J’en ai déjà parlé sur ce blog, j’adopte souvent la stratégie du poisson-clown. Le poisson-clown a ceci de remarquable qu’il est le seul poisson à pouvoir résister au mortel poison des anémones, à condition d’entretenir régulièrement son immunité au contact d’icelles.

Parmi mes anémones préférées, il y a les radios gauchistes, qu’elles soient dites « nationales » [France Info, France Inter, France Culture,…] ou « libres » [du type Radio Campus, financées par divers ministères ou administrations locales]. À leur contact, la douce caresse des tentacules me provoque d’abord un bien-être certain, par le doux chatouillis de sa viscosité fluorescente et socialiste. Dérisoire humour de la vacuité. Ensuite, j’éprouve la satisfaction toujours croissante que, non vraiment, je ne suis pas de gauche ; et que, oui réellement, je fais bien de me souvenir tous les jours de la nocivité du Progrès pour mieux résister à son venin funeste.

Tenez, depuis peu j’écoute Daniel Mermet, le grand timonier de l’émission « Là-bas si j’y suis » dont je parlais l’autre jour. Et hier, une fois de plus, si j’ai d’abord bien rigolé, je me suis finalement effondré sous la déflagration de consternation que provoquent ce type, son discours, ses invités, son répondeur, son fan-club citoyen et vigilant, sa pacotille idéologique, et son art pervers et systématique de l’insinuation.

Je n’ai pas réécouté l’émission depuis hier [on doit pouvoir encore l’écouter sur le site web de France Inter], mais je vais me fier à mes petites notes et à ma petite mémoire. Il y avait deux ou trois points particulièrement intéressants à relever dans le baratin que son invité et lui-même déblatéraient avec l’assurance inébranlable qu’ils détenaient le Chemin, la Vérité et la Vie.

Ça causait Amérique Latine.

Daniel et son acolyte célébraient avec des vibratos dans la voix la beauté des peuples millénaires d’Amérique Latine, entre autres les Quechuas. Ah, les Quechuas, si pittoresques, si folkloriques, un vrai bonheur pour le trekker durable. Ça c’est de l’authentique, coco. Oui, il faut défendre les Quechuas, ils faut qu’ils restent Quechuas, il faut les garder d’une mondialisation uniformisatrice, les préserver du capitalisme apatride qui détruit les identités des Quechuas, les protéger des incursions de l’Homme Blanc sur leur territoire. En fait, le gros avantage des Quechuas, c’est qu’ils habitent très loin de Paris, et très loin de la Maison de la Radio. Parce que s’ils habitaient en banlieue, Daniel n’aurait pas du tout le même discours. Les « peuples millénaires » sont formidables quand ils habitent au fond des forêts, au bord d’un marécage perdu dans la savane, ou derrière une Cordillière inaccessible. Quand ils habitent en France, ou en Europe en général, d’un seul coup les « peuples millénaires » n’existent plus. Allez, au mieux ils sont centenaires, ou « issus de l’immigration » depuis deux ou trois générations ; en tout cas ils ne sont aucunement admirables, et sont priés de se fondre fissa dans le Grand Métissage Festif et dans le grand flux d’immigration transcontinentale obligatoire. « Peuple millénaire », ha ha ha, et pourquoi pas Aryens pendant qu’on y est ?! Ou Gaulois !! Ha ha ha ha soyons sérieux. Laissons les « peuples millénaires » très loin de nous ; restons touristes les uns des autres.

Ensuite, ils ont parlé d’Evo Morales. Un homme formidable, cet Evo Morales ! Et vous savez pourquoi Daniel et son pote le trouvent formidable ? Parce que pour la première fois, les Boliviens ont un président qui leur ressemble ! Oui, vous avez bien entendu, les Boliviens ont l’admirable vertu d’avoir un chef qui leur est racialement semblable ! C’est un Indien ! Ce n’est pas un Blanc ou un Métis, non, et Daniel a bien insisté sur ce point, ce n’est pas un simili-bolivien, ni un demi-Indien, c’est un vrai de vrai de Bolivien de nom de Dieu du vrai terroir de boudiou de crévinguiou ! Avec des vrais gènes de « peuple millénaire » dedans ! Pour faire la nique au colonialisme du Capital apatride piloté par la finance New-yorkaise ! Encore une fois, il est heureux que ces braves gens habitent très loin de la Maison de la Radio ; il y a belle lurette qu’il aurait été traité de raciste ou de nazi à trop vouloir défendre la belle homogénéité raciale des « peuples millénaires ». Chez nous, c’est franchement l’inverse : moins vous ressemblez au « peuple millénaire », plus on vous admire, et plus on vous trouve représentatif. Si vous avez la chance d’être métis, on voudra même vous voir à la tête du monde occidental avec impatience. En tout cas, évitez de clamer votre appartenance à un « peuple millénaire », ça fait mauvais genre de ce côté-ci de l’Atlantique.

Vous voyez, on rigole bien avec Daniel ! Attendez, ce n’est pas fini, Daniel et son invité, impayables, ont rappelé la douloureuse épopée du Potosi, exploitation minière qui vit des milliers d’Indiens trimer et périr dans les exploitations d’argent. L’occasion de rappeler que la colonisation Blanche était d’une grande hypocrisie, « voulant soi-disant faire le bien, mais faisant le mal par inadvertance » [je cite Daniel, ironique en diable]. Je rappelle à Daniel que Rome a demandé pardon pour le sort des Indiens [non sans avoir aboli au passage des pratiques superstitieuses particulièrement gratinées], et que les socialistes [par exemple Daniel et son invité du jour] ne voyaient toujours pas en quoi leur idéologie de merde avait fait quelques centaines de millions de morts « par inadvertance », au nom d’un Bien infiniment supérieur à Dieu et à toutes les Églises du monde. Les pays ex-soviétiques apprécieront de savoir que la main-mise de Moscou sur leurs « identités millénaires » n’avaient rien à voir avec une colonisation. Dans un enfer pavé de bonnes intentions, Daniel Mermet est le terrassier en chef, avec une belle médaille Stakhanov sur le revers du veston. Daniel Mermet, l’homme qui nous fait comprendre que le nazisme est bel et bien un socialisme avant toute autre chose, et que le camp du Progrès est maladivement obsédé par la race, l’ethnie, le métissage, les quotas, la représentativité de la couleur de peau et toutes ces conneries pleines de formulaires de recensement.

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