Plus chrétiens que les chrétiens, vous avez les partisans de la Laïcité. Moi, quand j’entends Caroline Fourest et tous les ardents défenseurs de la laïcité intégrale, j’ai vraiment l’impression d’entendre un discours de schizophrène post-chrétien, plus inquisiteur que l’inquisition, plus catholique que le pape, plus chrétien que Jésus-Christ. Quand ils vous expliquent la nature de ce que doit être la Vraie Religion, ils vous disent : amour, tolérance, respect, pardon, distinction radicale de Dieu et de César, liberté de conscience. Ils croient avec une inébranlable sincérité que cette définition est le lot de toute religion véritable. Et, en toute logique, qu’il doit en être ainsi de l’islam, du judaïsme, ou de n’importe quelle autre religion. Et, toujours en toute logique, ils s’imaginent que les religieux qui sortent de ces clous sont dans le camp de l’intégrisme. En réalité, les laïcards progressistes sont incapables de se rendre compte que l’idéal de leur religion n’est qu’une forme hérétique du seul christianisme. La consécration de l’amour, du pardon, etc., ne se trouve QUE dans les Évangiles. Et l’ensemble de la Bible étant une compilation de textes écrits par des hommes, on peut dans une certaine mesure y exercer une lecture critique. Ce qui n’est pas le cas de toutes les religions, en particulier de l’islam.

Ils s’imaginent qu’on peut, en islam, séparer Dieu et César ! Ils s’imaginent qu’on peut exercer la critique sur le coran exactement comme on peut le faire sur l’Ancien Testament ou les Évangiles ! Ils s’imaginent qu’on peut, en toute pertinence, baptiser certains lieux de culte musulmans du nom de « mosquée-cathédrale » ! Ils aimeraient interdire la burqa parce que c’est un vêtement qui « exprime une foi radicale dans l’espace public » de façon inacceptable.

Or le coran est un véritable code complet, comprenant et confondant préceptes religieux, code juridique, code alimentaire, code sexuel et moral, etc. ; et comme c’est un texte censé être dicté par Dieu lui-même, comment voulez-vous remettre en cause la moindre virgule sans mettre en cause Dieu lui-même, c’est à dire en blasphémant purement et simplement ? Quelle serait donc la nature de la « cathedra » en islam, qui justifierait le nom de « mosquée-cathédrale » ? Il n’y a pas d’Église en islam, pas de hiérarchie ecclésiale gardienne d’un dogme, donc pas d’évêque assis sur sa Cathèdre ! Quant à l’interdiction de la burqa comme affirmation de la lutte contre l’intégrisme, c’est un casse-tête législatif inapplicable ! La burqa est un vêtement civil, pas un uniforme ecclésiastique [car il n'y a pas d'ordre ecclésiastique en islam !] ; il est pour ainsi dire impossible de dissoudre l’usage de la burqa comme on dissoudrait une secte. Comment voulez-vous agir ? En interdisant l’intégrisme ? En légiférant sur un code vestimentaire ? Ce serait une véritable dictature qu’il faudrait mettre en place, puisqu’il existe quantité d’intégristes habillés en M. et Mme Tout-le-monde et qu’il faudrait recourrir à la traque de leurs pensées les plus intimes pour les démasquer. Et s’il fallait se mettre à légiférer sur les vêtement dignes ou indignes des valeursdelarépublique, il faudrait faire le ménage chez les punks, chez les hippies, chez les putes, chez les rappeurs, chez les métalleux et chez les gothiques, et même chez les pauvres carmélites qui n’ont rien demandé à personne ! Et, s’il existe déjà une loi interdisant aux civils de se promener avec le visage masqué, qu’elle soit appliquée ! Mais un décret n’empêchera jamais certaines femmes de refuser de serrer la main des hommes, ni certains hommes de refuser de s’adresser au personnel féminin des établissements scolaires de banlieue ou des hôpitaux.

Nous avons cru que la force de la coutume devait être dépassée, cette coutume ayant été identifiée comme une barrière contre le droit d’autrui à vivre parmi nous avec sa différence ; nous voilà à présent contraints d’entretenir l’illusion de la coexistence heureuse et pacifique, alors qu’il est évident que nous n’avons strictement rien à nous dire puisque, fondamentalement, nous ne partageons pas la même foi, contrairement à ce que croient les chantres de l’amour citoyen, de la tolérance républicaine, du pardon des offenses antiracistes, du catéchisme des droits de l’homme, de la rémission du colonialisme, de l’Esprit Saint des Lumières, et de la trinité révolutionnaire une en trois personnes que sont la Liberté, l’Égalité, et la Fraternité.

L’antiracisme n’est pas la lutte contre le racisme mais un racisme à l’envers. L’anticléricalisme n’est pas la lutte contre l’intégrisme religieux mais un intégrisme religieux à l’envers.

About these ads