Atterrissage à JFK. Dans le glacial couloir qui nous conduit de l’habitacle de l’avion aux files d’attente de la douane, des affiches souhaitent la bienvenue à mesure que l’on marche. Chargés de nos sacs et de nos manteaux mal ajustés, on se presse. Les écharpes sont en travers, les cols sont mal boutonnés, les cheveux sont ébouriffés, les yeux sont vaguement hagards, les familles s’attendent et se pressent, on regarde derrière soi comme pour se convaincre qu’on n’a rien oublié à bord. On n’a rien oublié ? On n’a rien oublié. On pense à son passeport ; est-il à portée de main ? Où ai-je fourré mon téléphone ? Mes gants ? Ils sont là. La précipitation sature l’attention. À la fois engourdis et vivifiés par le désir de quitter cette passerelle en suspension dans le vide – plus vraiment dans les airs, mais pas encore sur la terre ferme –, il faut faire un effort pour daigner décrypter ces affiches qui nous sourient avec fierté et esthétisme tous les trois mètres. Des portraits colorés nous accueillent.

Celles de gauche nous disent : ACCOMPLISHMENT.

Celles de droite nous disent : SECURITY.

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On débouche soudain dans un hall d’attente hors du temps. On déchiffre des pictogrammes, on suit la masse qui avance, il y a des écrans et du personnel, des cordons entre des poteaux. On repère les guichets, on s’engage dans une file d’attente, on souffle enfin.

Le voyage s’est évanoui. Se souvient-on seulement du film qu’on a visionné il y a deux heures ? Se souvient-on encore de la composition du plateau-repas qu’on a avalé ? Se souvient-on encore des magazines de world-culture remplis de couleurs-du-monde qu’on a feuilletés pour nous divertir de l’angoisse du vol ? Ce n’est pas sûr. En revanche, « Accomplishment and Security« , ça fait gamberger à mort.

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