clio-thalie-erato-euterpe-polhymnie-calliope-terpsichore-uranie-melpomene

Jetons un œil derrière nous – vous lisez un blog réac –, vers l’époque encore récente où la culture populaire n’était pas encore victime des assauts du beauf et du ringard pour se transformer finalement en sous-culture. Avant que le populaire ne devienne moisi et que le pop ne devienne cool. La culture populaire française, bien que très largement entamée par le néant, continue toutefois de marquer profondément l’identité de notre pays, et reste l’image attachante que les autres nations gardent de nous et aiment à retrouver. Vous savez, cette France d’avant, « ratatinée, aigrie, recroquevillée sur des peurs moyenâgeuses » – je cite Jack Lang >>> –, où les femmes étaient enfermées chez elles, où les curés brûlaient les sorcières par dizaines tous les dimanches, où les hommes gouvernaient sans partage la marche du pays, où les manifestations culturelles étrangères étaient méprisées superbement, etc., cette France d’avant qui ressemble à s’y méprendre à un régime de talibans, à en croire les idéologues du Progrès qui détiennent la vérité historique en otage.

Bon, comme j’en ai ras la casquette d’entendre ces conneries à longueur de journée – il faut écouter Dominique Sopo, il faut écouter les Chiennes de Garde, il faut écouter les mecs du DAL, il faut écouter les Francs-Macs, il faut écouter le MRAP et la Halde, il faut écouter France Inter, etc. –, je tenais juste à faire une petite mise au point. La culture populaire française, ce sont des milliers de chansons, de comptines, de ritournelles. La culture populaire française, ce sont des milliers de recettes de cuisine, de tartes, de sauces, de charcuteries. La culture populaire française, c’est encore l’art d’une certaine élégance vestimentaire, d’un certain sens du savoir-vivre fait de simplicité et de courtoisie.

Alors s’il est facile d’imaginer le cliché du chef dans sa cuisine, du chanteur à accordéon, ou encore du couturier précieux dans son atelier, c’est oublier que l’immensité de ce patrimoine fut en réalité conçu, élaboré, perfectionné et transmis en quasi exclusivité par les femmes. C’est à dire que l’image de gens extraordinaires et masculins [le Chef étoilé, le grand interprète de la chanson française, l’artisan d’élite] éclipse trop souvent le substrat culturel fécondé par un savoir-faire de l’ordinaire et du quotidien mené depuis des siècles par les femmes, et qui autorise l’émergence du génie par d’autres voies. Nous devons nos refrains, nos tables conviviales et nos belles chemises – toutes enviées par les amateurs du chic français à travers le monde entier – à cette société millénaire que l’on continue à nous dépeindre comme oppressive et répressive envers le beau sexe – terme méprisant s’il en est, n’est-ce pas ? 

On voudrait nous faire croire que la civilisation occidentale serait ce monstre misogyne et rempli de phobies – il faut parler aux Modernes – envers ce qui lui serait Autre.

Que je sache, la France – l’Occident en général – a toujours fait venir ses fruits et légumes des confins de l’Asie ou du Nouveau Monde [tomates, pommes de terres, café, poivre,…], a toujours fait venir les artistes étrangers dans ses cours [musiciens anglais, comedia dell’arte, folklores orientaux, reconnaissance et célébration de l’art africain depuis le siècle dernier], a toujours fini par faire siens les artisans étrangers de talent qui venaient y synthétiser leur génie [de Léonard de Vinci à Karl Lagerfeld en passant par Lully], a toujours compté avec les apports lointains pour renouveler sa créativité propre [route de la soie,…].

N’en déplaise aux tribunaux hystériques qui accusent la civilisation chrétienne de toutes les discriminations, de toutes les haines, de tous les racismes, de tous les sexismes, on n’a jamais vu de civilisation considérer avec autant d’intérêt désintéressé la richesse du monde. La christianisation ne s’est jamais accompagnée d’une substitution massive de population, contrairement aux expansions islamiques par exemple. Charles de Foucauld a passé des années dans le désert des Touaregs, il en a tiré des dictionnaires et des études linguistiques inédites. Les missions d’explorations du monde qui eurent lieu au XVIIIème siècle ont rendu compte d’une insatiable soif de découverte et de vérité scientifique à travers l’intarissable diversité de la vie. Les jardins d’acclimatation se sont multipliés en Europe. Les curiosités botaniques, gastronomiques, entomologiques, linguistiques, musicales et autres ont suscité un bien grand enthousiasme pour cette civilisation si centrée sur elle-même, vous ne trouvez pas ? La transmission radiophonique par-delà les océans, l’ouverture des lignes aérospostales transcontinentales au prix de l’héroïsme en témoignent encore… Certains peuples ont vécu des milliers d’années au pied de l’Everest sans jamais avoir eu l’idée de voir se qui se trouvait à son sommet, et au-delà. D’autres n’ont jamais imaginé nécessaire d’aller au fond des mers. D’autres encore, prisonniers de leurs croyances, n’ont pas pu envisager une seule seconde que les mécanismes de la nature ne sont pas l’œuvre de créateurs facétieux et imprévisibles mais d’une création en mouvement selon des lois intelligibles.

Mais d’autres ont ressenti l’impérieuse nécessité qu’il y avait à déchirer le voile de ce qui était caché pour révéler au monde la splendeur de la vérité, en allant au-delà d’eux-mêmes. Au-delà des banquises, au-delà du vol des oiseaux, au-delà des marécages, au-delà des tourmentes effrayantes. Peu de sociétés peuvent se targuer d’y avoir mis tant d’ardeur, de génie et de gratuité.

+++

Le désastre contemporain est une convergence de petites catastrophes. J’en vois une dans la rupture du lien féminin qui infusait dans la société entière ce qu’était le Goût. Nous sommes devenus une société d’obèses, de chanteurs de karaoké, de sales gosses capricieux, de pantalons en nylon bleu, de chaussures en plastique fluo, de recommandations alimentaires réalisées en laboratoire et diligentées par un État devenu une Super-Maman mutante, gluante, possessive et culpabilisatrice depuis que les femmes ont démissionné de leur devoir de beauté.

dali-lerevedechristohecolomb

Publicités