La première fois que j’ai voté, à l’âge de dix-huit ans, j’ai glissé une enveloppe « Écologie » dans l’urne. Il faut dire que j’étais vraiment con à l’époque. Je ressemblais davantage à un grand petit garçon qu’à un jeune homme, aussi bien dans mon corps que dans ma tête. Forcément, les petits oiseaux et les ours des Pyrénées, ça m’avait séduit. C’était plus facile à comprendre que des discours sur la fiscalité de l’import-export, l’administration de la sécurité sociale, la réforme de l’Éducation Nationale, le remaniement du ministère de la Défense, et toutes ces choses pour grandes personnes.

Après je me suis rendu compte qu’il était absurde de faire de l’écologie un parti politique. Aussi absurde que de monter un « Parti Végétarien » ou un « Parti Cycliste ». Pourquoi pas un « Parti Nudiste » ou un « Parti Cruciverbiste », pendant qu’on y est ? Je ne dis pas que l’écologie, le végétarisme ou le cyclisme sont méprisables ; simplement je me demande quelle légitimité politique ils ont. Pour moi l’écologie regarde les administrations chargées de l’industrie, de l’aménagement du territoire, de l’énergie, etc. Ce sont des sujets liés à la politique, mais ce sont des choses secondaires, des choses connexes. L’écologie n’est pas un projet de société en soi. L’écologie, ça consiste à opérer une critique de la civilisation de la marchandise, mais c’est loin d’offrir un programme de société global et cohérent. Ou alors ça ne s’appelle plus de l’écologie. Par exemple, gueuler contre la fermeture des usines quand on fait le maximum pour ouvrir les frontières, c’est vraiment outrepasser les bornes et de l’écologie et de l’intelligence. La stratégie de la pastèque, vert dehors et rouge dedans, très peu pour moi.

C’est ainsi que je n’ai jamais compris l’intérêt des partis spécialisés. Parti des chasseurs, parti des ouvriers, parti des écologistes, etc. Alors on voit fleurir un « parti antisioniste ». Bon. Demain nous verrons sans doute naître le Parti de l’Éducation Nationale, après tout il concerne un Français sur huit. Ou le PCIFA [Parti Contre l'Intervention Française en Afghanistan]. Ensuite nous verrons le Parti Contre l’Excision. Puis le Parti Contre l’Occupation Chinoise au Tibet. Le Parti Anti-Obama. Le Parti Pour l’Avortement. Le Parti Contre l’Avortement. Le Parti pour les Radars routiers. Le Parti Contre les Radars Routiers. Le Parti pour les Bandes Rugueuses. Le Parti pour l’Accessibilité des Handicapés. Le Parti pour l’Annexion de la Flandre aux Pays-Bas. Le Parti pour la Réunification Coréenne. Le Parti pour la Libération d’Ingrid Aubenas. Le Parti Contre les Cadences Infernales au Timor Oriental.

Non seulement chacun y va de sa petite cause, mais chacune de ces causes n’est plus ni nationale [qu'est-ce que le sionisme de Soral et Dieudonné vient foutre dans une élection européenne ? Je vais monter une Liste Antisalafiste et une Liste Antitaoiste, moi !], ni positive [on ne compte plus les partis "anti" quelque chose...].

Le paysage politique actuel est très simple : un gros bloc central qui acquièsce à l’unisson en incarnant l’inertie du système [PS-MODEM-UMP], et, tout autour, un nuage d’astéroïdes incapables de s’agréger pour lui faire concurrence. Il existe douze partis d’extrême droite, quinze partis d’extrême gauche, huit partis écologistes, trente listes contre la méchanceté, seize pour la propagation de l’amour et de la solidarité, neuf contre l’abandon des golden retriever, etc.

Alors, que faire ?

Et bien chantons ! Chantons avec Joe Dassin notre complainte pour le doux pays de France :

C’est drôle, tu es partie
Et pourtant tu es encore ici
Puisque tout me parle de toi
Un parfum de femme, l’écho de ta voix
Ton adieu, je n’y crois pas du tout
C’est un au revoir, presqu’un rendez-vous

Ça va pas changer le monde
Il a trop tourné sans nous
Il pleuvra toujours sur Londres
Ça va rien changer du tout
Qu’est-ce que ça peut bien lui faire
Une porte qui s’est refermée?
On s’est aimés, n’en parlons plus
Et la vie continue

Ça va pas changer le monde
Que tu changes de maison
Il va continuer, le monde
Et il aura bien raison
Les poussières d’une étoile
C’est ça qui fait briller la voie lactée
On s’est aimés, n’en parlons plus
Et la vie continue

Ça va pas changer le monde
Ça va pas le déranger
Il est comme avant, le monde
C’est toi seule qui as changé
Moi, je suis resté le même
Celui qui croyait que tu l’aimais
C’était pas vrai, n’en parlons plus
Et la vie continue…

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