octobre 2008


VENDREDI

Lyon Part-Dieu. Seigneur, cet endroit est d’un laid ! Bah, le TGV m’emmène à Paris, c’est tout ce qui m’intéresse pour le moment. Moins de deux heures plus tard, j’y suis. Je saute dans un taxi. Non seulement pour la rapidité que je lui suppose supérieure au métro [à raison ?] mais aussi parce que j’en ai marre de visiter Paris en émergeant de trous de métros. Un trou de métro pour Châtelet-Les Halles, un trou de métro pour la gare Machin, un trou de métro pour aller chez mon pote Untel, un trou de métro pour le rendez-vous avec Truc. Parcourir les boulevards c’est quand même plus intéressant que de surgir de trou en trou. Avec de la chance, je serai tout juste à l’heure pour le Complot.

Horreur, le chauffeur écoute RTL. Ca se met à causer Sœur Emmanuelle dans le poste. Je détourne mon attention, les charognards radiophoniques à l’œuvre me font gerber. Ils se vautrent dans l’indignité, ils adorent ça, ils n’attendaient d’ailleurs que ça. À peine la bonnefemme enterrée, on se rue sur son opération de marketing posthume, et on se met à farfouiller dans la tripaille. On cherche les bonnes pages, on renifle frénétiquement, on gratte avec ses papattes comme on cherche un nonosse, la terre fraîche livrera-t-elle ses scandales ? Va-t-elle nous parler du mariage des prêtres ? Va-t-elle défendre le mariage homosexuel ? Va-t-elle raconter ses avortements ? Nous dira-t-elle enfin tout le mal qu’elle pensait du Vatican ? Victoire ! Elle se tripotait ! On jubile : ce n’était donc pas WonderWoman.

Tout le monde de la trouver formidable parce que c’était quelqu’un d’ordinaire, admirable parce qu’elle était comme tout le monde… Je ne sais pas si vous vous rendez compte de la gravité de ces propos, mais admirer quelqu’un parce qu’il nous ressemble, c’est quand même d’une perversité à gerber. Ou alors c’est de la bêtise crasse en dose maxi-concentrée [quand il n'y en a plus, y en a encore]. C’est sans doute les deux à la fois. Je repense à Citadelle de Saint-Exupéry : « Quiconque abaisse, c’est qu’il est bas ». Et puis je repense à Læticia Hallyday, interviouvée l’autre jour sur Radio Pravda lors de la messe de funérailles, disant de Sœur Emmanuelle que c’était « la plus laïque des religieuses ». Dans sa bouche, c’était le plus suprême des compliments qu’elle pouvait former. Pauvre conne.

Bref, je me mets à songer à autre chose, mon regard se perd dans les aléas du trafic parisien. Une exclamation me tire de mes songes ; mon chauffeur se scandalise d’abord de ce qu’il entend, digresse aussitôt sur la pédophilie avérée de tous les prêtres, sur l’incapacité totale de tenir ses engagements religieux dans la chrétienté – à commencer par la chasteté –, pour finalement me défendre la doctrine plus saine du licite et de l’illicite dans l’Islam. Bon sang, quand est-ce que je sors de ce taxi ?

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Bon, j’arrive finalement presque à l’heure. Tout le monde est déjà là. « C’est ici le complot ? » En disant ça, j’ai une pensée pour Artemus et la scène « Homosexualis Discotecus » de Jean Yanne. C’est con il est pas venu. Ils en étaient tous.

Le lieu est très beau. La déco a échappé à la tornade Valérie Damidot. Les prises de courant ignorent le mot « norme européenne ». Ca discute, ça rigole. Y a du blanc, y a du rouge, du saucisson. Le patron est du genre grande-tape-dans-le-dos-HA-HA-HA-HA, j’adore. Son képi me va à ravir. Bon, alors je salue ceux que je connais déjà : Albertine et son joli manteau, l’ami Polydamas, et le voyageur libanais. Les inconnus sont souriants et chaleureux, on fait connaissance. Wilo m’envoie un texto pour saluer tout le monde et s’excuser de son absence, mais une réponse collégiale le traite d’homosexuel en retour.

Il y a là une compagnie charmante, spirituelle, cultivée, d’horizons finalement très divers, et qui aime le bon vin et la liberté. Tiens, ça nous ferait une belle devise : « Bon vin et liberté ». Un latiniste dans la salle ? Libertus bonum vinumque ? Le temps passe vite, les bons plats aussi. On rit, on mange, on lève nos verres, on se raconte nos histoires, on se sépare finalement, on n’a pas pu parler avec tout le monde. On n’a même pas poussé la chansonnette. Paul est délicieux –il a bon goût–, Woland est formidable, son aide de camp est exquise, Blueberry est insaisissable, Camille est absolument ravissante ; mais je dois avouer que j’ai à peine échangé quelques mots avec la jolie Sidonie, au Major Tom et à son acolyte au poing levé. J’espère n’oublier personne, sinon je vais me faire engueuler.

Bref, j’espère qu’on se reverra, c’était bien trop court.

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SAMEDI

Je me réveille chez Polydamas. Comme dans tous les appartements parisiens, chaque centimètre carré est précieux. Le moindre recoin stimule la créativité pour le transformer en tablette ou en étagère. Ah, il y a dix centimètres disponibles entre un tuyau de radiateur et un compteur électrique, on va pouvoir aménager un placard pour ranger le liquide vaisselle et les BN à la fraise ! Le Paris pittoresque, c’est chez les gens. La place du Tertre, c’est du flan. Le vrai Paris, c’est quand vous enjambez la cuvette des WC pour accéder à la douche.

On prend un brunch. Il me conseille Paradise Lost, je lui conseille Tool. On se promène dans la ville. Il y a de l’art contemporain un peu partout, Fiac oblige. Dans les jardins des Tuileries, Michelangelo Pistoletto exhibe une cage géante, genre cellule de prison, ça s’appelle « Espace libre ». Ouais alors tu vois, c’est tout le paradoxe d’un lieu qui symbolise l’incarcération, mais comme il est fermé et inaccessible tu vois, et ben de fait c’est un espace libre parce qu’il est vide et ouvert à toute apropriation. C’est à la fois vachement ironique et vachement métaphysique tu vois. Parce que c’est l’endroit des possibles, mais quand tu y es, tu brises tout potentiel de liberté, tu vois… Plus loin, il y a des murs d’acier de Richard Serra. La portée conceptuelle du bazar est vachement nuancée par l’irruption du réel : les passants se livrent à un concours d’empreintes de chaussures, c’est à qui imprimera la marque de sa semelle poussiéreuse le plus haut possible sur la paroi métallique. C’est une véritable constellation, ça donne une amusante collection de tous les pieds du monde. Naturellement, l’écriteau interdit de toucher et de grimper sur l’œuvre d’art.

Nous nous séparons à deux pas des colonnes de Buren. Dans le genre colonnes en ruines, celles d’Hubert Robert ont quand même plus de classe. Je compte sur Polydamas pour m’enseigner un jour son répertoire de chanson traditionnelle. Et j’espère ne pas l’avoir trop saoûlé avec mes avis-sur-tout.

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DIMANCHE

Je retrouve Albertine à la messe. Un bête malentendu me fait rater l’Asperges, mais la cérémonie est superbe. Évangile selon Saint-Jean, avec homélie en béton armé. La puissance du feu. La monarchie du Christ, c’est pas le carnaval moderne.

Nous partageons un bon repas, nous buvons une fillette pas dégueu du tout, et nous nous séparons après avoir échangé de fort spirituelles paroles. Nous ne sommes pas cathos, nous sommes catholiques.

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À Paris, les filles ont des jolis manteaux et des jolies jambes.

Après I comme Icare dont je parlais hier, vous poursuivrez votre viatique anti-démocrate par la lecture du Schtroumpfissime, album extrêmement politique s’il en est.

Le Grand Schtroumpf étant absent pour quelques jours, tout le village est livré à lui-même, et les Schtroumpfs se mettent en quête d’un chef de substitution. Commence alors une aventure qui voit naître de belles intentions démocratiques [tous les Schtroumpfs sont égaux en théorie], mais ce postulat entraîne dans une logique implacable la démagogie, la tyrannie, et finalement la guerre civile. Tout y passe : flatteries, magouilles électorales, confusion des bulletins de vote, promesses mensongères, imbécillité intrinsèque des foules, mouvements de résistance face aux milices de celui qui s’autoproclame Schtroumpfissime, phénomène de collaboration et de corruption, titres honorifiques de pacotille, attributions arbitraires des responsabilités, etc.

Et pendant toute cette agitation, nul ne s’affaire plus aux choses essentielles, à savoir la vigilance qu’il faut porter aux frontières de son territoire pour en assurer la survie : l’invasion des eaux menace le village si le barrage de la Rivière Schtroumpf n’est pas entretenu. [Nous sommes en 2008, on en tirera l'analogie de son choix].

Le Schtroumpfissime est in fine le discrédit du gouvernement populaire, et la consécration du gouvernement monarchique fondé sur une légitimité fondamentalement inégalitaire : le Grand Schtroumpf est le plus éclairé en tout [même le Shtroumpf à lunettes ne lui arrive pas à la cheville, c'est un vaniteux totalement incapable de s'élever au rang d'aristocrate, et sa science est désincarnée], et sa vénérabilité pose les conditions de l’épanouissement de tous [untel est bricoleur, untel est poète, untel est farceur, etc], contrairement à l’usurpateur élu qui commence par diviser les uns d’avec les autres et attribue des rôles inadéquats pour servir sa propre cause. Le rôle de la nuit est également édifiant dans cet album : on sait que la nuit est toujours le sommeil paisible du village, sauf pour le Grand Shtroumpf qui veille et travaille sur ses potions magiques. Sous le règne du Schtroumpfissime, la nuit devient le moment des traquenards, des complots, des espionnages et des suspicions ; la part obscure du monde vient dévorer l’innocence vitale du village.

L’album se clôt sur l’évidence d’une Restauration, tant par les désastres intérieurs [un gouvernement d'opérette n'engendre que des catastrophes et pervertit l'œuvre du salut], que par les désastres extérieures [une cité devient vulnérable quand elle ne regarde plus qu'elle-même] engendrés par la transformation du peuple en souverain.

Un album d’éducation politique qui ravira vos enfants, et qui achèvera de convaincre ceux qui ont toujours vu chez les Schtroumpfs un modèle de société communiste !

En 1968, Paul VI prononce un discours historique devant l’ONU. « Jamais plus la guerre ! Jamais plus les uns contre les autres ! œuvrons à la fraternité entre les peuples, et au désarmement ! »

Un discours étonnament optimiste au cœur de la Guerre Froide. Un discours pacifiste, humaniste, quasiment exempt de toute référence à « Dieu » ou au « Christ », bien qu’il sorte de la bouche d’un Pape. La Paix, grande cause moderne et progressiste, massivement revendiquée par une frange d’intellectuels de gauche et de communistes affichés, et qui devient même l’exclusivité du camp socialiste/internationaliste tout entier. Le Congrès International pour la Paix est organisé par le Parti Communiste, ce n’est pas un hasard. La paix, grand objectif de ce pape progressiste, qui nourrit de très grandes espérances en l’ONU, et qui voit en cette institution un outil providentiel pour mettre en œuvre l’harmonie planétaire des peuples.

Nous sommes dans l’après-guerre. Les bâtisseurs modernes ont enfin la possibilité d’appliquer à grande échelle leurs expérimentations de béton des années 30. La massification du modernisme commence. Les images défilent : après le traumatisme nucléaire – dont fait mention Paul VI –, c’est la consécration d’un Niemeyer en pleine gloire [siège du PCF, siège de l'ONU,...] qui offre au Tiers-Monde la possibilité de son émergence à Brasilia ; Le Corbusier construit le très humaniste couvent de la Tourette, ses cités-radieuses de béton brut, et sa main tendue vers le ciel dans un Chandigarh progressiste devient une icône de l’époque ; de même la célébrissime colombe de la Paix que Picasso dessine ; la double bannière « Paix » et « Internationalisme » claque sous tous les cieux humanistes, rouges comme le sont Niemeyer, Picasso, Le Corbusier et tous les autres. C’est l’époque où le père Couturier passe commande des nouvelles lieux de culte auprès des grands noms du progressisme athée. Le style international irradie toutes les métropoles du monde, implacable, sans exception. Le monde de demain sera prospère, fraternel, transparent, rapide, propre, lisse comme une façade de verre, impeccable comme un cube d’acier, inaltérable comme une charpente de béton, efficace comme une autoroute ultramoderne suspendue au-dessus de la ville.

Les HLM poussent comme des champignons, idem les immeubles de bureaux standardisés, on reconstruit des villes entières ruinées par les bombes, la campagne lacérée de périphériques et de voies rapides devient banlieue, les utopies fonctionnalistes prennent corps avec confiance. Pétrole, électricité, béton, progrès.

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C’est dans l’accomplissement de ce décor qu’en 1979 Henri Verneuil réalise I comme Icare. Un pays imaginaire à la fin des années 70, à mi chemin entre la France et les États-Unis, une nation moderne, un pays qui se déclare civilisé, où règne un système démocratique exemplaire.

Le décor est planté : builidings lisses, intérieurs lisses, drapeau anonyme, les lampadaires sont des globes impeccables, les automobiles sont rutilantes, les murs sont de verre et d’acier, l’asphalte sans défaut. La capitale du pays est un ensemble de volumes de béton sur pilotis, du gazon borde les rues. Tout y clame le triomphe international, et les noms des personnages y sont une part essentielle de ce portrait moderne : tous disent des identités mondiales identiquement floues. Un monde global, uniforme, standardisé. Luigi Dacosta, Nicolas Rosenko, Robert Sanio, Nick Farnese, Vernon Calbert, Karl Erich Daslow,… Le pays en question n’est jamais nommé.

Le film commence sur une scène d’assassinat. L’histoire nous raconte la contre-enquête du procureur Volney [Yves Montand] suite aux conclusions du rapport officiel de cet assassinat.

I comme Icare est un déshabillage lent et minutieux des rouages modernes, où l’anonymat – la Perte du Nom – joue un rôle capital dans la désincarnation du monde. Le monde moderne efface le nom, tous sont anonymes. Faux bureaux d’une fausse entreprise [dont le nom est "International"] pour poste de tir ; faux tireur qu’on désigne comme vrai assassin, et vrais assassins que la bureaucratie noie dans la masse d’un système devenu trop complexe ; quidams abandonnant leurs noms dans le nom d’autrui pour soulager une conscience malmenée, et c’est le Système sans nom qui croît de chacune de nos petites démissions ; les témoignages volontaires mentent, les vrais témoins se réfugient dans le silence et l’anonymat pour sauver leur vie ; vrais candidats sur les affiches, vrais manipulateurs inconnus ; le coffre-fort ne cache aucune preuve, la preuve est à découvrir dans un quotidien composé exclusivement de codages. Le vrai monde est planqué sous les couches de cryptage, et voilà l’aveu implacable de Verneuil : les utopies transparentes n’empêchent pas le mensonge : elles sont le mensonge en soi. Le monde moderne est prisonnier des engrenages inoxydables qui ont évincé les identités pour la masse et le trafic d’influence. Chasser la part d’ombre, pour mieux exposer l’illisible et l’indéchiffrable, jusqu’au cœur du banal.

Alors la « civilisation », dont l’enjeu de la définition baigne tout le film, voit sa brillance démocratique écornée. La civilisation moderne, pour servir le jeu des élections et des présidences mondiales interchangeables, devient alors une gigantesque machine de brouillage. On ne gouverne plus le monde avec des êtres incarnés, mais avec de l’information, du codage, du cryptage, du brouillage, du décodage, du trafic de popularité, de la propagande qui doit se rendre invisible. Même l’homme de la rue est une terminaison hyperactive des pieuvres transparentes. La transcontinentalisation en marche voit les innocents d’ici mouillés avec les coupables de là-bas, les coupables de là-bas innocentés par les manœuvres politicardes d’ici. L’anodin nourrit la suspicion, pendant que les versions officielles couvrent l’ignominie des glorioles.

I comme Icare, c’est l’ultime opération de sabotage de la vérité, où le cynisme dessine la Cité Idéale telle qu’elle est : la mort de l’Homme.

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Vous l’avez compris, je vous recommande chaudement le visonnage de ce film ; c’est une pièce nécessaire à la compréhension de la fin du XXème siècle et du début du XXIème. Il est servi par une photographie impeccable, un jeu d’acteurs très bon, et les amateurs de design se régaleront des décors. Mais si l’aridité du propos vous rend réticent, vous visionnerez Mon Oncle de Jacques Tati, où la névrose moderne de l’anonyme béton y est épinglée avec autant de virulence, mais avec humour, dérision, et un peu d’espérance en plus.

Le film de Verneuil comporte quelques invraisemblances scénaristiques, mais cet article s’est efforcé de vous faire comprendre que le film possède un intérêt supérieur à son seul déroulement narratif ! En sus, il propose une excellente illustration de l’expérience de Stanley Milgram, que vous devez connaître pour mériter le titre de gentleman.

La transparence et le reflet ; l’illusion et le piège.

Je suis encore tombé sur un vieux laïcard toutes-options [positiviste, anticlérical, a connu Mai 68, est en cours d'annulation de son baptême, et cæetera]. Au vu du contexte qui nous réunissait –un hommage à Georges Brassens–, le bougre ne s’attendait pas à trouver en face de lui, attablé de l’autre côté du coq au vin, un gars qui ne hoche pas la tête devant sa belle assurance de bouffeur-de-curé. Le gars, c’était moi. Et le gars en question aimait à la fois Georges Brassens et la messe tous les dimanches. Ca fait planter le logiciel neuronal binaire de ces gens là. Les bons gros clichés ont alors plu comme vache qui pisse, tous les amalgames y sont passés : Benoît XVI le rétrograde ; Pie XII et la responsabilité de la déportation des juifs ; la capote responsable du sida en Afrique ; la collaboration avec les franquistes ; l’Inquisition ; l’Église est le plus formidable opresseur de tous les temps ; le monde n’a pas été créé en sept jours comme le raconte « la Bible » ; personne n’a jamais prouvé l’existence de Dieu ; et d’ailleurs si Dieu existait il n’y aurait pas d’injustices et de guerres ; le tout saupoudré de la nécessité du sauvetage du servic public, de la politique culturelle des villes tenues par le Front National, et autres raccourcis politiques sortis d’un chapeau de prestidigitateur. Bref, ce fut l’extraordinaire défilé de toutes les idées reçues les plus préfabriquées du monde. Et ça se prétendait libre-penseur. Zéro nuance, zéro connaissance des dossiers. Les méchants sont les nazis et les fachos, et les cathos sont leurs complices. Normal, ils sont fondamentalement ennemis de la liberté.

Conversation animée, donc, mais qui ne pouvait aboutir à rien, vu la rage du gaillard. Il est toujours amusant de constater qu’un catholique est généralement disposé à lire des manifestes communistes ou de la prose positiviste, mais qu’un laïcard tel que celui-ci s’engagera sur l’honneur à ne jamais ouvrir une page d’Évangile de toute sa vie. Tolérance mon amour.

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Mais à la même table, il y avait aussi de nombreux représentants de la génération trentenaire en errance. Des boulots haïs, mais qu’on supporte parce qu’il faut bien fair chauffer la marmite. Dugenou est un commercial à cravate qui rêve de s’occuper d’enfants, par exemple en devenant instituteur. Mais la question du salaire le résigne. Tartempion joue les ingénieurs dans les flux dématérialisés des stocks agroalimentaires, mais rêve de quitter l’abstraction délirante des tableaux Excel. Il se voit plutôt gérant d’une salle de sport, au moins c’est de la sueur, le plaisir du sport, bref du concret. Mais on s’accroche à son Niveau-De-Vie pour payer l’eau, l’électricité, et la baguette au prix toujours plus vertigineux.

C’est vrai, c’est important le niveau de vie, il ne faut pas le nier. Mais combien en connais-je de cette génération tout juste adulte à trente ans, frustrée de ne pas avoir ce qu’elle cherche, parce que le Marché de l’Emploi, parce que le Pouvoir d’Achat, parce que la Qualité de Vie, parce qu’il fallait faire de longues études à tout prix, parce qu’il fallait bien envoyer des CV, parce qu’il faut bien payer son propre appartement et quitter ses parents,… Les entreprises et les sociétés sont remplies de gens qui s’ennuient sous des néons, et rêvent secrètement de flanquer des baffes aux commerciaux et de balancer des photocopieurs par la fenêtre.

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Il nous reste le coq au vin et les chansons de Brassens, mais je crois que le monde a rarement été aussi laid et aussi triste.

Francis avait la nausée. Comme tout le monde il avait un écran de télévision chez lui, mais affirmait en société qu’il ne l’avait pas, à la fois par provocation et par volonté de ne pas être comme les autres, ces affreux autres qu’il fallait aimer quand même. Et sur l’infâme écran qu’il avait allumé dans son minuscule salon – comme presque tous les jours malgré le dégoût qu’il affichait en public pour cette implacable machine à broyer l’intelligence – il suffoquait d’indignation face aux excuses en tous genres que déblatéraient l’escouade de sociologues dépêchées par le Gouvernement pour dire que non non non tout allait très bien, qu’il ne s’agissait que d’un folklore, détestable certes, mais d’un folklore quand même. Après tout, le folklore des tags a fini par entrer dans les mœurs, le folklore des incendies d’automobiles rituels a fini par entrer dans les mœurs, le folklore des banlieusards miséreux roulant en BMW toute musique hurlante a fini par entrer dans les mœurs, le renvoi au vestiaire des festivités de Noël a fini par entrer dans les mœurs à mesure que les kilomètres de rayonnages halal des supermarchés ont, eux aussi, fini par entrer dans les mœurs. Francis, preux chevalier indigné par la funeste crétinerie de cette époque, porta un coup fatal à l’émétique modernité qui n’en finissait pas d’agoniser et de pourir sous ses yeux en vidant héroïquement une nouvelle bouteille de vodka. Il s’effondra sur son canapé avant même d’avoir pu éteindre l’infernale image animée qui trônait malgré lui dans son propre foyer, et la stridence intinterrompue du diabolique appareil lui fit faire d’interminables cauchemars où se mêlaient point info-route, publicités pornographiques pour des céréales, et dialogues indigents de séries américaines.

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L’hymne national a encore été sifflé hier. Philippe de Villiers a immédiatement demandé à Nicolas Sarkozy qu’il prenne des mesures sérieuses et immédiates, et que s’il pouvait prendre personnellement à charge ce dossier au sein du Gouvernement, il l’accepterait de bon cœur. Marine Le Pen a violemment condamné l’échec des politiques immigrationnistes, ainsi que Bruno Gollnish. Il est plus que temps de rappeler cette récente exhortation de Benoît XVI faite aux nations de ne pas abandonner leurs identités dans l’uniformisation et l’indistinction modernes. La FSSPX a décidé d’organiser un rosaire pour la Marseillaise, en marge de la prochaine Marche pour la Vie qui débute ce week-end.

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Les équipes française et tunisienne sont entrées sur le terrain mêlées les unes aux autres, on ne discrimine pas, on coupe court au risque imminent de sifflement de la France, de ses joueurs, de son hymne, de tout ce qu’elle représente. On songe à Stalingrad, à Raymond Aron, on revoit Sartre attablé au Flore entouré de ses fans, c’est toute une époque qui disait oui non oui non finalement non, trente ans plus tard la débâcle est consommée et c’est BHL qui cristallisera l’ultime déroute sous les ors des hôtels de luxe où il écrit ses torche-culs. Chez François De Babouche on s’étripe, on invective, on exulte aussi devant l’explosion du réel à la face à la sale gueule du monde idéal mais voilà il ne se passe rien tout va bien ma bonne dame, et on rentrera se coucher en feuilletant l’Équipe et en cognant bobonne, c’était mieux avant. Le petit train de la réacosphère fait toujours des bulles.

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Heureusement qu’il me suffit d’un placard à balai pour garer ma nouvelle minivoiture de luxe, sinon j’étais bon pour passer un coup de fil à mon assureur – un authentique cas de paranoïa aiguë – que je croise parfois dans mon rade favori, parce que toutes les voitures de ma rue ont subi les assauts d’une bande de punks à chiens, jonchant les trottoirs d’éclats de rétroviseurs et de canettes de bière vides. Ca fait déjà trois fois qu’ils font le coup dans le quartier depuis deux ans, mais mon gros connard de maire s’en fout royalement, et ne fait rien. Si ma candidature avait mieux marché aux dernières élections, croyez bien que ça ne serait pas resté lettre morte, parce que je ne suis pas le genre de manchot sans neurone qu’on confond avec Lagaf ! Moi, c’est plutôt la méthode Steven Seagal, c’est pas le même genre d’humour. Enfin, tout ça pour dire qu’il y a plus grave que cela, puisque Le Gringeot a crevé son pneu arrière en roulant sur les éclats de verre de mon trottoir ! Non, je plaisante ! Je voulais bien entendu parler des huées qui ont accompagné l’évolution de l’équipe française pendant le match d’hier. Plutôt que de prendre des mesures aussi pertinentes qu’un sparadrap soviétique sur une chaise roulante rouillée, je propose de jouer tous les matches nationaux dans des endroits moins susceptibles d’attirer les populaces imbéciles et haineuses. Par exemple, à Foug, bled lorrain introuvable, où le climat refroidira radicalement le public, dans tous les sens du terme ! Et puis Laurence pourra se reconvertir dans la vente d’écharpes de supporters ou de hot dogs dans son fief, et devenir une véritable fortune locale !

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- Zulmé, tu penses à la même chose que moi ?
- Mais oui Toné, mais oui.

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Alors je suis encore retournée voir un match avec les nouveaux amis que j’ai depuis que je suis à Paris, et je dois dire que beaucoup aimé. Bon, je n’aimerais pas être le propriétaire du pré qui a servi à accueillir la rencontre parce qu’ils l’ont mis dans un sale état ! Presque aussi saccagé qu’après le départ d’une rave party sur les hauteurs de Briançon ! Je me souviens que le père Dupanloup – une personnalité locale – avait moyennement apprécié qu’on profite de la transhumance pour squatter ses terres. Faut dire qu’avec internet, même les raveurs d’aujourd’hui connaissent avec exactitude les périodes des transhumance, ce qui fait qu’ils avaient bien mené leur coup. Mais revenons à nos moutons, ceux en short. Et bien ils ont fait un truc super chouette, ils sont entrés en désordre sur le terrain, et j’ai adoré cette façon citoyenne de dire « Nous ne sommes pas deux équipes dans l’adversité, nous sommes avant tout des hommes égaux et des citoyens du monde ». Mais je crois que le public était un peu fasciste – comme quoi Libé a raison sur l’ampleur du fascisme en France – parce qu’il a pas du tout aimé cet hymne à la tolérance et au métissage, alors il a sifflé. Aux prochaines élections, la Droite n’aura pas ma voix ! Moi je dis le foot c’est de la citoyenneté à l’état pur !

Parce que nous serons les derniers chrétiens, nous serons aussi les premiers. Nous serons plus exactement comme les premiers, relégués non pas dans l’escroquerie d’une vague et suspicieuse « sphère privée », mais au fond des catacombes. L’ « islam des caves » fait circuler des AK47 et des fatwas, la chrétienté des catacombes dispensera la clandestinité scandaleuse du baptême, de l’eucharistie et du Sermon sur la Montagne. Et ceux-là seront raillés, conspués et poursuivis.

Le manteau d’églises est mité depuis bien longtemps ; dans nos villes il doit bien avoir une chapelle ou une église tous les deux-cents mètres, planquée derrière une porte taggée ou une enseigne de centre interculturel subventionné, mais avec quoi les remplir quand la déculturation religieuse a gagné jusqu’aux élites ? Il importe bien davantage à l’homme moderne qu’on puisse trouver tous les deux-cents mètres une station Vélib ou une borne wifi, et qu’en fait de manteau il se trouve une couverture de tout son réseau communicant pour combler les insupportables interstices de silence.

Tout est à refaire. Je côtoie des sans-diplôme, des diplômés et des sur-diplômés, tous ignorent gravement la nature et la profondeur de leur propre culture. Discussion récente avec des collègues : « Ah oui les évangiles c’est le truc avec les Tables de la Loi ? » « Non, ça c’est Moïse en haut du Sinaï. » S’ensuivent de profonds malentendus pétris de Da Vinci Code et de référénces incomprises. Bref, l’ignorance noire et profonde. « Bon sang, c’est VOTRE propre culture ! Ici à Lyon il y a des statues de la Vierge à tous les coins de rue, ça devrait vous dire quelque chose ; quand vous voyez écrit « Pentecôte » ou « Toussaint » dans votre agenda, vous devriez savoir ce que c’est ! »

Ben non, ça ne sait pas. Et ça s’en fout complètement. C’est du passé tout ça, c’est de l’archéologie. Nous vivons l’âge glorieux du Respect, de la Tolérance, et des Droits de l’Homme, à quoi bon s’intéresser au destin nébuleux d’une « secte qui a réussi » en brûlant vifs des hérétiques par millions.

Je crois pourtant que le terreau n’a pas été rendu stérile pour de bon, et que quiconque possède encore un minimum d’amour pour la vie comprendra que la terre est bonne là où elle contient encore le sel. Qu’un arbre qui donne de bons fruits ne mérite pas d’être jeté au feu. Et qu’au contraire, déçu par l’insignifiance d’une modernité utilitaire et vile, blessé par l’indignité des promoteurs de la mort drapés du mot « dignitas », scandalisé par la misère des mères seules, conscient de la profonde injustice de la polygamie et convaincu de la vertu du couple chrétien, revenu amer de l’inanité de l’idolâtrie halal/haram, fatigué des vieilles connasses multiculturelles et des vieux connards multifestifs, des sagesses orientales en kit et de l’intolérable duplicité des dispensateurs de bienpensance, on reviendra chercher auprès des chrétiens le véritable sens des choses.

Les premiers chrétiens seront des femmes tristes et abandonnées en quête de Joie et de fidélité conjugale, des amoureux du Beau déçus par la grisaille, des hommes traqués par leurs propres frères pour avoir apostasié le Coran, des Sam Lowry décidant enfin d’accepter de voir ce que leurs yeux voyaient sans voir au cœur de la Machine Citoyenne, des enfants oubliés par des parents éparpillés, des écrivains calomniés par le Siècle, des infibulées et des excisées comprenant leur malheur, des générations voulues spontanées en quête des racines de leurs grands-parents, des ribambelles de malheureux aux frigos pleins mais à l’âme en guenilles, des peuples entiers interdits d’Amour en quête de Feu.

Il nous faudra du courage, parce qu’il nous faudra donner l’exemple.

On a tous déjà vu des Jacques Chirac sautant par dessus les portillons du métro comme un délinquant, des Jack Lang surgissant de derrière un Fidel Castro comme un diable hors de sa boîte, ou encore des Ségolène Royal totalement christiques sur la muraille de Chine ; j’aimerais publier un petit florilège de ces clichés amusants – volontairement ou non –, pourvu que vous participiez à cette petite entreprise de compilation.

Faites-moi parvenir vos images à fromageplus-at-hotmail-point-com, elles seront publiées dans les prochains jours.

Merci !

[Je n'ai pas le courage de rédiger quoi que ce soit ces jours-ci ; faites donc le tour de la réacosphère, elle m'ôte les mots de la bouche !]

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