Allez, je vous ressers les cinq trucs peu connues à mon sujet. C’est histoire d’alimenter un peu le blog en attendant des articles plus consistants. La dernière fois, je vous avais causé musique ; changeons de registre.

1. On m’a ôté vingt centimètres d’intestins et charcuté le nombril en me recousant. À l’hôpital, mon voisin de lit m’expliquait qu’il connaissait très bien mon cas : « Ah ben mes vaches aussi ça leur fait des adhérences quand elles mettent bas ». Après m’avoir sauvé la vie, mon chirurgien a pris sa retraite ; j’étais la dernière opération de toute sa carrière. Je suis rentré à la maison le soir de Noël.

2. Il me semble que je n’ai jamais passé un jour de ma vie sans être amoureux de quelqu’un. D’abord pour mon plus grand malheur, puis pour mon plus grand bonheur.

3. J’ai failli devenir un bobo. J’ai acheté l’album de Manu Chao dès sa sortie, je suis allé voir Mano Solo en concert, puis Marcel et son Orchestre. J’ai chanté dans la rue avec des théâtreuses, j’avais une affiche des Têtes Raides dans ma chambre, j’écoutais parfois les Ogres de Barback, j’avais même le disque des Elles. L’altermondialisme festif et engagé avait l’air cool. Une amie prévoyait d’habiter une sorte de squat avec une bande de jongleurs et de musiciens et je trouvais ça terriblement excitant. Finalement je me suis rendu compte à quel point tout cela était stérile. J’ai donné mon disque de Manu Chao à un pote qui en voulait bien et je me suis posé des vraies questions sur la vie.

4. J’ai rédigé et divulgué un fanzine grâce à mon tout premier ordinateur, et grâce au logiciel Word que je découvrais à peine. C’était une liasse de feuilles A5, photocopiées aux frais d’une boîte quelconque où travaillait un membre de ma famille. Tous les articles étaient signés de pseudonymes foireux, du genre Ginette & Raymond du Calvados, ou François-Bertrand de Pacquarde-Baisle. Entre autres, je démolissais Buren ; je rendais un hommage à C.Jérôme qui venait de mourir ; j’en rendais un autre à Sid Vicious ; je m’insurgeais contre la repentance post-coloniale ; je parlais de l’Afrique et de la culture Noire en tant que révolution esthétique décisive de toutes les civilisations modernes [blues, jazz, cubisme, musique cubaine,…].
Ça s’appelait « Où sont les punks ? (journal contraditoire & baratin) », et il n’y eut jamais de n°2.

5. Certaines personnes ont marqué ma vie à tout jamais, parce qu’elles ont contribué à me rendre plus libre et plus éclairé. Ce sont des personnes que j’ai côtoyé le temps de quelques années, de quelques semaines, ou de quelques pages.
Par exemple, j’ai eu un professeur de mathématiques atypique, à la réputation sulfureuse, mais passionnant, qui passait trois quarts d’heure de son cours à nous raconter sa vie, à nous commenter l’actualité, à nous raconter l’Histoire de France, à nous parler de politique et de géographie ; et qui condensait le contenu de son cours pendant les dix dernières minutes qui lui restaient. Seuls les très bons arrivaient à suivre. J’étais une quiche absolue en mathématiques [je doublais ma moyenne quand j’avais 2/20] mais il m’aimait bien car j’étais le seul à répondre à ses questions, du genre « Quels étaient les cinq comptoirs français de l’Inde ? » ou « Quel est le nom de l’aviateur qui franchit pour la première fois la Cordillière des Andes ? »
J’ai également eu la chance d’habiter en colocation chez un jeune artiste peintre catalan, dont le savoir était encyclopédique, dont le discours était profondément libre, et dont l’humilité était exemplaire. Dans son appartement, ça sentait bon l’huile de lin et la Culture. J’avais le privilège d’accrocher dans ma chambre le tableau que je préférais parmi tout ceux qui encombraient les lieux. Son discours critique contre l’Utilité, la Bourgeoisie, ou le recours systématique à l’État m’a beaucoup influencé à l’époque.
Je dois à Maurice G. Dantec de m’avoir révélé qu’on pouvait être catholique sans être neuneu. Et même que le catholicisme était porteur d’un formidable souffle de liberté, tel que le monde moderne ne saura jamais en produire. Il fait partie des gens qui m’ont également révélé qu’on pouvait légitimement penser du mal du Bien.

Ces cinq choses ont toutes à voir avec la France, la Belgique et l’Espagne.

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