Ai pris le train pour Nantes. Ai vu le joyeux carnage d’un marchand de mètres carrés au cœur d’un antique château. Le sombre con voulait parfaire son œuvre résidentiel d’un élégant pourtour d’asphalte. On pouvait donc faire pire.

Ai pris le train pour Vannes. Ai poliment dit « bonjour monsieur » à un monsieur qui entrait dans une église. Comment pouvais-je deviner qu’avec ses vêtements de fonctionnaires et sa guitare sur le dos il allait célébrer la messe, et qu’il fallait dire « bonjour mon père » ? Messe navrante, mais on m’oblige.

Ai pris le train pour Paris. Ai découvert la devanture d’une échoppe de fripes dans la capitale de la mode : le voile islamique est à l’honneur. Les p’tites femmes de Paris, tout ça.

Ai pris l’avion à Beauvais. L’aéroport est bourré de post-adolescents en ponchos alter-trucs qui « font l’Italie » ou qui « font Stockholm ». M’envole pour Porto entouré de sollicitations consuméristes toutes plus délirantes les unes que les autres. On fait rimer « fly » avec « buy », on est prié de trouver cela sympa.

Tout de même, la Casa da Musica est remarquable, ne boudons pas notre plaisir. Bâtiment livré avec deux ans de retard, paraît-il ; ce qui prouve qu’on fait vite ou qu’on fait bien, mais qu’on ne peut décemment pas faire les deux à la fois. Incontestablement, tout va trop vite.

Ai pris le métro. Ai pris le bus. Ai pris la voiture. On repeint l’arrière-pays aux frais du fonds régional européen pour le développement des régions. L’occasion de vous enjoindre à oublier vos moribonds états-nations, et à bien retenir la notion de régions ; c’est la seule entité géopolitique qui compte désormais.

Le Portugal possède une salutaire et relative pauvreté, voilà qui le sauve d’une défiguration normative prématurée.

Ai pris la voiture pour la délicieuse Salamanca. La médiévale cité prouve par l’exemple le plus flamboyant qu’un centre-ville peut parfaitement se passer de ces sacro-saints espaces verts modernes. La qualité de vie et la charte environnementale à coup de chlorophylle, c’est du flan. Salamanca n’offre que des rues minérales et des places sans le moindre géranium, c’est un ravissement absolu.

À la frontière, la hauteur de la taxe française fait converger les automobilistes vers les pompes à essence espagnoles avant de franchir les douanes. L’occasion de constater la nature du chassé-croisé des vacances : fatmas en babouches dans des camionnettes surchargées, néofrançais patibulaires en survêtements. Ça baragouine le sabir blédaro-neuftroisien entre les immatriculations banlieusardes garées n’importe comment. Bienvenue en France.

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