Comme promis, je vous livre ce petit texte de Salvador Dalí. Le jour s’y prête à merveille.

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« Ultimes conclusions de mon livre intitulé « Dimensions et couleur de Dieu ».

Au bout de ces cinq dernières années pendant lesquelles j’ai lu tant de livres de sciences, que non seulement je ne comprends pas, mais que je comprends presque toujours, pour ne pas dire toujours, de travers, je reviens aux tout premiers desseins de ma plus tendre enfance.

Quoi ? Un Dieu anthropomorphique, un gigantesque Gulliver dans l’inconsubtilité duquel nous ne serions que des hyper-lilliputiens. Non, non et non, c’est tout le contraire chaque jour où l’on découvre de nouvelles particules et antiparticules élémentaires ou une nouvelle branche de la mouche du vin ou une nouvelle structure topologique, etc., etc., etc., tout cela me semble contredire la deuxième loi le Clausius (l’entropie) et augmenter vertigineusement la nég-entropie et comme c’est dans les petits pots que se trouve la meilleure confiture, de la confiture je passe à la colle cosmique d’Issemberg comme un appoint à son célèbre principe d’incertitude.

Donc, si Dieu existe, ce qui est le plus probable, il doit être des trillons et des trillons de fois plus petit ; de nombreux exemples ont été imaginés pour concrétiser ce fait devant un auditoire, mais il n’en est pas qui ait causé une aussi grande impression que celui utilisé par Lord Kelvin : supposez que l’on puisse marquer d’un signe distinctif les molécules contenues dans un verre d’eau, que l’on jette ensuite le contenu de ce verre dans l’océan, et qu’on agite le verre de façon à répartir uniformément les particules dans les sept mers ; en remplissant à nouveau le verre à n’importe quel endroit de l’océan, on trouvera environ une centaine de molécules  contenues dans le verre avant qu’il ne soit vidé. Qu’un neutrino des trillons et des trillons de fois plus rapide que leur « spin » à la dimension « N » puisse être dans tous les lieux au même instant remplissant tout l’univers, s’il y en a un, ce qui est aussi assez probable.

Et pour parler maintenant de la couleur de Dieu, sur laquelle j’ai déjà écrit cinq chapitres, je dirai pour terminer qu’en essayant de la connaître par intuition, en fermant les yeux je la vois « jaune hollandais », c’est à dire la couleur la plus divine que nous puissions voir, les hommes et les femmes, en fermant à demi les yeux, et comme chacun ne sait pas ce que jaune s’obtient avec du sel solide et de l’acide renindisalilsoefonique, on pourrait dire un jaune un peu noisette comme la couleur d’un mouton qui s’enfuit qui dans la mythologie fut le moment exact où Jason donna un mouvement quantique à la Toison.

Et si tout cela n’était pas ainsi, ce qui est le plus probable, il s’en faudrait de peu. »

Traduit du catalan par Edmond Raillard.

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Madone corpusculaire, 1952.

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