sais pas ce qu’ils se disaient son copain et lui mais ça avait trop l’air d’être des gros pédés. J’ai appelé les cousins pour qu’ils s’amènent.