juin 2009


« Si toutes les cultures acceptaient de se frotter aux autres, le monde serait meilleur. »
Spéciale dédicace à tous les nouveaux français [Amel Bent], toujours curieux de venir se frotter à notre bon vin de réputation mondiale, toujours prêts à goûter notre bonne charcuterie de tradition millénaire, toujours plus nombreux à se presser aux guichets des Journées du Patrimoine.
Spéciale dédicace à l’organisateur du festival Jazz à Vienne, auteur de cette citation à l’antenne de France Inter aujourd’hui même ; qu’il soit félicité pour l’audace, le courage, et l’originalité du thème qui anime l’édition 2009 : le métissage.
Enfin, spéciale dédicace à France Inter et à son bulletin d’information de l’après-midi, qui trouve que caillasser les flics est un acte tout à fait banal, sauf si Henri Guaino en est fortuitement la cible. C’est alors tacitement cocasse, puisque c’est l’occasion pour ce dernier de constater que la violence qui règne à Montfermeil est encore une fois le fait de la police : ils ont du faire usage de leur pistolet à eau et de leurs balles de jokari pour se tirer de cet amical guet-apens.

MortPourRien2

« Je ne nie pas l’existence des chambres à air, mais je ne suis pas spécialiste de cette question et je pense qu’il faut laisser les historiens en discuter. Et cette discussion devrait être libre. »

LouisonBobet

Louison Bobet, un homme controversé.

L’éclat de rire du moment, c’est la CGT qui envoie son service d’ordre pour virer les clandestins de ses locaux ! C’est énorme ! Merci les gars, ça faisait un moment qu’on n’avait pas rigolé comme ça dans notre beau pays ! La CGT qui se fait bizuter par ses propres bizuts, ça donne envie d’ouvrir une bonne bouteille et d’attaquer le sauciflard pour fêter ça.
Je vous recommande la lecture de l’article du Figaro >>>.

CGT-OnResteIci

Arte a diffusé un reportage édifiant avant-hier soir, consacré à la jeunesse « issue de l’immigration ». J’y ai vu la magnifique confortation de cette vérité moderne : le marché a toujours raison. Mettez-vous ça dans le crâne : dans le monde moderne, c’est le marché qui a toujours raison. Je m’explique.

Vous pouvez défendre n’importe quel idéal, vous pouvez prôner n’importe quelle utopie, vous pouvez clamer n’importe quelle vérité ou n’importe quel mensonge, le marché seul tranchera le dicible et l’indicible, l’acceptable et l’inacceptable. Avant d’en venir au reportage d’Arte, je voudrais évoquer un article lu dans la presse il y quinze jours, qui nous parlait de la nouvelle mouture du jeu « Sim’s ». Le chroniqueur expliquait que ce jeu de « simulation sociale » rassemblait un public majoritairement féminin, que la tendance s’affirmait toujours davantage, et que ses concepteurs avaient dès lors développé une jouabilité encore plus spécifiquement féminine. Concrètement, le jeu avait du succès auprès des filles parce qu’il y était question d’intrigues sociales et sentimentales, de jeux de paraître et de séduction, d’avatars à déguiser et maquiller comme on maquille et déguise ses poupées, d’un chez-soi qu’on pouvait personnaliser à volonté, d’un monde virtuel à base de cosmétique relationnelle et de domesticité contrôlée. En gros : cancans, ragots, frivolité, dressing, boudoir.

Oser définir la sensibilité du genre féminin de cette façon, à voix haute, sur un plateau de télévision entre Laurent Ruquier, Thierry Ardisson, Paul Amar et n’importe quelle Arlette Chabot vous assurera un avenir marqué de l’empreinte du démon après avoir été foudroyé en direct par l’Inquisition Télévisuelle. Vous aurez osé déballer des stéréotypes d’un autre âge, des préjugés sexistes, des propos qui vont à l’encontre de toutes les gender studies de l’EHESS. Mais voilà, comme cette vérité sur la gent féminine fut écrite pour expliquer le succès d’un produit de consommation, elle est autorisée.

De même qu’il est interdit d’évoquer des stéréotypes sur ce qu’on appelle la Diversité dans le cadre de l’idéologie publique [télévision, Radio France, services de communication des Mairies et des Conseils Régionaux, etc.], il est tout à fait autorisé d’en parler dans le cadre du marché. Dites que les homosexuels aiment la house, que les asiatiques mangent du riz, que les femmes font la vaisselle, que les femmes blanches et blondes représentent l’idéal féminin majoritaire, que les jeunes de banlieue n’aiment que le rap, que les petits bourgeois aiment porter des polos roses parce qu’ils se branlent sur une image de l’aristocratie, etc. , tout cela vous vaudra du mépris et de graves accusations concernant les clichés réactionnaires auxquels vous adhérez.

Le marché, lui, autorise la divulgation de ces vérités. Ainsi, je lisais récemment qu’un campagne de pub avait soigné son image sonore pour capter discrètement mais résolument l’attention et le pouvoir d’achat de la communauté gay. Ils avaient choisi de la house, et savaient très bien ce qu’ils faisaient, puisqu’ils sont en première ligne pour savoir ce qui marche. Cliché, hein ? N’importe quel publicitaire sait que les braves gens n’aiment que ce qui leur ressemble, en un peu mieux. Vous ne vendrez pas votre liquide vaisselle aussi bien qu’en mettant en scène une ménagère. Tous les magazines de mode ont fait l’expérience de figurer une femme noire en couverture : leurs ventes se sont effondrées le temps d’un numéro. Mettez une blonde, les ventes repartent. De quoi parlent les auditeurs de Skyrock, la radio rap et R’n’B ? De leurs camps de scouts et de leur régate aux Sables d’Olonne ? Non, ils parlent de Moussa et Bachir qui voudraient pécho Rachida. Cliché, hein ? Et savez-vous comment on appâte du petit-bourge ? Faites-lui miroiter un titre de Vicomte [Arthur] brodé sur un polo, il tombera dans le panneau comme un connard. Imaginez une marque de jogging qui s’appelerait Wesh-Wesh, on se foutrait de votre gueule et on se scandaliserait de votre cynisme premier-degré, mais votre fortune serait faite auprès des petits beurs, j’en suis convaincu. Dans la rue, qui porte des T-shirts « Tony Montana », « Truand 2 la galère » ou « Algérie en Force » ? Ouvrez les yeux sur la marchandise des gens. Dans le monde moderne, la raison du marché dévoile davantage de vérité que la raison idéologique officielle.

Bon, mais j’en viens à ce fameux reportage d’Arte.

On nous parlait des populations d’origine étrangère qui viennent s’installer en Europe. La question soulevée est celle de l’intégration, de la scolarisation, de l’insertion de ces immigrés dans la société d’accueil. Ainsi, tel enfant croit que son avenir est incertain à cause de son nom ou de son code postal un peu trop connoté. Telle jeune femme a réussi son intégration parce qu’elle tient une boutique de vêtements. Tel groupe de jeunes compte bien faire sa place dans le monde du travail grâce à des stages. Telle institutrice explique qu’il y a trop délèves par classe. Tel sociologue explique qu’on manque de structures d’accueil. Tel administré demande davantage de moyens de l’État pour venir en aide aux familles qui parlent à peine la langue nationale.

En gros : l’effort d’intégration devait FORCÉMENT venir du pays d’accueil ou de la population indigène, comme si c’était aux autochtones de faire un effort d’accueil vers des immigrés qu’ils ne choisissent pas ! Dans un monde qui pense à l’endroit, la moindre des choses est de se plier humblement aux us et coutumes du pays qui vous accueille, et de tâcher de faire bonne impression pour se faire accepter. Si les enfants d’origine turque ne parlent pas néerlandais, c’est la faute aux néerlandais peut-être ? Non, c’est le devoir des parents que de leur assurer une place digne dans le monde qui les entoure, en tout cas de leur en donner les moyens. Ca commence par la maîtrise de la culture locale. Voulez-vous embaucher un ado qui n’a que trente mots de vocabulaire et un sens franchement limité de la courtoisie élémentaire ? Certains appellent ça de la discrimination, je crois au contraire que c’est une convergence de catastrophes, initiée par le peu de volonté de certaines communauté de vouloir quitter leur clan pour embrasser la société et ses codes.

En bref, toutes les définitions de ce reportage n’étaient que de l’odre du marché. On s’intègre bien si on gagne sa vie. Il faut des sous pour financer l’intégration. On réussit son acceptation dans le sein de la société si on parvient à ouvrir sa boutique. Dans le monde moderne, la cohésion sociale se mesure à l’aune de l’impôt sur le revenu. Bref, on nous vantait un modèle de société uniquement basé sur la pertinence du lien utilitaire, du lien marchand. Vous n’aimez toutes ces femmes en tchador dans votre quartier ? Il n’y a pourtant pas de quoi s’inquiéter : elles ont du travail, vous savez. Elles gagnent leur vie, et cela suffit largement pour que vous acceptiez leur présence. Ou alors vous êtes raciste.

Eh quoi ? Toutes ces familles turques, marocaines, serbes ou algériennes qui ont su s’intégrer n’ont-elles rien d’autre à apporter à leurs enfants que du pouvoir d’achat et de l’enrichissement ? S’insérer dans la société, manifestement, c’est tout sauf apprendre des comptines locales à ses enfants, connaître l’Histoire locale, découvrir la cuisine locale, s’habiller comme s’habillent les locaux, danser comme on danse ici, visiter les musées d’ici, se rendre au fest-noz ou aux Journées du Patrimoine. En vérité, la culture ne compte pour rien dans l’intégration rêvée de nos élites. L’intégration rêvée, c’est conserver son tchador, rester « marocaine jusqu’à la mort » [je cite un témoignage] bien qu’on réside à Rotterdam depuis toujours et sans doute pour toujours. Mais ce n’est pas grave tant que le commerce marche, qu’il n’y a pas de chômage, que les abonnements téléphoniques tournent à plein régime, que les supermarchés ont de quoi vendre, et que l’État ait des richesses à redistribuer. Les ghettos ? Les communautés ethnocentrées ? On s’en fout, tant qu’il y a de quoi offrir à tous les joies de la société de consommation ! Tant qu’il n’y a pas de  misère, tout ne peut qu’aller bien, n’est-ce pas ?

La vérité de la société multiculturelle, c’est qu’elle est avant tout multi-marchande, multi-utilitaire, multi-redistributrice, et que la différence culturelle n’enrichit que les fabricants de folklore et de marketing. Nada más. La vérité de la société hétérogène, c’est le marché qui la révèle : une simple somme d’intérêts indviduels ou claniques. Quelques intellectuels aiment avec sincérité l’idéal de la croisée des cultures, mais c’est une frange ultraminoritaire, très cultivée, et capable de discerner clairement les bornes de sa propre culture pour savoir apprécier la différence à sa juste valeur.

Je vous recommande chaudement quelques articles particulièrement bien ficelés :

LBDD + Hank = Hank et les fantômes multiculturels >>>
LBDD + Pélicastre Jouisseur = Produit décomposé >>>

« Hé franchement, hé, hé, franchement, franchement, comment ça fait trop plaisir d’êt’ là, franchement !« 
C’est au rythme de ces déclamations enthousiastes que ce sont succédés hier quelques jeunes talents de l’humour sur les gradins du square Delfosse. Les artistes ont privilégié le stand-up plutôt que le sketch, ce qui permet de remplacer confortablement la narration par des anecdotes sans récit et sans chute, l’art de l’humour par celui de la vanne, et la performance d’acteur par la célébration inconditionnée de sa personne.
« Hé, au fait je m’appelle John Eledjam, J – O – H – N – E – L – E – D – J – A – M, vous me retrouvez facilement dans Facebook, je vous ajoute à mes contacts et vous avez toutes les dates de ma tournée ! Retenez bien mon nom : John Eledjam ! »
« Salut, moi c’est Katia Doris, j’adore ce que je fais, je suis super drôle ! Et comme je suis seule sur scène, je fais ce que je veux, je m’éclate trop, d’ailleurs je vais danser sur « I love rock’n’roll », ça n’a absolument rien à voir avec mon sketch, ni avec le spectacle en général, ce n’est même pas drôle, mais je m’appelle Katia Doris et je fais ce que je veux ! Woooouuuuh ! Hé, je vais raconter une blague super marrante, j’ai voulu acheter un jean taille 34 alors que j’ai un gros cul ! Alors la vendeuse s’est foutue de ma gueule ! Pfffffff trop drôle ! »

« Ca va Lyon ? Comment qu’on est trop contents d’être là ce soir, franchement, c’est trop bien, en plus on est venu avec des artistes qui ont trop de talent, franchement, hé, franchement, vous allez les adorer ! Franchement ! »
« Est-ce qu’il y a des Noirs ici ce soir ? » Les Noirs répondent en poussant la voix. « Est-ce qu’il y a des Arabes ici ce soir ? » Les Arabes répondent de la même façon. On ne saura pas s’il y avait des Blancs, on ne leur a pas demandé s’ils étaient là. On ne demande qu’aux Noirs et qu’aux Arabes, c’est ce qu’on appelle un festival antiraciste.
« Hé, franchement, franchement, hé, on est là pour dire non au racisme, et chacun de vos rires est une arme de plus contre le racisme ! »
« Hé toi dans le public, franchement, hé, franchement vas-y comment tu ressembles trop à Janet Jackson, hé franchement, vas-y lève-toi ! »
« On vient d’Paris, et franchement, ça fait trop plaisir d’être ici ce soir à Lyon, et on espère que vous viendrez nous voir plus souvent à Paris qu’on aura l’occasion de revenir plus souvent ici, parce que franchement, hé, franchement, vous êtes un public trop sympa, franchement ! »
Bref, la joie était au rendez-vous.

Mais qu’en ont pensé nos quatre amis, recontrés hier soir ?

Kévin (19 ans, apprenti plombier) :
Et bien je vous avoue que j’ai été conquis ! Toute cette diversité riant pacifiquement, ça m’a plutôt rassuré. J’ai enfin compris qu’on pouvait très bien avoir une tête d’arabe et être drôle, voire avoir de l’esprit. J’ai enfin dépassé mes préjugés, ce qui prouve l’efficacité d’un festival antiraciste ! D’ailleurs, les vigiles qui nous laissé entrer étaient arabes, ce qui prouve leur volonté de bien s’intégrer dans la société.

Julien (23 ans, étudiant en Histoire) :
Contrairement à Kévin, je suis rentré chez moi hier soir encore plus raciste qu’avant. J’ai assisté au spectacle d’une génération se complaisant dans la médiocrité du langage et la pauvreté de la culture. Les idées s’entrechoquent, les blagues s’éparpillent, le sens de la comédie est complètement absent, les rebondissements se dispersent, les références utilisés par les artistes m’échappent [je ne parle pas arabe, et je ne vis pas en banlieue]. Vraiment, plus je les connais, moins je les aime. Je reste donc un sale raciste, mais j’assume.

Marcel (89 ans, retraité) :
Ils n’avaient pas de saucisson à la buvette ! J’ai bien essayé de discuter avec des gens mais ils me répondaient tous « Chhhhuuuuut ! » comme si je les dérangeait. Pourtant je ne comprends pas ce qu’ils écoutaient comme ça avec attention, il n’y avait sur scène que des commis et des électriciens qui testaient les microphones en faisant les guignols. Impatient de ne pas voir arriver les artistes, j’ai fini par rentrer chez moi. Ils jouaient King Kong dans le poste, ce fut un vrai plaisir ! Les scènes se déroulant chez les sauvages étaient particulièrement sensationnelles !

Julie (36 ans, assistante sociale en banlieue) :
Mon jugement est assez nuancé. Le public présent ce soir-là n’était pas un public « de banlieue », je ne me suis donc pas senti mal à l’aise comme je peux l’être dans mon travail. Mais si je partage un peu le constat de Julien [culture de l'égo pour tout art scénique, incorrection pour tout art comique], ces garçons et ces filles restent malgré tout très sympathiques. Ils ont du talent à leur façon. Je me demande tout de même si une telle entreprise peut convertir un authentique raciste en antiraciste. Pour ma part, ce n’est pas ce genre de soirée qui peut me faire changer d’avis sur les étrangers ou les immigrés. Je crois que je serais beaucoup moins raciste si les blacks ou les beurs d’aujourd’hui parlaient plus souvent de La Fontaine ou d’Astérix que du « bled » et des allocations. Par exemple, si les parents du petit Hicham dont je me suis occupé il y a cinq ou six ans l’avaient davantage soutenu pour devenir boulanger ou couvreur, je serais moins amère. Il a jugé plus enviable de rouler dans une grosse voiture de sport, et il en paye aujourd’hui le prix en passant par tous les commissariats de la région, desquels il sort toujours libre moyennant un stage de citoyenneté ou une peine symbolique. Aussi, quelle idée a-t-on eu de parquer tous ces gens dans cette architecture infernale ?

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