Toute la clique du Progrès Radieux trépigne, bout, brandit ses petits poings vers le ciel : il serait question de déchoir de la nationalité française les délinquants d’origine étrangère récemment admis au titre de citoyen français, et ça les scandalise. Ah bon, ça les scandalise. Pourtant je ne vois pas où est le problème. Déchoir de son statut quelqu’un qui s’en est montré indigne, c’est quand même une base universelle de la vie sociale des humains. Tenez, si un jour Sheila McCarron >>> venait à faire l’apologie du fascisme, il ne fait aucun doute qu’elle se fera virer du Parti Socialiste auquel elle appartient. Si un employé commet des fautes graves au sein de son entreprise, il est normal que le patron lui demande poliment d’aller voir ailleurs. Sous tous les climats, sous tous les régimes, c’est une pratique courante et reconnue comme normale. On déchoit, on bannit, on extrade, on vire, on emprisonne, bref, une société ne manque pas de moyens pour signifier aux brigands ou aux criminels que leur place n’est pas parmi les honnêtes gens auxquels ils font du tort. Un type récemment admis au titre de citoyen français a tout intérêt à prouver sa loyauté, sans quoi il trahit son serment et s’expose à la sanction.

Vraiment, je suis navré d’en arriver à écrire ce genre d’évidences. Remarquez, il y a quelques années nous nous sommes retrouvés confrontés à un problème inédit : le mariage unit deux personnes, mais la loi ne précise pas s’il s’agit de deux hommes, de deux femmes, ou de deux personnes de sexes différents ! Alors nous en sommes arrivés à écrire, comme pour prouver que nous n’étions pas débiles, que le mariage unissait bien entendu un homme et une femme. L’eau ça mouille. Le feu ça brûle. La neige c’est froid.

Bon, et donc il serait scandaleux de déchoir quelqu’un de la nationalité française. Ah bon. Pourtant, à travers le monde, des milliards de gens n’ont pas la nationalité française ; et je ne pense pas me tromper en affirmant qu’une immense majorité de ces milliards de gens le vivent plutôt bien. Je suis même persuadé que des millions de gens sont très contents d’être afghans, tunisiens, colombiens ou polonais, et n’ont même jamais envisagé de devenir français ! Alors pourquoi tant d’émoi à l’évocation de cette déchéance de nationalité ? Vraiment, à les écouter, ne pas être français est un châtiment, une honte, un déshonneur ; l’exact, le très exact équivalent de ce qu’était l’excommunication sous l’Ancien Régime. On a vraiment l’impression que le statut de français est une grâce qui vous fait entrer dans la Vie Éternelle, et que la désavouer vous précipite dans la géhenne, fait de vous un hérétique ou un lépreux. Ce que j’écris là n’est pas totalement ironique ; n’existe-t-il pas une cérémonie de baptême républicain pour les étrangers admis au titre de citoyen français ?

Alors je me vois obligé de le préciser : non, la citoyenneté française n’a rien d’un sacrement, une carte d’identité n’est pas une amulette éloignant le mauvais sort ; non, ce n’est pas grave de n’être pas français. Non, la France n’est pas la Jérusalem Céleste ; non, les Droits de l’Homme ne sont pas un serment liant la Terre et le Ciel ; non, la République Française n’est pas une enceinte sacrée hors de laquelle le démon perd les âmes. Désolé de vous décevoir les mecs. Si la loi française ne vous plaît pas, si le mode de vie français ne vous plaît pas, nous ne vous retenons pas de force. En revanche il me semble normal d’user de la force si c’est pour vous voir pisser dans mon salon que je vous ai ouvert la porte.

Comme on peut le constater sur la carte ci-dessus, des milliards de gens sur terre n’ont pas la nationalité française. C’est un véritable scandale.