janvier 2011


François Béranger, chanteur libertaire, raconte sa jeunesse dans « Tranche de vie ».

« Pour parfaire mon éducation
Y’a la communale en béton
Là on fait de la pédagogie
Devant soixante mômes en furie
En plus de l’alphabet du calcul
J’ai pris beaucoup coup pieds au cul
Et sans qu’on me l’ait demandé
J’ai appris l’arabe et le portugais »

En 1970, on pouvait à la fois être gauchiste ET chanter ce couplet sur la communale sans se faire regarder de travers.

L’édition de LyonPlus du 26 janvier 2011 proposait un article absolument indigne sur l’attentat de l’aéroport de Moscou. Voici ce qu’ils ont osé penser, écrire, et publier :

« La sécurité en question
Confronté à cette nouvelle attaque terroriste, le président russe Dmitri Medvedev s’est voulu particulièrement offensif. «Nous devons tout faire pour que les bandits qui ont commis ce crime soient identifiés (…) et que leurs repaires soient liquidés», a-t-il déclaré. Le Premier ministre, Vladimir Poutine, a estimé pour sa part que «le châtiment (des coupables) est inévitable».

Mais «ce ne sont que des mots, estime Anne Nivat, spécialiste du Caucase et auteur de Chienne de guerre (Fayard). Poutine comme Medvedev exploitent l’obsession sécuritaire pour gagner des votes. Ils se sont fait élire grâce à leur rhétorique sur la Tchétchénie». 

En usant d’un ton guerrier, les dirigeants russes espèrent contrer les critiques concernant les failles des systèmes de sécurité. Car l’attaque a mis en lumière de sérieuses carences en la matière. «Les témoignages venant de la scène du crime nous montrent que c’était l’anarchie. Les gens étaient autorisés à entrer n’importe où», a déploré Dmitri Medvedev, renvoyant la balle dans le camp des responsables de l’aéroport, qui «devront répondre de tout». Une enquête pour violation des règles de sécurité à l’aéroport a été ouverte. »

Concrètement, la Russie est confrontée à des types [pas un ou deux, hein, pas des psychopathes isolés et agissant seuls ; on à affaire à des méthodes récurrentes qui commencent à se compter en centaines ou en milliers, là] qui se font exploser la bidoche dans des lieux publics, dans le but de tuer le plus d’innocents possibles, de la façon la plus lâche possible, et en tâchant d’infliger des dégâts les plus cruels possibles [explosion cumulée à une projection de clous ou de boulons, c'est beaucoup plus amusant]. En bon français, on appelle ces gens-là des bouchers, des ordures, des fumiers, des barbares, des sauvages sanguinaires, ou plus vulgairement des enculés de première catégorie.  Il importe peu que la situation en Tchétchénie ou à Diable-Vauvert soit ce qu’elle est : RIEN, absolument RIEN ne justifie le fait de se de transformer en bombe ambulante pour aller sciemment tuer des dizaines de femmes, d’enfants et de vieillards totalement innocents à coups de dynamite dans un hall d’attente.

Et ces messieurs de LyonPlus, la bouche en cœur, trouvent le moyen d’écrire un article où les salauds sont – tenez-vous bien – le président russe et ses collègues, qui osent se montrer « particulièrement offensifs« , qui osent « exploiter l’obsession sécuritaire pour gagner des votes« , qui emploient « une rhétorique« , et qui « usent d’un ton guerrier« .

Non mais on se fout de la gueule de qui, là ? C’est Medvedev et Poutine qui poussent de pauvres petits agneaux à se transformer en kebab-surprise, peut-être ? La Russie est aux prises avec des cinglés capables de tout pour aller niquer des vierges au paradis d’Allah, et le fautif c’est Medvedev ? Mutatis mutandis, c’est exactement comme si un type se faisait massacrer dans la rue pour son téléphone portable, et qu’on allait porter l’accusation sur lui, pour incitation au vol et exhibition déraisonnable d’objet de valeur ; ou encore comme si une pauvre fille se faisait violer dans un coin sombre, et qu’on allait l’accuser d’incitation au viol pour port de jupe un peu trop courte. C’est vraiment un raisonnement de dégueulasse. J’ai envie de vomir. Bientôt ils vont nous expliquer que les petits écoliers de Beslan avaient bien mérité ce qui leur est arrivé en 2004 >>>.

D’autre part, l’Occident est une société libre et ouverte, où, dans un monde normal, la sécurité ne devrait en aucun cas être assujettie à la psychose terroriste venue d’obscures contrées où l’on se fait une gloire de massacrer la veuve et l’orphelin en pleine rue pour la cause d’un Dieu soi-disant bon et aimant. Le maillon faible de ce tragique enchaînement, ce n’est pas la sécurité des aéroports ou l’efficacité de la vidéosurveillance : c’est l’existence de foyers de pensée où fermentent et mûrissent les adorateurs de la mort.

Lire l’article complet >>>

Je copie-colle ici ce remarquable texte du cardinal Barbarin, publié ce jour. Prenez le temps de le lire in extenso.

« La loi sur la fin de vie ne reconnait aucun droit à donner la mort et propose de bons repères insistant sur les soins palliatifs et le refus des traitements disproportionnés. Pourtant, la commission sociale du Sénat vient de donner le feu vert à la discussion ouvrant la voie à l’euthanasie en cas de « souffrance physique ou psychique ne pouvant être apaisée ou jugée insupportable ». Invoquant des cas extrêmes, des parlementaires omettent de mettre en valeur le beau travail accompli dans les unités de soins palliatifs. On essaie d’introduire une idée uniformisée de mort douce, alors que l’euthanasie est loin d’être douce, pour les soignants comme pour le malade et sa famille. Je salue cette « exception française », par laquelle nos législateurs ont manifesté la permanente vocation de la douce France à prendre en charge les plus fragiles, jusqu’au terme de leur vie terrestre.

La légalisation de l’euthanasie briserait la confiance entre soignants et soignés. Mme Schnapper écrivait que « la société moderne repose sur la confiance objective entre les individus grâce aux relations politiques et économiques, le droit, l’argent, les institutions. Mais les relations directes entre les personnes ne sauraient être oubliées, qui demeurent au cœur de la vie humaine. » La médecine est un lieu où il serait terrible d’attenter à l’amitié entre les hommes, celle où le faible se dit : « Celui-ci veut mon bien, même en me défendant contre ma crainte d’affronter la situation présente ». Si l’euthanasie est légalisée, le patient aura peur même des interventions thérapeutiques légitimes.

La légalisation de l’euthanasie pousse à l’exclusion des personnes les plus vulnérables. Si un homme est seul, sans personne qui le protège, si le recours à la mort légale lui est offert, le voici en danger, à la merci des fluctuations de sa sensibilité. La demande de mourir est souvent un appel au secours : « Tout le monde me laisse tomber. Est-ce que j’ai encore du prix aux yeux de quelqu’un ? » La dignité d’un homme, c’est son droit à être aimé, toujours.

La légalisation de l’euthanasie est contradictoire avec le développement des soins palliatifs, qui permettent de répondre à la plupart des douleurs des grands malades. Pourquoi 80%, paraît-il, du budget des soins palliatifs ne leur est pas encore alloué ? Est-il vrai que le fait de renoncer aux opérations chirurgicales réalisées in extremis sans espoir de guérison, dégagerait une part de cet argent ? J’ai encore à l’esprit la fin de Jean-Paul II : en février 2005, on l’opère d’une trachéotomie pour qu’il puisse continuer de respirer. Mais quand, fin mars, on envisage une gastrectomie, il refuse. On continue de le nourrir et de l’hydrater, mais il n’est pas question de tenter une nouvelle opération, aussi douloureuse qu’inutile. Et le 2 avril au soir, il s’en va. « Avec la mort, la vie n’est pas détruite, elle est transformée ».

M. Badinter notait qu’un droit à la mort assistée revient à aider ceux qui prendraient la décision de se suicider. « J’aurais la crainte, disait-il, d’une forme d’incitation, je n’ose pas dire de provocation au suicide. L’être humain est fragile. L’angoisse de mort est présente. Chez certains, face à une épreuve, il y a une tentation de mort inhérente à la condition humaine ». Avec lui, je veux dire que la mort est une peine toujours injustifiable, pour un coupable, à plus forte raison pour un innocent.
Y voir la « dernière liberté » constitue un piège. Comme si cet acte était pleinement libre, alors que plus de la moitié des rescapés du suicide ne récidivent pas. Comme si le suicide ne touchait que celui qui y recourt. Sa violence traverse le corps social et sa mémoire reste vive dans le cœur des proches. Dans sa réclusion, Etty Hillesum recopie ces lignes de W. Rathenau à une femme tentée par le suicide : « J’ai moi-même envisagé cette éventualité, que je dois aujourd’hui rejeter. Je considère qu’une telle fin est une injustice, une offense à l’esprit. C’est un manque de confiance vis-à-vis du bien éternel, une infidélité à l’égard de notre devoir le plus intime : celui d’obéir à une loi universelle. Celui qui se tue est un meurtrier, non seulement de lui-même, mais aussi d’autrui. Une telle mort, j’en suis profondément convaincu, n’est pas une libération, comme peut l’être une mort naturelle et innocente. Toute violence commise en ce monde prolifère, comme chacun de nos actes. Nous sommes ici pour porter une partie de la souffrance du monde, en lui offrant notre cœur, non pour l’aggraver par un acte de violence. »

On objectera que la proposition de loi ne vise que des cas où la mort naturelle surviendrait en toute hypothèse, et dans de brefs délais. Si c’est le cas, tendons la main, comme les soignants des services de soins palliatifs qui font honneur à la médecine. En vérité dans les pays où elle est établie, l’euthanasie (qu’on voudrait permettre même aux mineurs) touche aussi des gens qui ne sont pas en situation de mort imminente, notamment des personnes dépressives.

L’Eglise catholique se voit souvent reprocher un prétendu dolorisme. Tels discours, telles attitudes peuvent accréditer ce soupçon. Il ne pèse pas bien lourd face au cortège des saints qui ont voulu correspondre aux attitudes du Christ envers les malades, à la parabole du Bon Samaritain, à Matthieu 25 : « J’étais malade et vous m’avez visité », à la figure de Mère Térésa penchée sur ceux qui mouraient sur les trottoirs de Calcutta. Certains, comme Vincent de Paul, ont donné forme institutionnelle à la charité du Christ. Il est vrai aussi, et fondateur pour la réflexion, que l’Eglise ne cesse de contempler son Seigneur mourant en croix. Cela empêche un cœur vraiment chrétien de se détourner de celui qui meurt, au contraire de notre société, où l’on voit les enfants absents des funérailles de leurs grands-parents… Jésus meurt seul, et pourtant à ses pieds Marie, le disciple bien aimé, Madeleine sont restés, dont la présence éclaire le débat qui nous occupe. Des amis lui sont restés fidèles jusqu’au bout.

« Le véritable amour chasse la crainte », dit la Bible. Bien des malades et des familles ont fait cette expérience : une maladie douloureuse a été traversée. L’amour, jour après jour, a permis de dépasser la peur. Comme homme ayant vécu la maladie, comme croyant, attentif à l’interdit fondateur de toute société : « Tu ne tueras pas », je veux dire aux sénateurs : Ne doutez pas de l’amour ! »

Cardinal Philippe Barbarin

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Être de gauche, c’est faire l’apologie du squat, mais s’indigner contre la colonisation.

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Georges Mathieu – « Les Capétiens partout » - 1954 – Centre Georges Pompidou

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Où trouver les commémorations du 21 janvier >>>

« Alors que j’avais à peine vingt et un ans,  je me suis trouvé un jour à déjeuner […] en compagnie de l’architecte masochiste et protestant Le Corbusier qui est, comme on le sait, l’inventeur de l’architecture d’auto-punition. Le Corbusier me demanda si j’avais des idées sur l’avenir de son art. Oui, j’en avais. J’ai d’ailleurs des idées sur tout. Je lui répondis que l’architecture serait « molle et poilue » et j’affirmais catégoriquement que le dernier grand génie de l’architecture s’appelait Gaudi dont le nom, en catalan, signifie « jouir », de même que Dali veut dire « désir ». Je lui expliquais que la jouissance et le désir sont le propre du catholicisme et du gothique méditerranéens réinventés et portés à leur paroxysme par Gaudi. En m’écoutant, Le Corbusier avait l’air d’avaler du fiel. »
Salvador Dalí – Les cocus du vieil art moderne (extrait)

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« Pour que les forces vitalement hétérogènes et antiacadémiques de l’art moderne ne périssent pas dans le ridicule anecdotique du simple dilettantisme expérimental et narcissique, il faut trois choses :

1° Du talent et de préférence du génie (Depuis la Révolution française, se développe une vicieuse tendance crétinisante qui consiste à considérer les génies, à part leur oeuvre, sont en tout des êtres plus ou moins semblables au reste du commun des mortels. Cette croyance est fausse. Je l’affirme pour moi qui suis le génie moderne par excellence.)

2° Réapprendre à peindre aussi bien que Velasquez et de préférence comme Vermeer.

3° Posséder une cosmogonie monarchique et catholique aussi absolue que possible et à tendances impérialistes »

Salvador Dalí – Les cocus du vieil art moderne (extrait)

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« Tout ce que dit Dali dans son petit ouvrage « Les cocus du vieil art moderne » est le bon sens et le bon goût mêmes. Sa façon excessive, non dénuée de cette forme curieuse de poésie que l’on obtient par la sincérité, ajoute à son pouvoir de persuasion au lieu de l’affaiblir. Devant ce que le monde exhibe aujourd’hui, il a les yeux du petit garçon du conte d’Andersen qui s’aperçoit que le roi est nu et ne craint pas de le proclamer. Par exemple, Le Corbusier «masochiste et protestant» est, dit Dali, «l’inventeur de l’architecture d’autopunition». Autre jugement : «De tous les élèves de Gustave Moreau, le meilleur est toujours celui qui les enseigne.» Picasso est responsable de la «laideur généralisée de l’art contemporain». Matisse est un «peintre d’algues tout juste bon à favoriser la digestion bourgeoise». Devant les collages déjà jaunis de l’art moderne, Dali se réclame de Raphaël et de son «petit saint Georges resté frais comme une rose»… »
Jean Dutourd – Revue de presse, in Le Figaro

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