Hank Williams [1923-1953] est injustement méconnu en France ; c’est pourtant une immense figure de la musique américaine du XXème siècle.

On doit à Hank Williams une œuvre caractéristique du style honky-tonk, une émanation de la country music nourrie de chanson traditionnelle ou folklorique, de mélodies de cow-boys, de complaintes issues du blues, ou encore de thèmes religieux [les succès complètement gigantesques de I saw the light ou de Lovesick blues entre autres] ; mais il apparaît évident, notamment à l’écoute de Move it on over ou de Rootie Tootie [dès 1947 !], que le rock and roll attend son éclosion de pied ferme. Il y a chez Hank, outre le génie d’écrire des tubes pour les siècles [Jambalaya], un phrasé saccadé, une mélancolie nerveuse, une invitation au déhanché qui fait sortir sa musique du simple cadre de la country gentillette à sourire Colgate ; il y a de l’électricité, en somme.

Rock and roll, c’est aussi la vie de Hank, marquée par tout ce qui fait la vie d’une rock star avant l’heure : carrière fulgurante, itinérance, alcool, drogue, déboires professionnels, vie sentimentale chaotique, mais également recherche éplorée de la rédemption. L’ordinaire de la rock’n’roll damnation initiée par Robert Johnson. Live fast, die young.

Hank Williams meurt à vingt-neuf ans après seulement quatre années de carrière, brisé par une vie trop rude pour son corps trop fragile – il était atteint de spina bifida –, un an avant que ne se lève la tornade planétaire des Elvis Presley, des Gene Vincent, des Chuck Berry, des Jerry Lee Lewis et autres Little Richard [du Rootie Tootie de l’un au Tutti Frutti de l’autre, la filiation est plus que transparente] sur le même terroir poussiéreux du Vieux Sud. Tous lui doivent d’avoir semé en eux de la graine de bad boy à gueule d’amour, moitié bon grain moitié ivraie, de la graine ambiguë qui fait danser les rockeurs entre la possession démoniaque et l’absolu désir du ciel, entre la fureur de vivre et la rédemptrice self-destruction, là où les crossroads sont autant de crucifix sur l’horizon que de pactes avec le diable.

Sa mort soulève une immense émotion ; plus de 20.000 personnes assistent à ses obsèques. Une semaine après sa mort, son dernier enregistrement est publié : ironie de l’Histoire, il s’appelle I’ll never get out of this worl alive. En 1987, Hank Williams entre au Rock and Roll Hall of Fame au titre de pionnier, siégeant ainsi aux côtés de Robert Johnson, de Bessie Smith ou de Wanda Jackson – excusez du peu.

Découvrez Hank Williams.

HANK WILLIAMS – Move it on over

HANK WILLIAMS – Rootie Tootie

HANK WILLIAMS – Lovesick Blues

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