Les gens ne se rendent pas compte à quel point le socialisme est horrible : vous rendez-vous seulement compte du crime que représente la socialisation de force que cette idéologie prône et met en œuvre continuellement ? Avec le socialisme, vous n’avez tout simplement plus le droit d’ignorer les autres, qu’ils soient vos voisins de palier ou une peuplade quelconque à six-mille kilomètres de chez vous.

Mais entendons-nous bien : « ignorer son voisin », ça ne consiste pas à considérer qu’il peut, comme disent les jeunes, « crever la gueule ouverte » ; ça consiste à considérer qu’autrui ne m’intéresse pas forcément beaucoup, que ses opinions peuvent m’indifférer ou m’agacer, et que je n’ai donc pas envie de le croiser tous les jours si c’est pour l’entendre me parler de trucs dont je me fous présidentiellement. En retour, puisque je ne suis  pas obligé de vivre avec des gens auxquels je n’ai pas envie de parler, je les considère libres de leurs modes de vie et j’établis une distance avec eux pour éviter une nuisible et durable mésentente. C’est un esprit d’apaisement et d’harmonie civile gouverné par la liberté.

Cette distance, c’est parfois une distance linguistique [on ne tutoie pas les inconnus, on dit bonjour-merci-au-revoir aux commerçants, même s’ils ont des sales têtes], une distance symbolique [je n’appelle jamais Tonton Paul parce qu’il me gonfle au bout d’une minute de conversation], c’est parfois une simple haie entre deux jardins [je n’ai pas envie de voir mon voisin en slip quand il fait son barbecue], c’est parfois un ou deux pâtés de maisons [je préfère le quartier animé plutôt que le quartier des  retraités pour avoir des voisins plus tolérants au bruit à la musique], c’est aussi parfois des distances géographiques et politiques qui s’appellent « frontières ». Bref, une certaine distance avec autrui, une sorte de « droit à l’indifférence », autorise que tout un chacun agisse à sa guise sans devoir impliquer de force l’entourage dans chacun de ses actes. Je me tue à vous le dire : les frontières ne servent pas à diviser les gens selon la fantaisie malveillante de maniaques sadiques, elles servent au contraire à rassembler du même pour mettre les gens d’accord d’un côté et de l’autre. Bref, cette distance porte le doux nom de civilisation, et c’est pourtant cette même civilisation que le socialisme abhorre.

Je prends un exemple : Tonton Paul est bien gentil avec sa collection de mousquets et de tromblons, mais il ne parle que de ça en permanence et ça gonfle tout le monde. Du coup, pour éviter d’avoir à le vexer et à se brouiller avec lui [tout ça pour une histoire de pistolets rouillés, ce serait ridicule], on préfère l’inviter pas trop souvent, uniquement pour les grandes fêtes de famille. Dans ces moments-là, chacun use de patience et de diplomatie à l’égard de Popaul, on s’efforce de ne pas trop solliciter ses conversations, et on soupire de soulagement à la fin de la journée de Noël « Ouf, c’est pas tous les jours ».

Soudain, le Socialisme surgit. Un petit chef débarque, convoque tout le monde et tance la famille : tout le monde est affreusement méchant avec l’Oncle Paul ; il faut s’attacher à le comprendre ; il a pourtant beaucoup de choses à raconter en vertu de sa personnalité singulière, de sa différence qui ne peut que nous enrichir ; il est victime d’une caste de dominants qui l’opprime ; bref, Tonton Paul est discriminé. Après quoi, le petit chef socialiste décrète qu’il est hors de question que Tonton Paul reste à l’écart du cercle familial, et qu’il faut l’inviter chez l’un ou chez l’autre un dimanche sur deux, de gré ou de force, car il faut vivre ensemble, malgré les divergences et les incompréhensions – qui ne sont que des aprioris et des stéréotypes liés à l’ignorance ou à la méchanceté gratuite, bien entendu.

Appliquez le programme socialiste et revenez trois semaines plus tard : vous pouvez être sûr que l’inimitié familiale ne concernera plus seulement l’Oncle Paul [laquelle prenait au moins la forme de la civilité et de la sauvegarde de la cohésion famille], mais divisera tous les membres de la famille en de furieuses jalousies. Du genre : « De quel droit Tonton Paul peut-il manger gratos un dimanche sur deux, alors qu’il ne nous invite jamais, et  qu’en plus il ne s’intéresse jamais à autre chose qu’à ses propres lubies ? » ou : « On devrait faire comme Micheline, qui a préféré déménager au Brésil plutôt que de souffrir la présence de Tonton Paul un dimanche sur deux ! On aurait la paix pour de bon ! »
Entretemps, le Parti Socialiste aura inventé le délit d’Onclepaulophobie et l’histoire finit entre un tribunal et une prison.

La socialisation de force, bien qu’elle produise à coup sûr un effondrement de la civilisation conjoint à une privation considérable de la liberté et de la justice, n’a pourtant jamais cessé de prendre plus de réalité à chaque nouveau jour que Dieu fait. Pour les élites au pouvoir, c’est en effet un idéal sincèrement désirable pour l’humanité. C’est ainsi que dernièrement, on nous a imposé la Fête des Voisins et le délire total du Vivre-Ensemble [aveu que nous n’avons donc absolument rien à nous dire, la Diversité et Nous], après un long parcours ponctué d’utopies invivables [des Salines d’Arc-et-Senans en passant par les Familistères, les Cités Radieuses ou BataVille] ; d’utopies sanguinaires [l’ensemble des régimes communistes passés et présents, sans aucune exception] ; ou d’utopies débilitantes [l’Éducation Nationale, le Ministère de la Culture, Plus belle la Vie, l’intégrale des œuvres de la République, etc.], bref d’utopies fondées sur la surveillance obligatoire de tous par tous.

Le dernier cri de cette course à la socialisation de force, je l’ai vécu malgré moi dans le TGV [oups, on dit « dans TGV »] aujourd’hui même.

Quand le train a démarré, une voix sympa a parlé aux voyageurs : « Bienvenue à bord d’ID-TGV. Les passagers situés dans les compartiments bas se trouvent en « ID-zen », espace dédié au silence et à la détente – vous êtes priés de mettre vos téléphones sur vibreur et d’adopter la zen-attitude ; les passagers situés dans les compartiments hauts se trouvent en « ID-zap », espace dédié à la convivialité – si vous ne l’avez pas encore fait, nous vous invitons à faire la connaissance de votre voisin. »

Non mais ça va pas la tête ? C’est un canular ? Où est la caméra cachée ? C’est une blague ? On tourne la suite de Bienvenue à Gattaca ? Non ! Ce n’est même pas une blague ! On est priés de parler à ses voisins ! On est invités à dire-bonjour-à-la-dame ! On est sommé d’être sympa ! On nous demande de parler à des inconnus, comme ça, pour le fun, parce qu’il faut communiquer, parce qu’il faut socialiser, parce qu’il faut vivre-ensemble ! Je veux juste aller de Paris à Lyon, rentrer chez moi, tranquillement, en lisant si je veux lire, en dormant si je veux dormir, en draguant ma voisine si je veux draguer ma voisine ; mais vous n’allez SÛREMENT PAS me demander de me plier à vos animations festivo-totalitaires de merde. C’est que les Bisounours ont les moyens de nous faire parler !

Deuxième couche : un type en uniforme de la SNCF est venu expliquer la même chose de vive voix, au milieu du wagon, avec sourire et attitude sympa réglée au millimètre par une boîte de com’ ou d’évènementiel onéreuse, les règles de vie de « l’espace ID-zen » où j’avais échoué malgré moi. « Des questions ? Je vous souhaite un bon voyage ! »
Pauvre gars, j’avais pitié pour lui. Depuis tout petit il rêvait d’aiguillages, il faisait rouler ses trains électriques dans son grenier, et le voilà chef d’une colonie de vacances jetable, infantilisée, et manipulée par le Ministère de l’Ouverture à l’Autre via son consentement au sympa.

Troisième couche, la voix sympa reprend du service et annonce : « Toute l’équipe d’ID-TGV se joint à moi pour souhaiter un bon anniversaire à Julie. Bon anniversaire Julie ! »
J’y crois pas, ils ont été fouiller dans les dates de naissance des passagers ? Les informations électroniques ne sont-elles pas censées être confidentielles ? N’ai-je donc plus droit au confort de l’anonymat du train ? Suis-je obligé de croire que « l’équipe-qui-se-joint-à-moi » est soudainement devenue une bande de potes depuis son haut-parleur planqué dans le plafond ? Suis-je obligé de trouver sympa que Julie [« Julie » ? Si ça se trouve c’est Julie du Plessis de la Tour, diplomate de premier rang auprès du gouvernement palestinien, ou PDG d’une filiale de L’Oréal. Bonjour la délicatesse. Nous ne sommes pas tous des étudiants Erasmus en sociologie, bordel.] suis-je obligé, disais-je, de trouver sympa que Julie reçoive ce compliment parfaitement désobligeant, en public, et de la part d’inconnus hilares et embusqués derrière un micro ? Et quoi ? TGV-Man la Mascotte Velue va venir offrir un pin’s parlant à Julie en lui déversant des confettis conviviaux sur la figure ?

Rendez-moi le vrai an 2000, celui des voitures volantes et des combinaisons moulantes en aluminium ! Celui de Brazil et de Bienvenue à Gattaca à la sauce Club Med ne me convient pas du tout.

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