décembre 2008


Sweeney Todd, de Tim Burton.
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"Comédie musicale" aussi peu versée dans la comédie qu’elle n’est musicale. C’est du Burton alors c’est gothique et tourbillonnant, mais c’est tarte à en mourir [hahaha, les gens qui ont vu le film vont trouver très drôle ce trait d'esprit], c’est lourdingue, ça dégouline d’hémoglobine et d’orchestrations musicales pachydermiques. On a connu un Burton en meilleure forme, mais voilà ouverte l’Année du Mal. Au programme : la mécanique au service de la vengeance. Fauteuil à rouages piégés, couteaux articulés, fortune économique du cannibalisme, et chauffage central de marque Petiot. De la monstruosité, en somme.

No country for old men, des frères Coen.
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Ce film est une gigantesque question posée au monde moderne. Un immense miroir en trois dimensions devant sa double-face hideuse. C’est implacable. Une haletante traque du Mal, faite de chair et de sang, mais faite également d’un distant et minutieux portrait-robot. Ici, le Mal est la perte du Sens, l’effacement du Verbe face à la vanité abyssalement angoissante de l’Utilité. La peur, autant que l’espérance vénale d’une rétribution gratuite, nous fait adhérer au jeu de l’Absurde. Tous les participants en paieront le prix fort, mais une seule le fera en mourrant pour l’Innocence et la Vertu contre les monstres engendrés par les rêves de la raison [Goya], en refusant de collaborer au double-jeu du Diable. Il FAUT voir ce film.

Wall-E, d’Andrew Stanton. [Pixar]
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Une véritable merveille ! Certains l’ont trouvé "gentillet", mais ce film est métaphysique ! C’est du très grand art, et pas seulement au niveau de la réalisation des images numériques.
Au XXIIème siècle, les robots ont fini par tenir l’humanité en esclavage, avec leur consentement le plus empressé. Tu consommes, tu communiques, tu te divertis, et je m’occupe du reste : disposer de la liberté que tu m’as vendue contre ton confort. De très profondes leçons de morale sont dispensées dans ce film : l’humanité est une conquête, et quiconque renonce à devenir humain devient la proie de lui-même, devient la proie des idoles, devient la proie de la Technique. On y apprend encore qu’il n’est point de vertu sans Liberté, et que cette Liberté est le plus souverain des biens qui puisse grandir la volonté d’humanité. On y apprend que le Progrès n’est qu’une illusion puisqu’il ne promet que l’esclavage aux masses. On y apprend que l’homme est infiniment plus digne debout au milieu des ruines qu’allongé sous les entraves du jouir.
Un film rempli de clins d’œil métaphysiques toutes les deux minutes. Comment classifier un objet qui ressemble à la fois à une fourchette et à une cuillère ? Comment réagit un robot nettoyeur lorsqu’il doit à la fois accomplir sa tâche selon le strict règlement et à la fois se poser en infraction au règlement pour accomplir sa tâche correctement ? Que se passe-t-il lorsqu’une poignée de déviants échappe à la reprogrammation ? Que fait advenir la faille du libre-arbitre entre la Nature et le Programme ? Comment la poésie éclot-elle au cœur de la machine ? Pourquoi le Destin est-il plus enviable que le Système ?
Des milliers de questions intelligentes constellent ce film, qui traque le Mal sous les traits de l’aliénation et de la jalousie. En sus, c’est à mourir de rire à de nombreuses reprises.

The Dark Knight, de Christopher Nolan.
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Un film intense, profond, fouillé, tourmenté, complexe, centré sur le soleil noir du Joker, et l’ombre qu’il projette sur le Batman. Une œuvre qui décortique les imbrications secrètes du Bien et du Mal, de leurs existences charnellement liées, qui offre un éclairage neuf sur la légitimité de la violence, sur la versatilité des foules, sur le mensonge des promesses démocratiques, sur l’échec des plans face à la grâce, sur le baptême qu’on choisit de recevoir non pas pour se laver du péché mais pour porter celui de tous les autres, sur la mission sacrée de l’Amérique devant la face du monde, sur l’invraisemblable capacité du Mal à haïr la Création, sur le dégoût du totalitarisme.
Parce que le Mal n’est pas qu’une simple puissance surnaturelle mais une incarnation, il est véritablement anti-christique, il est véritablement à l’œuvre dans la chair du monde, il est la véritable jouissance de l’acte destructeur au cœur même de l’humanité. Le Joker se fiche de l’argent, de la célébrité, du confort, du jeu. Il est un trou béant suspendu sur le sens de la vie. "Some people just wanna watch the world burn", voilà la pure description du réel, telle que les Modernes ne peuvent et ne veulent l’entendre. Rien que pour cette sentence, ce film est nécessaire.

+++

L’Année du Mal confirme en moi-même ce que je savais déjà depuis longtemps, mais sans que je puisse jusqu’alors formuler par des mots. L’Année du Mal fortifie en moi ma foi en l’Amérique, malgré tout.

Malgré son ultralibéralisme, malgré ses millions d’hérétiques en liberté, malgré sa folie de la consommation, malgré son ignorance crasse, malgré son inculture patente, malgré sa laideur, malgré sa névrose, malgré ses milliards de défauts l’Amérique possède des qualités et des volontés qu’elle est bien décidée à ne pas laisser mourir. L’Amérique a décidé de vouloir, coûte que coûte, grandir son héritage. Quels sont les fondements de l’Occident, quels sont les personnages de notre imaginaire, quelles sont les sources de nos ambitions ?

J’ai confiance en l’Amérique parce qu’ils chantent, plus que jamais !, ces choses que le Progrès a sciemment éradiqué en Europe : l’art du conte et de la fable, l’actualité vivace des mythologies antiques, la célébration des vertus chevaleresques, la supériorité implacable du Bien sur le Mal malgré la confusion moderne, la référence permanente aux Évangiles. Nous autres, pauvres européens, devons souffrir Plus belle la vie ou La construction de l’espace Européen pour tout conte ; les heures-les-plus-sombreuh-de-notreuh-histoireuh pour toute mythologie ; les factions citoyennes-solidaires-humanitaires-durables-antiracistes-relativistes-anti-discriminations pour toute chevalerie ; la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme pour tout viatique eschatologique ; et le programme du Parti Socialiste pour toute Bonne Nouvelle.

Les films de l’Année du Mal empruntent au conte, à la fable, à la mythologie, à la chevalerie, bref, à l’héroïsme, au devoir, à la morale, au don de soi pour autrui, à la libre initiative, à l’accomplissement de la justice, à l’imitation du bon exemple, au COURAGE.

Autant de gros mots jetés à la face du Vieux Monde, lequel ne jure plus que par la niaiserie collectiviste, la solidarité obligatoire, l’injonction à la tolérance, l’indifférenciation de tout jugement de valeur, la commande publique, le quota de Noirs et d’Arabes dans la Représentativité, et la réclusion manu militari de toutes les intelligences au plus profond de la sphère privée, c’est à dire au fond du trou de balle.

Je vous souhaite une bonne année 2009.

Joyeux Noël, chers lecteurs ! Je vous le souhaite avec quelques jours de retard, certes, mais ne dit-on pas que c’est tous les jours Noël ?

Pour cette fête majeure, j’offre à votre méditation ces deux "Corbeilles de pain" de Salvador Dalí – version 1926 et version 1945 –, en lesquelles le peintre voyait un objet éminemment surréaliste, mais que je publie en hommage à la ville de Bethléem dont le nom signifie "la maison du pain".

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Prochainement sur ce blog, un texte étonnant du même Dalí, traitant des Dimensions et couleur de Dieu

Je me permets aujourd’hui de relayer le flambeau d’une belle tradition de la blogosphère : l’examen d’Agreg. Au programme, une java sur un air d’accordéon parigot bien connu : "C’est un mauvais garçon", d’Henri Garat [1931]. Vous avez le droit de boire une Suze, un Dubonnet, ou encore un Byrrh pendant la correction.

Nous les paumés
Nous ne sommes pas aimés,
Des grands bourgeois
Qui nagent dans la joie

[Il y a donc "eux" et "nous", les paumés et les bourgeois. Accroche percutante, axée sur le clivage social voulu par une société inégalitaire, donc injuste. Un texte engagé, et dont les premières lignes nous immergent d'emblée dans une dénonciation citoyenne de la discrimination opérée par la classe dominante.]
Il faut avoir pour être à leur goût
Un beau faux-col et un chapeau mou

[Ironie pertinente quant à la vraie teneur des valeurs bourgeoises : l'apparence et la vanité, en tant que parodies d'une élégance aristocratique fantasmée, et de toute façon caduque à chaque mode qui passe. Excellente économie de mots pour désigner tout le factice d'un système civilisationnel fondé sur l'hypocrisie et la frivolité.]
Ca n’fait pas chic une casquette
Ca donne un genre malhonnête

[Très bon retournement du cliché "casquette-basket-survêt", retourné avec le panache prolétaire contre la veule mesquinerie de la bourgeoisie. Encore une dénonciation des codes vestimentaires ; attention à ne pas désamorcer la charge de votre texte par trop d'insistance sur le cours de la mode et du textile !]
Et c’est pourquoi quand un bourgeois nous voit
Il dit en nous montrant du doigt :

[Car le bourgeois, censé être vertueux, n'est que l'Accusateur, c'est à dire une émanation maléfique. Voilà qui est très bien vu et très bien résumé.
Une première strophe brillante de concision, qui dépeint en quelques mots bien choisis un univers sur la voie de la péremption. Bravo !]

REFRAIN
C’est un mauvais garçon
Il a des façons
Pas très catholiques
[Toujours cette ironie mordante ! Ainsi il y aurait de bons et de mauvais garçons, désignés par un conformisme moral qui fait fi des histoires personnelles, des contextes sociaux difficiles, du climat policier qui règne dans les quartiers populaires, et surtout de la diversité des croyances que tout un chacun a le droit d'exercer librement. Excellent choix dans l'expression "pas très catholique", qui joue à la fois sur le sens propre en tant qu' "immoral" car opposé à la doctrine catholique par sa liberté de mœurs, sur le sens figuré en tant que "louche" et "peu fréquentable", en enfin sur un troisième sens qui dénigre une vision exclusivement judéo-chrétienne à l'heure où la cohabitation avec la Diversité doit faire tomber les valeurs prétendument immuables. Vous avez très bien vu ceci : un garçon n'est pas forcément mauvais du moment qu'il échappe à la grille de lecture catholique, car le jugement du bon et du mauvais fluctue selon les cultures auxquelles on choisit de se rallier.]
On a peur de lui
Quand on le rencontre la nuit
C‘est un méchants p’tit gars
Qui fait du dégât
Sitôt qu’il s’explique

[Quelle sagacité ! Vous savez saisir tous les clichés sarkozystes, rien ne vous échappe ! Le bourgeois joue en permanence du sentiment d'insécurité et du fantasme de la violence urbaine pour proférer toutes les calomnies envers la classe populaire et la jeunesse !]
Ca joue du poing, d’la tête et du chausson,
Un mauvais garçon

[La rime en "on" jouit ici d'une jolie substitution de mot. Vous avez préféré "chausson" à "basket", cela crée un beau moment de poésie, mais sachez vous octroyer un peu de liberté dans les codes bourgeois de la versification ! S'il est réaliste de parler des baskets Nike, mettez le mot sans détour, car le style n'est que l'expression du Nécessaire, en l'occurence une dénonciation des codes paralysants et des conventions inégalitaires ! Osez !]

Toutes les belles dames
Pleines de perles et de diams
En nous croisant ont des airs méprisants

[Après les hommes bourgeois, vous abordez le thème des femmes bourgeoises ; ce soin méticuleux de respecter la parité vous honore. Toutefois, gardez en tête qu'une femme bourgeoise reste une femme avant tout. Elle est peut-être méprisante, mais ce fiel est l'œuvre de son embourgeoisement, de la domination hétérocentrée qu'elle subit ! Amusant clin d'œil à une grande dame de la chanson française au bout du deuxième vers, voilà qui est très habile ! et d'autant plus qu'elle est une de vos camarades de lutte !]
Oui mais demain, peut-être ce soir
Dans nos ginguettes elles viendront nous voir

[Retour d'ironie envers le camp des hypocrites ! Vous travaillez sur le terrain et cela se voit.]
Elles guincheront comme des filles
En s’enroulant dans nos quilles

[Maniez l'argot avec parcimonie : préférez le verlan. De façon générale, gardez-vous des langues mortes et faites vivre le français.]
Et nous lirons dans leurs yeux chavirés
L’aveu qu’elles n’osent murmurer :

[RETOUR AU REFRAIN]
…Mais y a pas mieux pour donner l’grand frisson
Qu’un mauvais garçon !

[Le masque tombe au dernier vers de la dernière strophe ! Bougre de bougre, vous avez du talent, mon ami. Dernier acte de la pantalonnade bourgeoise : condamnation de l'hypocrisie, condamnation du factice du jeu social, condamnation d'une fidélité conjugale propre à brimer scandaleusement les élans naturels de l'âme et du cœur... Excellente ellipse qui nous fait voir par suggestion le couple Djamel Debbouze & Mélissa Theuriau, c'est à dire le moment de citoyenneté exemplaire où le "mauvais garçon" convainc la bourgeoisie de la grandeur de son âme, et de sa légitimité à figurer dans les rangs de ceux qui "représentent les quartiers", et par voie de fait à faire "bouger la République" de façon active, et même bien plus active qu'un "gentil garçon", c'est à dire qu'un réactionnaire non-métissé.]

Appréciation générale :
Mon ami, je vous met 19 sur 20 ! C’est concis, synthétique, explicite ; chacun de vos mots tape dans le mille avec autant d’engagement poétique que de conviction politique. Vous balayez en quelques phrases seulement tous les travers de l’oligarchie bourgeoise : discrimination, mensonge, calomnie,… et savez célébrer avec autant d’économie toute la vertu du néoprolétariat primo-arrivant, sans jamais tomber dans le name-dropping facile. Je vous ôte un point pour le classicisme de votre versification ! J’attends de votre prochain travail qu’il rende compte de votre sincère volonté de déconstruire les codes, jusqu’au bout !
Je me permets de transmettre votre texte à la Halde, en vue d’un prochain battle de hip-hop qu’elle organise prochainement à la Courneuve avec la participation de Luc Besson. En effet, il faut sensibiliser toutes les Françaises et tous les Français au combat contre les forces du capital apatride [et de leur obsession pour le commerce du textile comme vous le soulignez avec pertinence dans votre texte], contre leur milice aux ordres d’un président qui contrôle les média et entretient une mauvaise image des quartiers, et contre toutes les formes de discrimination qui empêchent l’avènement d’une société ouverte, tolérante et multiculturelle.

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Éliminer la bourgeoisie en éliminant les bourgeois, éliminer le racisme en éliminant les races, éliminer le sexisme en éliminant les sexes ; vraiment je ne vois pas en quoi les méthodes du Camp du Progrès ont progressé depuis 1789.

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Charles Aznavour. Interprète de chansons très populaires ["Je m'voyais déjà", "La Bohème",...], qui font désormais partie du patrimoine de la chanson française, et dont la renommée est internationale.
Né Shahnourh Varinag Aznavourian, de parents immigrés Arméniens.

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Jacques Canetti. Producteur musical. Il fut le découvreur et le révélateur d’une immense quantité d’artistes fançais. Piaf, Brel, Gainsbourg, Fernand Raynaud, Jeanne Moreau, Robert Lamoureux, Vian, Mouloudji, Boby Lapointe, Jean Yanne, pour n’en citer que quelques uns.
Immigré juif d’origine bulgare.

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Rina Ketty. Chanteuse des années 30. "J’attendrai" connut un immense succès, et reste encore un grand classique de la chanson française.
Immigrée italienne.

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Vincent Scotto. Compositeur musical. Quatre mille chansons – dont plus du tiers connurent de grands succès –, soixante opérettes, deux-cents films à son actif. On lui doit de nombreux airs célébrissimes : "J’ai deux amours" [Joséphine Baker], "Je n’suis pas bien portant" [Ouvrard], "La java bleue" [Fréhel],…
Fils d’immigrés italiens.

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René Goscinny. Écrivain, scénariste. Célèbre pour avoir créé entre autres le Petit Nicolas et Astérix, deux personnages emblématiques de la culture française moderne. Le Petit Nicolas et son inimitable narration en style indirect libre, son portrait de la France d’après-guerre ; Astérix et ses multiples répliques cultes qui sont entrées dans le vocabulaire usuel des Français ["Tomber dedans quand on était petit",...], ainsi que la description amoureuse et minutieuse de la Gaule, des mœurs gauloises [querelleurs éternellement réconciliés par l'esprit de la camaraderie et de la ripaille], et des nombreuses nations du monde vues d’ici et dépeintes avec une tendresse amusée. Astérix est renommé internationalement pour son incarnation de l’esprit français, à la fois rigolard et spirituel, chauvin mais toujours hospitalier.
Goscinny est le fils d’immigrés juifs polonais.

Albert Uderzo. Dessinateur, co-créateur du célébrissime personnage d’Astérix.
Fils d’immigrés italiens.

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Sacha Distel. Chanteur et musicien. "Des pommes-euh, des poires-euh, et des soubidou bidou haa !" Un interprète majeur des airs de jazz et de variété de la deuxième moitié du XXème siècle.
Fils d’immigrés russes.

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Serge Gainsbourg. Auteur, compositeur, interprète, acteur,… Reconnu mondialement pour son génie musical, il est souvent cité comme référence majeure par les grands noms de la musique populaire d’aujourd’hui à travers le monde entier. Décadent, provocateur et déluré, mais aussi dandy, homme de lettres, esprit subtil et exigeant, et généreux fournisseur de talents pour toute la scène francophone.
Fils d’immigrés russes.

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Joseph Kosma. Compositeur. Auteur d’innombrables mélodies pour le cinéma français, metteur en musique d’autant de textes. Connue et aimée mondialement, la mélodie des "Feuilles mortes" de Prévert porte sa signature. Kosma a travaillé avec de très nombreux artistes : les Frères Jacques, Yves Montand, Barbara,…
Immigré d’origine bulgare, naturalisé français en 1946.

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Yves Montand. Aussi talentueux acteur que chanteur. Amoureux du grand répertoire classique, mais aussi du jazz, et des choses plus légères comme la comédie ou la chanson française. Éternel interprète des mélancoliques "Feuilles mortes", et facétieux en diable envers Hugo, en jouant Blaze dans "La folie des grandeurs".
Né Ivo Livi en Italie, fils d’immigrés italiens.

Simone Signoret. Actrice, et épouse d’Yves Montand.
Née Simone Kaminker, née en Allemagne, d’un père juif polonais et d’une mère d’origine française.

zolaemile
Émile Zola. Écrivain. On ne le présente plus.
Fils d’immigrés italiens.

goldmanjeanjacques
Jean-Jacques Goldman. Auteur, compositeur et interprète d’une immense quantité de chansons depuis les années 80, et qui rencontrent toujours un grand succès populaire. Il écrit et compose également pour de nombreux interprètes à travers le monde francophone.
Fils d’immigrés juifs allemands et polonais.

mouloudjimarcel
Marcel Mouloudji. Chanteur et comédien. Notamment resté célèbre pour son interprétation du "Déserteur" de Boris Vian, et de nombreuses chansons de Prévert.
Né de père kabyle et de mère bretonne.

vartansylvie
Sylvie Vartan. Chanteuse qui sera toujours "la plus belle pour aller danser" !
Née en Bulgarie de parents arménien et hongrois.

belmondojeanpaul
Jean-Paul Belmondo. Acteur et comédien. Célèbre pour ses rôles d’aventuriers baratineurs et de chiens fous, il est devenu Bébel, une icône du cinéma populaire français, et a complètement épousé le paradoxe français à travers ses multiples rôles, fait d’argotiques gouailles, de flamboyances courtoises, et d’élégantes préciosités.
Fils d’immigrés italiens.

tatijacques
Jacques Tati. Un des plus grands réalisateurs français, dont la renommée court toujours sur la bouche de ses confrères du monde entier. Rendu célèbre par son personnage de M. Hulot, homme distrait et rétif au monde moderne, poétique acoucheur de la vie dans un monde toujours plus technique et plus glacial.
Fils d’immigrés russo-néerlando-italiens.

balaskojosiane
Josiane Balasko. Personnage important de la comédie française depuis les années 80. On n’est toutefois pas obligé de partager ses opinions politiques NDF+.
Fille d’immigrés bosniaques.

coluchemichel
Coluche. Humoriste. Bon, je ne vais quand même pas vous faire un descriptif du personnage.
Né Michel Colucci, de parents immigrés italiens.

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Michel Polnareff. Auteur, compositeur et interprète majeur de la pop musique française. Volontiers provocateur, mais devenu un grand classique du répertoire de la chanson française.

+++

Ce ne sont que quelques exemples, glanés à travers le XXème siècle, mais qui nous apprennent plusieurs choses :

D’une part, que le XXIème siècle dissout ce qui fut toujours une évidence et une humilité pour les générations précédentes : l’immense majorité des immigrés souhaitaient pour leur descendance un prénom français. Autrefois, franchir une frontière, voyager, s’exiler, ne faisait pas en quelques minutes de TGV ou d’avion. Adopter un pays d’accueil signifiait épouser un destin et abandonner inexorablement une part de ses racines, au profit d’une liberté ou d’une prospérité qu’on s’engageait à mériter, loin d’une patrie qu’on quittait pour de bon. On abandonnait donc sa langue natale – les petits Français abandonnèrent eux aussi leurs langues régionales de la même manière – pour recevoir la somme culturelle française et y destiner sa progéniture.

D’autre part, l’exaltation nouvelle des racines – mêmes très lointaines – et l’éloge de l’ambiguité culturelle, rendus possible par la proximité technique des nations entre elles, provoquent l’effondrement d’une profonde exigence : on n’attend plus de la génération arrivante qu’elle maîtrise la langue d’adoption : le seul éloge de la différence tient lieu de talent. Quant au métissage des cultures et des races cultures, on connaît la teneur de la propagande quotidienne. Le Jamel Comedy Club n’est pas un incubateur de talents, c’est une entreprise qui renverse le processus de la renommée artistique : tout comme la Star Academy produit la célébrité avant l’adhésion du public à l’artiste, le Jamel Comedy Club façonne le contenu culturel avant que la culture ne daigne adopter ses chantres commis d’office. Faire de la chanson française ou reprézenté lé blédars du neuf-deux, il y a plus qu’une nuance : il y a la démission du Beau au profit de l’Idéologie, la déchéance du réel au profit du désirable, l’éviction de l’incarnation au profit de l’utopie. La mort du langage au profit de la communication.

Enfin, il est aisé de se rendre compte que les générations immigrées précédentes n’ont jamais cherché à réclamer une réprésentativité ou une réussite sociale par l’invocation d’une justice ou d’une équité de traitement à appliquer par la force. On tenait pour plus légitimes que soi la présence et la loi des autochtones, plus légitime que la sienne la culture locale. La frontière n’était pas un gros mot, mais l’espace souverain d’un peuple et d’une vision du monde, au-delà de laquelle ceux-ci différaient, et ce n’était pas grave.

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