Il faut bien comprendre ceci : nous vivons une période révolutionnaire très intense. Nous passons outre le sang des guillotines et des déportations qui forment l’ordinaire révolutionnaire, mais c’est bel et bien une Révolution à très haute densité qui nous secoue.

Le propre des époques révolutionnaires est d’opérer une mutation radicale dans la chair et dans l’âme d’un peuple ; pour ses partisans, c’est une véritable Transfiguration qui doit opérer. Le vieil homme doit se dévêtir, mourir, et finalement resusciter dans un corps neuf, voire immortel [cf la rhétorique soviétique ou national-socialiste] et une âme purifiée. Ce procesus est appelé Progrès. Il est progressiste de liquider le clergé, progressiste de liquider les souverainetés supérieures [Dieu, le roi, le modèle familial, l’estrade du professeur, etc.], progressiste de liquider l’Incarnation, progressiste de liquider la culture, progressiste de liquider les différentiations [féminin/masculin, beau/laid, vertueux/vicieux, public/privé, enseignant/apprenant,…], et cætera.

Globalement, on peut dire que le Progrès est un courant à la fois abolitionniste et millénariste. Il suffit de lire les paroles des chants communistes : « Du passé faisons table rase » , « Le monde va changer de base » , « Nos balles sont pour nos généraux » , « La terre n’appartient qu’aux hommes, l’oisif ira loger ailleurs » , « Si les corbeaux, les vautours disparaissent, le soleil brillera toujours » , « Allons droit devant vers la lumière […] nous réveillerons la terre entière et demain nos matins chanteront » , « Le monde sera ce que tu le feras, plein d’amour de justice et de joie ».

Au programme : éliminer mécaniquement les ennemis du genre humain supérieur [« oisifs, corbeaux, vautours »], envoyer la culture au bûcher, et instaurer un régime de paix universelle situé hors du temps terrestre. Il faut vraiment être de mauvaise foi pour ne pas voir que le programme du nazisme est rigoureusement le même [éradiquer mécaniquement les ennemis du genre humain supérieur, « quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver », Reich de mille ans], et que tout cela fut inauguré en grande pompe par notre 1789 national.

C’est pourquoi l’instrument de la révolution est nécessairement le populicide, puisqu’il n’y a pas de résurrection sans mise à mort, pas de triomphe du Progrès sans défaite totale de ses ennemis, pas de nouveau monde sans dissolution complète de l’ancien monde, pas d’humanité supérieure sans une saignée générale de l’ancienne humanité corrompue. Or, c’est très clair : un authentique populicide se déroule sous nos yeux, ici, maintenant.

Observons autour de nous.

Voilà trente ans qu’une furia abolitionniste s’abat sur nous. La pédagogie comme abolition de la transmission, la parentalité comme abolition de la filiation, la libération de la femme comme abolition de la fertilité, le gender et le mariage gay comme abolition de la sexuation, le divertissement comme abolition de la culture, le baccalauréat pour tous comme abolition de l’injustice, l’architecture moderne comme abolition de la pesanteur, l’art moderne comme abolition de l’Incarnation ; la liste est interminable et proprement sidérante. Trente ans d’intenses travaux de refondation civilisationnelle, que la Terreur elle-même n’avait pas osé rêver dans son délire où s’abimaient dans un fracas sanglant le vouvoiement, les dénominations « papa » et « maman », les titres de noblesse, les diplômes, les privilèges [on en rigole encore], les archives et les registres, les tombeaux des rois, les monastères entiers, le peuple vendéen, ou encore les cités rebelles à la marche du Progrès. « La ville de Lyon sera détruite. Tout ce qui fut habité par le riche sera démoli. Il ne restera que les maisons des pauvres, les habitations des patriotes égorgés, les édifices spécialement employés à l’industrie, les monuments consacrés à l’humanité et à l’instruction publique. Le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de la république et portera désormais le nom de « Ville affranchie ». […] Lyon fit la guerre à la liberté, Lyon n’est plus. »

Voilà où nous en sommes au moment où le Débat sur l’Identité Nationale bat son plein : on en arrive à se demander si un homme et une femme sont vraiment différents l’un de l’autre, et, si différence il y a, s’il n’y a pas là une injustice fondamentale à dynamiter.

N’y allons pas par quatre chemins : il n’y a pas de débat sur cette question de l‘identité nationale. Il n’y en a jamais eu, et il n’y en aura jamais. Depuis trente ans, les débats sont des impostures. Je me tue à le dire et à le redire sur ce blog : l’idéologie du débat est une pure escroquerie visant à travailler l’opinion publique dans le meilleur des cas, ou dans le pire des cas à apprendre au public que, pour son bien, son avis ne mérite pas d’être consulté. Les débats pour l’entrée de la Turquie en Europe ne servent qu’à faire admettre l’évidence de cette idée le jour où il faudra éventuellement voter. Les débats sur le mariage homosexuel, c’est idem. Le vrai débat, quand il a vraiment lieu, donne les résultats de la Suisse face aux minarets : une condamnation univoque du Camp du Progrès face à un peuple qui « n’a pas su ou pas voulu débattre ». Preuve éclatante que le sens du mot « débat » est complètement illusoire. Le masque tombe : la démocratie n’intéresse personne, et l’aristocratique mépris du peuple atteint des sommets inédits depuis l’abolition théorique de… l’aristocratie.

Au sein de cette nouvelle aristocratie emplie de la vertu moderne [= médias + politiques parlant d’une même voix], tout le monde tombe d’accord pour définir ainsi l’identité nationale : être attaché aux valeurs de la République et à la déclaration des droits de l’homme. La République ? Les droits de l’homme ? Ils ont tout juste deux siècles d’existence. La France qui a 1500 ans n’existe plus, et n’a jamais existé. On pourrait réécrire mot pour mot la déclaration de la Convention face à Lyon : « La France fit la guerre au Progrès, la France n’est plus« . La France des châteaux-forts et des cathédrales, c’est sûr que ça ne respire pas la laïcité et le respect de la diversité des cultes et des croyances. Alors place à la République et aux Droits de l’Homme. Vous n’aurez droit à Jeanne d’Arc, à Clovis et à Louis XIV que dans un vague préambule campant le portrait d’un substrat d’ordre archéologique. Et encore, si vous avez de la chance. Les racines chrétiennes de l’Europe, souvenez-vous qu’elles n’existent pas par décret.

Et comme je me tue encore à vous le répéter en boucle : si les Quechuas, les Yanomamis ou les Apaches ont le droit d’être reconnus comme peuples et défendus comme tels avec leurs traditions en péril, la France est effectivement morte en tant que peuple. Le peuple de France – ou plutôt les peuples de France – n’ont plus de chair propre ; ils sont réduit à n’être que des consciences désincarnées adhérant à  des valeurs. De simples possesseurs de papiers, contrairement aux autres qui sont sans-papiers. Constatez simplement l’obsession permantente et délirante du métissage. Si l’on veut nous métisser, c’est bien que nous formons une certaine homogénéité de fait. Moins homogène que celle des Quechuas et des Yanomamis, certes, mais homogène malgré tout. [Nota : Je ne fais pas du racisme, simplement je prends acte du discours officiel.]

Cette double pression aussi forte que révélatrice de sa contradiction [« le peuple de France n’existe pas et n’a jamais existé car la France est l’addition de toutes les immigrations du monde » + « le peuple de France est un peu trop blanc, un peu trop pâlichon, un peu trop gaulois, c’est pour ça qu’il faut le métisser »] est bien l’illustration qu’une force de Progrès et de Révolution est à l’œuvre, et cherche à faire disparaître corps et âme une authentique identité nationale. Les Suisses ont le malheur de ne pas partager cette foi, les voilà devenus les égaux des nazis quand leur revendication est rigoureusement celle des Quechuas et des Yanomamis applaudis par l’UNESCO : continuer à vivre et à transmettre leur mode de vie sur la terre de leurs ancêtres.

N’attendez rien du Débat sur l’Identité Nationale, sinon que la Révolution connaît une nouvelle poussée de fièvre, et que ce « débat » n’est qu’une injonction de plus à épouser le Monde d’Après, de gré ou de force. Vous refusez le Nouvel Homme et le Monde d’Après ? Alors vous êtes dans le camp des sous-hommes, des oisifs, des corbeaux, des vautours. Ou des Suisses.

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