septembre 2009


Il faut bien comprendre que ce qui scandalise le citoyen dans le concept de préférence nationale n’est pas la notion de national, mais bien la notion de préférence.

Certes, pour un citoyen la nation est détestable [on appartient à un pays par hasard, on a des parents qu'on n'a pas choisi, ce qui constituent  des crimes contre la libre attribution de ses sentiments à des objets ou des personnes – j'y reviens plus bas], mais est encore plus détestable le fait qu’on puisse faire des choix orientés vers ce qui nous ressemble.

Les progressistes ont jeté le rapport Obin au feu, comme toutes les autres enquêtes sociologiques qui prouvent que tout le monde, à commencer par les enfants, se sépare d’emblée de ce qui lui ressemble le moins pour se rapprocher de ce qui lui ressemble le plus. Seules la Culture et l’Éducation permettent d’inverser cette tendance. Pourtant, me direz-vous, puisque jamais on n’accorda autant d’importance à la Culture et à l’Éducation que sous l’âge progressiste [ce sont les ministères les plus précieux et les plus colossalement pharaoniques de la république, et même sans doute de toute l'Histoire de France], on devrait voir diminuer l’instinct au profit de l’ouverture à l’autre. C’est vrai, et c’est faux.

C’est vrai dans les milieux directement connectés à la machine d’État : on ne compte plus les initiatives pour les musiques métissées, les expositions trans-culturelles, les séries télévisées et le cinéma diversitaires, etc., parce que l’État s’est arrogé le monopole de la production artistique.
C’est faux sitôt que l’on s’éloigne de la sphère d’influence directe de la propagande Culture-Éducation, où le constat est implacable : la carte scolaire est l’objet de trafics et de trucages pour que les catégories sociales et ethniques se retrouvent entre elles ; et malgré les exhortations gouvernementales, les lieux culturels n’attirent pas la Diversité parce qu’elle n’y trouve pas ce qui lui ressemble.

Mais voilà où se situe toute l’imposture de la préférence nationale. Si la société déifie l’affect contre la raison [le sentimental justifie toutes les lois et toutes les définitions du progressisme, du mariage homosexuel à l’euthanasie en passant par le soutien aux clandestins, la légalisation des mères porteuses ou la quintuple nationalité], il est interdit d’orienter ses sentiments ailleurs que dans le champ des volontés de l’État. D’où le « défi du métissage » que Nicolas Sarkozy veut relever, d’où le dénigrement systématique de tout ce qui est franco-français, d’où l’attribution de qualificatifs délirants pour ce qui constituait la  « France d’avant » quand on écoute Radio France. Il est obligatoire d’aimer son lointain, il est interdit d’aimer son prochain.

La Nation, voilà belle lurette qu’elle n’existe plus pour quiconque puisqu’elle est un crime contre le libre-affect. Quant à la Préférence, elle n’est plus digne de respect puisque le réel désobéit à l’Éducation et à la Culture. Dans un tel contexte, la préférence nationale n’a pas la moindre pertinence politique, et pas la moindre honnêteté intellectuelle. Dieu et Diable des citoyens ne sont que bonshommes de paille.

Contre le soviétisme mental, il faut être punk : discriminez, bordel ! et aimez votre ascendance, puisque vous ne l’avez pas choisie !

L’autre jour, la plus baroque des Carnétistes et le plus exquis des Conservateurs m’ont raconté leur visite au musée de Cluny. J’ai répondu un truc du genre « Vous avez bien raison, la Bourgogne est une région magnifique ». Sauf qu’en fait, le musée de Cluny n’est pas à Cluny mais à Paris. Je suis encore passé pour un gros bouseux de la campagne. Ouais, et bien je suis à peu près sûr que leur Cluny à eux se trouve le long d’un sale boulevard qui pue, avec un trottoir encombré de jeunes couples homosexuels à poussettes qui travaillent dans le show-biz et qui votent à gauche. Y savent pas que Cluny c’est un vrai endroit en vrai dans la vraie vie, que c’est pas loin de Tournus, et qu’on ne visite pas l’abbatiale Saint-Philibert en descendant au métro Tournus. J’vous emmerde, hé, patates.

Je pense à ça parce que Marie-Thé a visité Cluny, elle aussi [probablement en descendant au métro Cluny, puisqu'y paraît que Cluny ça se visite en métro, maintenant], et qu’elle écrit une note très émouvante sur son séjour parisien >>>.

Pendant ce temps-là, Alibekov est allé dans les Pyrénées, et je vous prie de croire qu’il est pas descendu au métro Pyrénées. Des homosexuels à poussettes, y en avait pas des masses >>>.

PlanDeDieu

ClocherDeLaCharite

Quand on distribue des cartes postales idéologico-publicitaires de ce genre, il faut s’attendre à se voir répondre avec ses propres armes. Encore une idée de Madame Plus !

Liberation

LiberationPape

Le moment le plus pénible d’une conférence, c’est la dernière demi-heure pendant laquelle le public pose des questions. Surtout si ledit public est massivement composé de lecteurs et de sympathisants du journal Libération >>>.

« M. Finkielkraut, ne pensez-vous pas que les Droits de l’Homme furent d’abord les Droits de l’Homme Bourgeois, puis les Droits de l’Homme Blanc, et que finalement ils sont devenus les Droits de l’Homme Sioniste ? »

« Pensez-vous, comme moi, qu’il faille inclure à la liste des Droits de l’Homme le droit opposable au logement et à l’alimentation pour tous ? »

« M. Finkielkraut, vous pointez toujours du doigt la burqa et l’islam, mais ne trouvez-vous pas qu’il existe des problèmes plus graves que cela, sachant qu’il y a de part le monde des millions de gens qui meurent de faim ? »

« Vous évoquiez le terreau chrétien qui fit émerger selon vous la notion de Droits de l’Homme ; puis-je vous demander comment cette hypothèse est recevable, sachant que la chrétienté c’est quand même l’Inquisition et les Croisades ? »

Pauvre Alain Finkielkraut. Je comprends qu’il ait cet air épuisé et abattu. Courage !

Ha ha, j’avais raison : l’absence de la Diversité dans les files d’attente des Journées du Patrimoine inquiète réellement nos « élites » >>>.

Je cite l’édito signé Gérard Collomb & Nadine Gelas [1] dans le programme de l’édition lyonnaise :
« L’accessibilité au plus grand nombre invite tout d’abord à associer ceux pour qui la culture est d’un accès difficile, les enfants, les personnes en situation de handicap, les représentants de la diversité. Cette année, plus que d’ordinaire, des visites adaptées sont proposées. »

Alors comme ça, la culture est d’un accès difficile pour la Diversité, dixit le maire de Lyon.

Ah bon ? Les lieux culturels français sont explicitement interdits aux Noirs, aux Arabes, aux Asiatiques et aux Quechuas [et aux chiens même tenus en laisse] ? Les banlieues sont coupées du monde par des dizaines de murs de Berlin avec guérites et miradors ? Les théâtres, bibliothèques, jardins, et autres châteaux de la Loire ne sont ouverts qu’aux seuls agrégés d’araméen et aux archéologues dont le grec ancien est la langue maternelle ?

Les banlieues [car il ne faut se leurrer, 80% de la Diversité mentionnée par le ministère concerne la population des banlieues] ne reçoivent-elles pas des milliards d’euros à chaque nouveau plan banlieue ; aussitôt transformés en médiathèques rutilantes, en espaces citoyens d’échanges multipluriels de dialogue, en stages de formation au montage vidéo, en écoles de hip-hop,  en montage de pièces de théâtre antiraciste avec la troupe de comédiens « Compagnie Dix Vers Cités », en festivals des musiques métisses, en interventions artistiques au collège Pierre-Arditi guidées par une plasticienne à sarouel qui « expérimente de nouveaux supports et détourne les codes classiques », ou en milliers kilomètres de bus pour aller visiter le Jardin Machin et ses Installations Éphémères, la maison de M. Michu résistant communiste, le musée Trucmuche de la Déportation, ou, avec un peu plus de chance, un musée des Beaux-Arts ?

Il faut arrêter de nous prendre pour des cons. Si la Diversité boude les Journées du Patrimoine, ce n’est pas parce que la Culture leur serait refusée par on ne sait quelle « difficulté d’accès ». Même le Musée des Arts Premiers à Paris a cru résoudre l’absence de Diversité dans son public en l’ouvrant gratuitement à tous les visiteurs – en vain ! La Diversité se fout éperdument de la Culture française, et nos « élites » cultureuses récoltent les fruits amers de ce qu’ils ont eux-même semés.

On ne cesse de raconter à nos chères banlieues que la France ne se définit que par des termes du genre « Pays des Droits de l’Homme, redistribution des richesses, Sécurité Sociale, lutte contre les inégalités », bref, toutes sortes de singeries criminelles qui discréditent de facto l’Histoire de la France au profit de son éternel présent défini par les mots « métis, divers, ouvert à tous ». Dans le meilleur des cas, la France d’avant était peuplée de nazis qui brûlaient des hérétiques, bâtissaient des palais dorés en exploitant un peuple de pouilleux ignorants, et n’aimaient pas la richesse culturelle des étrangers. Dans le pire des cas, on découvre que la France des livres d’Histoire est un imposture, et qu’en réalité nous devons toute notre civilisation à la seule culture arabe. Dans ce jus complètement délirant où nous baignons, il apparaît évident que nos riantes banlieues n’ont pas de la France un image très admirable.

Comment voulez-vous donner envie à la Diversité de visiter un jardin de Le Nôtre ou une chapelle gothique fraîchement restaurée quand l’image de la Culture Française du passé est assimilée à une vieillerie de l’Âge Fasciste, et celle du présent leur apparaît sous les traits d’un « art » entièrement noyauté par le citoyennisme foireux des plasticiens subventionnés, des metteurs en scène qui « interrogent le rapport à l’autre dans une dénonciation des préjugés racistes », et des milliers de professeurs de l’Éducation Nationale qui en sont réduits à enseigner la grandeur du slam et du hip hop  pour acheter un peu de paix civile dans leurs classes ?

Pour que la Diversité daigne se déplacer aux Journées du Patrimoine, il faudrait  prendre le taureau par les cornes :
1. Soit on décide énergiquement d’associer la Diversité à l’Histoire de France : enseigner une véritable littérature, une véritable Histoire de l’Art, une véritable exigence dans la reconnaissance de l’esprit français et de ses valeurs, enseigner un authentique amour de la France – je dis bien de la France, pas de la République qui ne se borne qu’à deux seuls siècles d’existence.
2. Soit on décide énergiquement de faire entrer les tags, le hip hop, le R’n’B de Diam’s et toute la sous-culture banlieusarde dans le domaine de l’Art et du Patrimoine – ce qui ne fera grandir ni la Cuture, ni l’intérêt de la Diversité pour tout ce qui ne lui ressemble pas.

[1] Respectivement sénateur maire de Lyon et vice-présidente du Grand Lyon chargée des événements culturels.

PS : « La culture française serait inaccessible », c’est bien l’argument de fond des cinglés qui ont effacé des milliers de pages de texte dans les manuels scolaires au profit d’illustrations plus sympââs pour des auteurs plus sympââs – c’est-à-dire un peu moins morts –, et veulent réformer l’orthographe parce que s’est vraiemant tro conpliquer d’écrir franssé corectemen. Si ce n’est pas le summum du mépris, je ne sais pas comment ça s’appelle.

Page suivante »

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 359 autres abonnés