Parce que nous serons les derniers chrétiens, nous serons aussi les premiers. Nous serons plus exactement comme les premiers, relégués non pas dans l’escroquerie d’une vague et suspicieuse « sphère privée », mais au fond des catacombes. L’ « islam des caves » fait circuler des AK47 et des fatwas, la chrétienté des catacombes dispensera la clandestinité scandaleuse du baptême, de l’eucharistie et du Sermon sur la Montagne. Et ceux-là seront raillés, conspués et poursuivis.

Le manteau d’églises est mité depuis bien longtemps ; dans nos villes il doit bien avoir une chapelle ou une église tous les deux-cents mètres, planquée derrière une porte taggée ou une enseigne de centre interculturel subventionné, mais avec quoi les remplir quand la déculturation religieuse a gagné jusqu’aux élites ? Il importe bien davantage à l’homme moderne qu’on puisse trouver tous les deux-cents mètres une station Vélib ou une borne wifi, et qu’en fait de manteau il se trouve une couverture de tout son réseau communicant pour combler les insupportables interstices de silence.

Tout est à refaire. Je côtoie des sans-diplôme, des diplômés et des sur-diplômés, tous ignorent gravement la nature et la profondeur de leur propre culture. Discussion récente avec des collègues : « Ah oui les évangiles c’est le truc avec les Tables de la Loi ? » « Non, ça c’est Moïse en haut du Sinaï. » S’ensuivent de profonds malentendus pétris de Da Vinci Code et de référénces incomprises. Bref, l’ignorance noire et profonde. « Bon sang, c’est VOTRE propre culture ! Ici à Lyon il y a des statues de la Vierge à tous les coins de rue, ça devrait vous dire quelque chose ; quand vous voyez écrit « Pentecôte » ou « Toussaint » dans votre agenda, vous devriez savoir ce que c’est ! »

Ben non, ça ne sait pas. Et ça s’en fout complètement. C’est du passé tout ça, c’est de l’archéologie. Nous vivons l’âge glorieux du Respect, de la Tolérance, et des Droits de l’Homme, à quoi bon s’intéresser au destin nébuleux d’une « secte qui a réussi » en brûlant vifs des hérétiques par millions.

Je crois pourtant que le terreau n’a pas été rendu stérile pour de bon, et que quiconque possède encore un minimum d’amour pour la vie comprendra que la terre est bonne là où elle contient encore le sel. Qu’un arbre qui donne de bons fruits ne mérite pas d’être jeté au feu. Et qu’au contraire, déçu par l’insignifiance d’une modernité utilitaire et vile, blessé par l’indignité des promoteurs de la mort drapés du mot « dignitas », scandalisé par la misère des mères seules, conscient de la profonde injustice de la polygamie et convaincu de la vertu du couple chrétien, revenu amer de l’inanité de l’idolâtrie halal/haram, fatigué des vieilles connasses multiculturelles et des vieux connards multifestifs, des sagesses orientales en kit et de l’intolérable duplicité des dispensateurs de bienpensance, on reviendra chercher auprès des chrétiens le véritable sens des choses.

Les premiers chrétiens seront des femmes tristes et abandonnées en quête de Joie et de fidélité conjugale, des amoureux du Beau déçus par la grisaille, des hommes traqués par leurs propres frères pour avoir apostasié le Coran, des Sam Lowry décidant enfin d’accepter de voir ce que leurs yeux voyaient sans voir au cœur de la Machine Citoyenne, des enfants oubliés par des parents éparpillés, des écrivains calomniés par le Siècle, des infibulées et des excisées comprenant leur malheur, des générations voulues spontanées en quête des racines de leurs grands-parents, des ribambelles de malheureux aux frigos pleins mais à l’âme en guenilles, des peuples entiers interdits d’Amour en quête de Feu.

Il nous faudra du courage, parce qu’il nous faudra donner l’exemple.

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