Voilà. On nous promet un joli capharnaüm.

Où l’on constate que la voie du progrès n’est que le retour à un âge primaire, à l’innocence bestiale qu’on tient pour un sort enviable. On est du genre qu’on veut. On est les parents de qui on veut. On vit la sexualité qu’on veut. On vit en compagnie de qui on veut. On butine qui on veut. On croit en ce qu’on veut. On se débarrasse de qui on veut quand ça prend trop de place dans son planning. On est d’où on veut et on retournera où les quatre vents disperseront ses cendres. On meurt au jour qu’on veut dans les conditions qu’on veut.  Tous les raisonnements se valent. Dehors les « croyances » et les « principes », dehors les « hiérarchies » et les « discriminations ». La vie est un creux où l’on vaque par hasard.

Rira bien qui rira le dernier, quand les armées du string transgenre et du godemichet recontreront celles de la burqa polygame et du cimeterre. Le néant androgyne contre le néant misogyne. La stérilité volontaire contre l’attentat suicide. Le totalitarisme de Big Mother contre la haine des hommes libres. L’imbécillité contre le crétinisme, l’obscurité contre l’obscurantisme, la déculturation joyeuse contre le fanatisme heureux, le matérialisme contre l’idôlatrie, la mort contre la mort.

La sainteté est une imposture pour les premiers, un simple mode d’emploi pour les seconds. Mais pour nous elle est un héroïsme, c’est à dire la voie qui fait honneur à notre plus grande valeur : la liberté. Aménagez vos catacombes, on y retourne bientôt. Voyez grand : elles serviront d’école [car toute instruction véritable est désormais devenue indésirable], d’hôpital [car toute obstruction à l'hédonisme est désormais soignée par la mort], et d’abri pour la cour des miracles du XXIème siècle.

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Il me souvient d’avoir un jour visionné une courte vidéo, filmée par un téléphone portable au cœur d’une foule compacte et hystérique, quelque part au Moyen-Orient. Un essaim d’hommes en furie était en train de massacrer une femme à coups de poings, de pierres, de pieds, de tout ce qui tombait sous la main. La malheureuse – j’ignore son crime – hurlait parmi les hurlements, s’effondrait rouée, piétinée, déchiquetée.
Puis, alors qu’elle gisait morte ou agonisante dans son vêtement déchiré de toutes parts, des mains se précipitèrent pour couvrir une fesse ou une jambe qui dépassait. Ce qui était blasphématoire pour cette meute sanguinaire ne résidait absolument pas dans la mise à mort sauvage d’une femme ; c’était soudain l’impudeur provocante d’une fesse. Il était soudain choquant qu’on pût voir une fesse, et c’était cela qui était inadmissible pour ces justiciers vertueux.

Comment ne pas y voir l’image exactement inverse de nos Modernes, qui défendent bec et ongles le droit, et même le devoir, d’exhiber ses fesses, au prix des 220.000 enfants qui finissent chaque année à la poubelle ? La pudeur de ceux-là ne s’offusque pourtant pas de ce chiffre littéralement sanguinaire. Il est bien plus choquant, n’est-ce pas, de voir quelques extrémistes intégristes prier devant une clinique et refuser l’exhibition obligatoire gagnée par l’implacable libération des mœurs.

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