Sweeney Todd, de Tim Burton.
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« Comédie musicale » aussi peu versée dans la comédie qu’elle n’est musicale. C’est du Burton alors c’est gothique et tourbillonnant, mais c’est tarte à en mourir [hahaha, les gens qui ont vu le film vont trouver très drôle ce trait d’esprit], c’est lourdingue, ça dégouline d’hémoglobine et d’orchestrations musicales pachydermiques. On a connu un Burton en meilleure forme, mais voilà ouverte l’Année du Mal. Au programme : la mécanique au service de la vengeance. Fauteuil à rouages piégés, couteaux articulés, fortune économique du cannibalisme, et chauffage central de marque Petiot. De la monstruosité, en somme.

No country for old men, des frères Coen.
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Ce film est une gigantesque question posée au monde moderne. Un immense miroir en trois dimensions devant sa double-face hideuse. C’est implacable. Une haletante traque du Mal, faite de chair et de sang, mais faite également d’un distant et minutieux portrait-robot. Ici, le Mal est la perte du Sens, l’effacement du Verbe face à la vanité abyssalement angoissante de l’Utilité. La peur, autant que l’espérance vénale d’une rétribution gratuite, nous fait adhérer au jeu de l’Absurde. Tous les participants en paieront le prix fort, mais une seule le fera en mourrant pour l’Innocence et la Vertu contre les monstres engendrés par les rêves de la raison [Goya], en refusant de collaborer au double-jeu du Diable. Il FAUT voir ce film.

Wall-E, d’Andrew Stanton. [Pixar]
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Une véritable merveille ! Certains l’ont trouvé « gentillet », mais ce film est métaphysique ! C’est du très grand art, et pas seulement au niveau de la réalisation des images numériques.
Au XXIIème siècle, les robots ont fini par tenir l’humanité en esclavage, avec leur consentement le plus empressé. Tu consommes, tu communiques, tu te divertis, et je m’occupe du reste : disposer de la liberté que tu m’as vendue contre ton confort. De très profondes leçons de morale sont dispensées dans ce film : l’humanité est une conquête, et quiconque renonce à devenir humain devient la proie de lui-même, devient la proie des idoles, devient la proie de la Technique. On y apprend encore qu’il n’est point de vertu sans Liberté, et que cette Liberté est le plus souverain des biens qui puisse grandir la volonté d’humanité. On y apprend que le Progrès n’est qu’une illusion puisqu’il ne promet que l’esclavage aux masses. On y apprend que l’homme est infiniment plus digne debout au milieu des ruines qu’allongé sous les entraves du jouir.
Un film rempli de clins d’œil métaphysiques toutes les deux minutes. Comment classifier un objet qui ressemble à la fois à une fourchette et à une cuillère ? Comment réagit un robot nettoyeur lorsqu’il doit à la fois accomplir sa tâche selon le strict règlement et à la fois se poser en infraction au règlement pour accomplir sa tâche correctement ? Que se passe-t-il lorsqu’une poignée de déviants échappe à la reprogrammation ? Que fait advenir la faille du libre-arbitre entre la Nature et le Programme ? Comment la poésie éclot-elle au cœur de la machine ? Pourquoi le Destin est-il plus enviable que le Système ?
Des milliers de questions intelligentes constellent ce film, qui traque le Mal sous les traits de l’aliénation et de la jalousie. En sus, c’est à mourir de rire à de nombreuses reprises.

The Dark Knight, de Christopher Nolan.
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Un film intense, profond, fouillé, tourmenté, complexe, centré sur le soleil noir du Joker, et l’ombre qu’il projette sur le Batman. Une œuvre qui décortique les imbrications secrètes du Bien et du Mal, de leurs existences charnellement liées, qui offre un éclairage neuf sur la légitimité de la violence, sur la versatilité des foules, sur le mensonge des promesses démocratiques, sur l’échec des plans face à la grâce, sur le baptême qu’on choisit de recevoir non pas pour se laver du péché mais pour porter celui de tous les autres, sur la mission sacrée de l’Amérique devant la face du monde, sur l’invraisemblable capacité du Mal à haïr la Création, sur le dégoût du totalitarisme.
Parce que le Mal n’est pas qu’une simple puissance surnaturelle mais une incarnation, il est véritablement anti-christique, il est véritablement à l’œuvre dans la chair du monde, il est la véritable jouissance de l’acte destructeur au cœur même de l’humanité. Le Joker se fiche de l’argent, de la célébrité, du confort, du jeu. Il est un trou béant suspendu sur le sens de la vie. « Some people just wanna watch the world burn », voilà la pure description du réel, telle que les Modernes ne peuvent et ne veulent l’entendre. Rien que pour cette sentence, ce film est nécessaire.

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L’Année du Mal confirme en moi-même ce que je savais déjà depuis longtemps, mais sans que je puisse jusqu’alors formuler par des mots. L’Année du Mal fortifie en moi ma foi en l’Amérique, malgré tout.

Malgré son ultralibéralisme, malgré ses millions d’hérétiques en liberté, malgré sa folie de la consommation, malgré son ignorance crasse, malgré son inculture patente, malgré sa laideur, malgré sa névrose, malgré ses milliards de défauts l’Amérique possède des qualités et des volontés qu’elle est bien décidée à ne pas laisser mourir. L’Amérique a décidé de vouloir, coûte que coûte, grandir son héritage. Quels sont les fondements de l’Occident, quels sont les personnages de notre imaginaire, quelles sont les sources de nos ambitions ?

J’ai confiance en l’Amérique parce qu’ils chantent, plus que jamais !, ces choses que le Progrès a sciemment éradiqué en Europe : l’art du conte et de la fable, l’actualité vivace des mythologies antiques, la célébration des vertus chevaleresques, la supériorité implacable du Bien sur le Mal malgré la confusion moderne, la référence permanente aux Évangiles. Nous autres, pauvres européens, devons souffrir Plus belle la vie ou La construction de l’espace Européen pour tout conte ; les heures-les-plus-sombreuh-de-notreuh-histoireuh pour toute mythologie ; les factions citoyennes-solidaires-humanitaires-durables-antiracistes-relativistes-anti-discriminations pour toute chevalerie ; la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme pour tout viatique eschatologique ; et le programme du Parti Socialiste pour toute Bonne Nouvelle.

Les films de l’Année du Mal empruntent au conte, à la fable, à la mythologie, à la chevalerie, bref, à l’héroïsme, au devoir, à la morale, au don de soi pour autrui, à la libre initiative, à l’accomplissement de la justice, à l’imitation du bon exemple, au COURAGE.

Autant de gros mots jetés à la face du Vieux Monde, lequel ne jure plus que par la niaiserie collectiviste, la solidarité obligatoire, l’injonction à la tolérance, l’indifférenciation de tout jugement de valeur, la commande publique, le quota de Noirs et d’Arabes dans la Représentativité, et la réclusion manu militari de toutes les intelligences au plus profond de la sphère privée, c’est à dire au fond du trou de balle.

Je vous souhaite une bonne année 2009.

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