En 32 secondes l’excellent Fabrice Luchini explique pourquoi il adorerait être de gauche. Évidemment c’est savoureux, c’est à écouter avec malice, et c’est à  voir ici >>>

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EVERSTYL

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Cette courte déclaration de Luchini condense ce que disait déjà ChicType (incontestablement le meilleur blog de cette époque) en 2004 dans un article intitulé « Je n’aime pas le journal Libération », et que je vous copie-colle ci-dessous parce qu’il n’a pas pris une ride et qu’il est toujours aussi nécessaire.

« Le journal Libération est un bon outil de validation d’opinions. Il m’arrive de vérifier que je ne me trompe pas. Je lis « Libé », et si le journal défend la position inverse qui est la mienne, alors je sais que je ne me trompe pas. Parfois nos opinions convergent, alors je réétudie la question, et à ma grande surprise, il m’arrive parfois d’être d’accord avec Libération. Mais c’est sacrément rare et tellement cocasse que lorsque cela se produit, j’éprouve une sorte d’euphorie. J’ai l’impression un court instant d’être socialiste, et c’est agréable de se sentir socialiste.

J’aimerais bien être socialiste. Ça me permettrait de me sentir intégré à la grande famille médiatique et artistique. Ça me permettrait d’être en phase avec la politique de ma ville. Ça me permettrait de ne pas me sentir insulté par les gens qui s’expriment à la télévision. Dix fois par jour, en lisant les journaux, en allumant le poste ou en regardant les affiches citoyennes de mon merveilleux quartier pluriel de Belleville, j’aurais l’impression d’être en phase avec mon époque, d’appartenir pleinement à cette société et de ce fait j’aurais le sentiment profond d’être chez moi, parmi les miens. Si j’étais socialiste, Bénabar, Mickey 3D et Sergent Garcia exprimeraient des choses qui sont au fond de moi et je prendrais plaisir à les écouter. Je serais fier d’ appartenir au pays qui dans 50 ans sera à majorité musulmane mais avant tout laïc. Je serais content aussi de voir ce bout d’occident devenir une sorte de Brésil sans palmiers.

Oui mais non. En général, quand je lis Libération, je comprend que j’appartiens à ce qui doit se nommer le camp ennemi, la bête immonde m’ayant sans doute contaminé par morsure un jour où l’autre, en dépit de mon plein gré bien sûr (comme tout citoyen de mon acabit, je suis avant tout un type qui souffre, qui exprime un désarroi et qui au fond demande à l’État qu’on l’aide à faire son bonheur ) à moins que ça soit un problème de réincarnation, autant que je me souvienne, j’ai toujours vomi les gens du style Jospin, Delanoë, Marie Georges Buffet, etc… Mais le pire pour moi, c’est quand même ces gens qui se définissent comme « sociologue », « psychanalyste » ou « intellectuels », en général « maître de conférence » dans une université à la con (Saint Denis ou Nanterre) et qui ont droit à la page « opinion » de Libération.

Ce qui est utile de lire dans Libération, c’est la critique cinéma. Ils aiment ce que je hais et haïssent ce que j’aime. C’est utile quand il faut choisir un film. Exemples:

Le Village de M. Night Shyamalan, que Libé titre « parabole bondieusarde et réac. »,« du plaisir, les spectateurs de cette sinistre parabole risquent de n’en éprouver aucun. », « navet janséniste », « Le village de Shyamalan fait passer la Petite Maison dans la prairie pour Sodome et Gomorrhe. ». « Le village n’est-il pas une sorte de réserve pour WASP archaïques, ces Anglo-Saxons blancs et protestants que le cinéaste venu d’Inde regarde avec circonspection ? Shyamalan ne nous invite-t-il pas à quelque parallèle lourd de sens avec l’Amérique traumatisée par le 11 septembre ? Encore faudrait-il que la morale du film celui qui a péché doit être puni pour que la vie «normale» reprenne son court ne nous dise clairement dans quel camp se range le cureton Shyamalan. Il fait mine de s’inquiéter de l’isolationnisme de ses héros culs-bénits, mais montre surtout qu’il comprend leurs craintes et éprouve pour eux de la sympathie. Pas nous. »

Ça donne envie d’aller voir ce film, non? Ça doit être le même critique qui qualifiait le film « Amélie Poulain » de film pétainiste. Étonnant aussi de voir à quel point le critique ne juge le film que par le biais de la morale et de la politique, comme si le talent était défini par le champ idéologique. Effectivement, le film de M. Night Shyamalan est différent de tout ce qui se fait car c’est un des rares films qui ne versent pas dans l’universalisme, dans le trip « on est tous frères sur la terre », dans le « tous ensemble » mondialiste. N’importe qui aurait pris le point de vue inverse de M. Night Shyamalan, et aurait fait en sorte que le Village s’ouvre avec bonheur au reste du monde. Que M. Night Shyamalan ai choisi une autre option fait particulièrement chier le critique de Libération, et ça, c’est un plaisir.

Autre film où Libé crache son venin, l’excellente « Armée des Morts », sous titrée « Remake insipide et apolitique du chef-d’œuvre de George Romero. », Libé reprochant principalement à ce film de ne pas avoir de message politique aussi évident que l’original, « Zombies » de Romero. Hors c’est précisément la grandeur de ce film, en gommant le message, qui exprimait aussi une forme d’idéalisme, l’auteur de la nouvelle version en a fait un film désespéré moderne.

« Zombie » était une mise en garde par rapport à la société de consommation, or dans cette société nous y sommes, ça n’a plus d’intérêt de faire une mise en garde. Et c’est justement parce que de facto le film ne peut plus se permettre le luxe de mettre en garde que finalement, le message social est encore plus désespéré que la version des années 70. Comme si on allait expliquer que le feu ça brûle à un grand brûlé ! Mais ça, dans un cerveau nécrosé par l’œuvre de de Dziga Vertov d’un critique de Libération, c’est difficile à comprendre. Dans la version originale il y avait aussi une certaine empathie vis-à-vis des zombies, la parabole étant : le supermarché, c’est l’Amérique, et les zombies qui essaient d’y rentrer, ce sont les crevards qui peuplent la planète et qui veulent eux aussi des richesses, en gros, le tiers-monde. Dans la nouvelle version, il n’y a plus cette empathie. Là aussi c’est un choix qui démontre qu’on a radicalement changé d’époque, que le zombie ne peut plus être perçu seulement avec le prisme humaniste du « bon sauvage », victime avant d’être bourreau. C’est aussi cela qui était extrêmement noir dans cette deuxième version et qui colle profondément à notre époque, on ne peut même plus se permettre d’avoir pitié pour ces sauvages sanguinaires…

(« Hey, monsieur le critique de libération, les seventies c’est terminé! »)

Parfois aussi dans Libé ils aiment les films. Par exemple, « Gozu » de Takashi Miike, qui a réussi à se faire pâmer le critique de Libé devant tant d’audace. « Gozu » est simplement le plus mauvais film que j’ai pu voir au cinéma de ma vie. C’est laid, ça n’évoque rien, c’est pédant, c’est consternant, c’est chiant, c’est provoquant mais sans conséquence, c’est opaque pour un non-japonais, c’est de la merde en boite pour connard de critique de Libération. Et le critique de Libé aime. C’est si différent, si original, faut être si ouvert pour apprécier de film…

Hormis allumer le feu, Libération a donc une utilité, celle de m’indiquer quels films ils haïssent que je peux aller voir, et quels films ils aiment qu’a priori je dois éviter. »

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