M. est issue d’une famille versaillaise. Bonne éducation, grands lycées, grandes écoles, employeur prestigieux de renommée internationale.
V. est issu d’une famille plus modeste mais il a reçu une bonne éducation, sort d’une grande école, et un certain goût de la réussite lui offre un début de carrière très prometteur.
M. et V. se sont mariés cet été. D’abord devant monsieur le maire, puis devant monsieur le curé. Réception chic, les jeunes mariés étaient très beaux ; ces demoiselles étaient ravissantes dans leurs chatoyantes toilettes, ces messieurs élégants, et ces dames exquises sous leurs chapeaux. Les enfants blondinets sortaient tout droit du catalogue Cyrillus. Le décor séyait à merveille à É., tout droit sortie d’un délicieux pastel de Vigée-Lebrun. Réplique presque parfaite de l’autoportrait au chapeau de paille. Du beau monde, bardé de diplômes, qui gagne de jolis salaires, qui règne sur le porte-monnaie de ses concitoyens. D’une certaine manière, une élite, puisqu’ils ont le privilège de gagner très vite leur vie, ce qui est loin d’être le cas de la majorité des haut-diplômés d’aujourd’hui. Une élite, puisqu’ils détiennent le pouvoir d’achat. Une élite, courtisée par la pub, les banques, les assurances et les marchands de bonheur. Une élite, à qui on ne fait pas trop d’histoires pour louer un appartement ou obtenir un crédit. Une élite, qui mène un train de vie très supérieur à la moyenne.
Mais cette élite-là nous offrit un mariage à la mesure de sa misère. Ca m’ennuie d’avoir à l’avouer car V. est mon plus vieil ami [on se connaît depuis bientôt trente ans], mais c’était une cérémonie navrante. Oui, je quand je parle du mariage, je parle bien de la cérémonie ; je ne vais pas vous raconter l’imposture du “mariage civil”, laquelle dure une minute et quinze secondes dans une salle éclairée aux néons, et qui consiste à écouter un employé de mairie vous lire les fumeuses exigences de l’État en matière de moralité conjugale – il est interdit de rigoler – du haut de son Code Civil, sous les regards croisés d’une traînée à bonnet phrygien et d’un quiquennal faquin mal photographié.
Le mariage, donc, nous en apprît beaucoup sur la réalité de cette Catégorie Socio-Professionnelle Supérieure.
Quelques jours avant la cérémonie, j’eus vent des difficultés à élaborer le livret de messe. L’un ou l’autre des parents faisait des reproches au programme des jeunes mariés, jugeant leurs choix “trop… euh, trop religieux”. Oui, il y existe des gens qui trouvent qu’une messe de mariage, dans une église, avec un curé, ne devrait pas avoir l’air “trop religieuse”.
De fait, la messe ne fut pas “trop religieuse”. Comme la communion est un acte un peu trop religieux, on opta pour une bénédiction nuptiale. La bénédiction nuptiale, ça fait messe, mais pas trop messe quand même. Ca tombait bien, le curé ne faisait pas trop curé non plus. Quand il est entré dans l’église, j’ai poliment dit “bonjour monsieur”, comme à n’importe qui. Comment pouvais-je deviner qu’il était prêtre, tout déguisé en civil qu’il était ?
Le très païen “Matin” de Grieg ouvrit la cérémonie. Nous chantâmes d’inchantables chants, tous profanes. Nous entendîmes tout de même un Ave Maria, par la grâce d’un providentiel ipod. Les textes laissés au choix des époux étaient tous des textes profanes. L’ensemble donnait l’image d’une grande puérilité, d’une gentillesse un peu bébête, qui ne fait de mal à personne sinon à la crédibilité de l’Église et de la Foi en général. Que je sache, la France n’est pas la fille aînée des Bisounours.
La réalité, la voici : il s’agit d’une génération complètement déculturée. Même les grandes familles remplies de grands diplômes, de belles maisons et de comptes en banques garnis sont la proie du grand vide culturel. Dans le meilleur des cas, ils ont envoyé leurs gosses au catéchisme niais des années 80, sous la houlette d’aumonières laïques, ravies et sentimentales, et qui n’ont rien transmis de l’authentique exigence chrétienne qu’on appelle la morale. Étonnant de la part de parents qui sont issus d’une génération encore christianisée à l’ancienne école, mais somme toute très répandu – j’en sais quelque chose.
Dans le pire des cas, ils n’ont même pas été au catéchisme. Ils connaissent Jésus, les chapitres essentiels de son histoire. Ils ont retenu “aimez-vous les uns les autres”, mais ils n’ont rien retenu d’autre qu’une leçon de gentillesse et de tolérance à cette école. Les Droits de l’Homme suffisent bien à se tracer une conduite.
Ils n’ont jamais écouté de chant religieux. La production de ”grande musique” occidentale comporte un répertoire chrétien absolument gigantesque depuis plus de mille ans, et ils n’en ont absolument rien reçu. Un trésor inestimable gît dans la poussière de cette génération, mais ils sont incapables d’y discerner quoi que ce soit qui serait à la mesure de leur âme et de leur sensibilité. On ne les y a pas élevés, on ne les a pas jugés dignes de cet héritage. Il existe à foison des airs profonds et recueillis, des chants d’allégresse mystique – et pas forcément des compositions lyriques ou symphoniques inaccessibles –, mais on chante “Dieu est une fête aujourd’hui, la fête de la vie, alléluia-ha-haha”.
Je ne leur en veux pas, ils ont subi les caprices de leur parents. Mais je suis triste, parce que cette génération est incapable de comprendre le christianisme comme sa propre civilisation. Ils sont citoyens d’une République laïque où tout cohabite dans l’indistinction, les églises sont vides, les curés sont évidemment pédophiles, les bonnes sœurs ont des moustaches, la messe du dimanche à la télé est neuneu, les évêques parlent un langage étranger, les derniers croyants sont des têtes chenues, le Pape n’est pas toujours sympa.
Ils fréquentent le christianisme comme on retourne voir mémé de temps en temps à la maison de retraite. C’est un truc d’un autre âge, mais comme on a reçu sa maison en héritage, et bien on l’aime un peu quand même. Quand elle cassera sa pipe, on revendra ses fripes et sa quicaillerie sur eBay. Il y a sans doute des collectionneurs.
Vendredi 5 septembre 2008 at 11:13
Ne désespérez pas. J’ai assisté au cours du dernier mois à quatre mariages : familles CSP + catholiques pratiquantes, type à particule avec emploi rémunérateur et demoiselle travaillant dans le domaine médico-social, mariés par un prêtre de moins de quarante ans. A chaque fois, messe durant entre une heure et demie et deux heures, avec chants bien choisis, sermon péchu et 80 % de l’assistance qui sait ce qu’elle a à faire dans une église. Tout n’est pas perdu.
Vendredi 5 septembre 2008 at 11:30
FdN,
Dans le contexte où je vis, dans mon environnement social et familial, vous comprendrez que mon mariage fut un petit scandale. Missa de Angelis, communion sur la langue, rite tridentin, pas d’applaudissement, bref ce ne fut pas très “fun”. De très vives controverses ont suivi ; on offensait les “acquis” modernes de nos aînés. Nous eûmes aussi de très beaux compliments : c’était de toute évidence profond, recueilli, digne, éclairé.
Mais vous avez eu plus de chance que moi cet été !
Vendredi 5 septembre 2008 at 11:59
Au moment des confirmations d’avant l’été, ”la dame” caté en charge de la préparation est venue demander à ma mère : ”vous qui allez à la messe” (sic), vous pourriez me rappeller les 7 dons du St Esprit, je me souviens de la tolérance, mais les autres, je les ai oubliés”… et c’est ça qui enseigne !
Vendredi 5 septembre 2008 at 12:05
Louuis,
Rassurez-moi, c’est une blague.
Vendredi 5 septembre 2008 at 1:19
Je vous trouve un peu sévère sur votre jugement du mariage fiscal, heu civil pardon.
S’il est vrai que la cérémonie est d’un ridicule achevé, j’ai trouvé que les textes lus étaient relativement corrects: ils décrivent la famille traditionnelle (ie un homme et une femmme) comme élément de base indispensable à la société, comme lieu d’accueil et d’éducation des enfants, rappelle les DEVOIRS des époux (la seule présence de ce mot est un plaisir…)
Bref, j’ai trouvé ce texte beaucoup plus censé et raisonnable que beaucoup de sermons de mariages…
Vendredi 5 septembre 2008 at 1:28
Bonjour,
Bien l’histoire de la femme caté.
Témoignage :
Mon mariage avec une gabonaise s’est fait selon le rite Paul VI mais avec une très intense préparation.
Et nous avons ajouté le rite africain d’offertoire pour les prêtres où chacun en chantant et dansant vient donner aux prêtres ou du sucre ou du lait … Et le prêtre bénissant ces modestes offrandes et celui qui les apportait.
Nous avons, aussi, ajouté une procession vers l’autel de la Vierge avec chants, chacun ayant son bouquet de fleurs. Et tous chantant la gloire de Dieu et demandant à la Vierge sa protection.
Et durant la fête nous n’avons entendu que des chants de louange.
Vendredi 5 septembre 2008 at 1:31
Ben,
Oui, à l’heure où l’État souffle le chaud et le froid en matière de “morale”, j’ai trouvé un peu fort de café qu’on vienne nous parler de fidélité ou de moralité dans une mairie. L’État fait tout pour vider l’institution du mariage de son sens, et on voit monsieur le maire donner des leçons de bonne tenue de son foyer quand des jeunes mariés se présentent devant lui. Faut arrêter de prendre les gens pour des cons.
Vendredi 5 septembre 2008 at 1:54
S’il n’y avait que la culture liturgique qui n’était pas connue…. Les bobos de 40 ans se souviennent de Capitaine Flam, de Samson et Goliath (le dessin animé) mais Dostoievki connaît pas.
Vendredi 5 septembre 2008 at 1:57
Assurément un bon article, cher Fromage+. Mais qui donc s’étonnera que le bourgeoisie (ou disons la nouvelle bourgeoisie) emploie le christianisme comme simple decorum et cède à l’air du temps, je veux dire : à la déculturation !? La nouvelle bourgeoisie, et surtout celle qui s’épanouit dans les médias (la plus vulgaire), sert aussi, comme toute autre “CSP”, de réceptacle des lieux communs de la post-modernité (il y aurait de quoi écrire une suite à l’Exégèse de Bloy).
Vous dites par ailleurs une chose qui sonne très juste : que “cette génération est incapable de comprendre le christianisme comme sa propre civilisation (…)”. Rien n’est plus vrai, et en l’occurrence je crois cette attitude toute contenue dans ces réflexions, qu’on entend absolument partout et dans la bouche même des catholiques se disant “pratiquants” (j’adore ce pléonasme) : que le Saint Père n’est pas toujours “sympa”, qu’il a une sale tête (sous-entendu : une tête d’ancien nazi). Ces remarques constantes sur le physique du Pape et son austérité (parce qu’il est quand même moins cool que Jean-Paul II, hein), aussi triviales puissent-elles paraître, sont à elles seules un symptôme flagrant de la déliquescence du christianisme (donc de l’Occident).
PS : cher Fromage+, s’être marié de votre manière relève aujourd’hui d’un casus belli à l’encontre des saints principes de la Fête et de la convivialité “citoyenne”, vous êtes un hérétique, j’en suis maintenant convaincu !
Samedi 6 septembre 2008 at 4:00
J’ai vu Jesus en revenant d’la piscine youpi, youpi, youpi…
Excellent article cher Fromage. Mais tout n’est pas perdu. J’ai 27 ans, je vais me marier prochainement et je peux vous assurer que ca ne sera pas a base de crin crin pourri.
Lundi 8 septembre 2008 at 9:26
Fromage,
Je suis entièrement d’accord avec vous. Je voulais juste dire que ce texte prononce des vérités que je ne m’attendais pas à trouver là.
Mais encore une fois vous avez raison: il faut un sacré culot pour dire ça dans une mairie!
Lundi 8 septembre 2008 at 9:38
Très bon papier, vous n’avez que trop raison. On n’a pas le cul sorti des ronces !
Lundi 8 septembre 2008 at 5:15
Ah c’est du lourd votre article, là. Je reviens justement d’un mariage en province, chez des gens que je ne qualifierais pas d’élite, mais issus de la haute bourgeoisie. Les deux époux, anciens scouts, sont tous deux pratiquants et nous avons eu droit à une belle messe (pas de rite tridentin, désolé) sans aucun chant profane. J’ai encore le livret de messe quelque part, je le soumettrai à votre oeil expert, moi qui n’y connais rien ou si peu.
Bref, tout cela m’amène à la réflexion suivante: moi qui ne suis pas un habitué des messes et des cérémonies religieuses, j’ai trouvé tout cela très solennel et pas du tout indigne, comme bon nombre de catholiques tradis semblent l’insinuer dès lors qu’il évoquent le rite romain. Je voulais donc vous demander, et ce sans agressivité de ma part, si vous n’aviez pas l’impression de trop en faire sur l’opposition ancien rite/nouveau rite? Pour éviter de dévier, excluons tout de suite les messes “branchouilles” avec prêtre en roller ou rap lithurgique et autres fantaisies qui ne constituent selon moi que des exemples de comportements minoritaires.
Je n’ai pas eu l’impression d’assister à un rite déchristianisé, indigne, amoral, ou particulièrement choquant.
Lundi 8 septembre 2008 at 6:22
Nicolas,
Je vais “à la messe en latin” depuis deux ans seulement, ce n’est donc pas quelque chose dans lequel j’ai baigné depuis ma tendre enfance. Je viens d’un milieu catholique “ordinaire”, pas du tout versé dans la Tradition, mais pas non plus versé dans la mouvance tambourin-guitare-youpi. Entre les deux.
Enfant, j’allais aux messes ordinaires, celles qu’on voit dans “Le jour du Seigneur”, dans une paroisse de quartier un peu tristounette, où l’on faisait du catéchisme à coup de papier crépon et de découpage-collage. Forcément, ça n’élève pas beaucoup, et le curé un peu gaucho n’aidait pas à élever le débat.
J’ai pu assister à de très belles messes selon le rite “moderne”, mais je dois avouer que ce furent des exceptions. Il me semble que le rite moderne, de par sa composition, autorise beaucoup moins de silence, de recueillement, et d’expression du sacré en général. Et donc autorise beaucoup plus facilement de “fantaisie” à la limite de l’orthodoxie. J’ai assisté à des messes modernes franchement consternantes, où l’on frisait le blasphème toutes les deux minutes. Choquant, c’est le mot. Le rite ancien est rigoureux, justement parce qu’il prévient ce genre de libéralités à la solde de l’Idéologie du Sympa.
Le rite moderne met l’accent sur les notions d’assemblée et de communauté [horizontalité]. Le rite ancien, lui, met l’accent sur la notions de sacrifice et de recueillement [verticalité]. En ce sens, je crois pertinent de distinguer les deux.
Vous parlez de messe “indigne”, et bien je crois que c’est bien plus répandu qu’on ne le pense ; et en ce sens Benoît XVI ne s’y trompe pas. Il a bien compris l’enjeu de l’an 2000 : il faut resacraliser la messe.
C’est par l’existence d’un rite digne et recueilli que j’ai retrouvé le chemin de la messe tous les dimanches. Il y a deux ans, donc. Au début de mon adolescence, j’avais fui l’Église en raison de son indigence et de son manque de nourriture spirituelle…
Lundi 8 septembre 2008 at 7:00
F+, merci pour votre réponse.
Je viens d’un milieu franchement gauchiste et laïcard, j’ai eu droit également au caté avec atelier collages et peinture d’une bouteille de coca pour en faire une Vierge Marie (l’imagination des Modernes n’a pas de limties). A l’adolescence, j’ai cessé de pratiquer. Aujourd’hui, j’entame ma conversion. Inutile de vous dire que je suis devenu un paria et un extrêmiste pour tout mon entourage.
Tout ceci pour vous montrer en gros d’où je viens, et vous enjoindre à pardonner d’avance mes questions parfois un peu naîves sur le rite tridentin.
J’ai un peu de mal à comprendre comment l’on peut concilier le fait de penser que l’Eglise n’offre pas assez de nourriture spirituelle et celui d’assister à une messe entièrement en latin durant laquelle le prêtre ne s’adresse jamais à l’assemblée (remarquez, parfois ça vaut mieux, je vous l’accorde).
Je suis aussi curieux de savoir à quoi ressemble un mariage tridentin, je n’ai pas trouvé grand chose à ce sujet.
Lundi 8 septembre 2008 at 7:37
Nicolas,
C’est une erreur de croire que le prêtre ne s’adresse jamais à l’assemblée dans le rite tridentin ! Le prêtre ne passe pas une heure et quart tourné le dos à l’assemblée ! Et il ne passe pas non plus une heure et quart à marmonner un incompréhensible latin !
Ce que j’y ai trouvé, c’est de l’humilité, du sacré, et, par dessus tout, une essentielle beauté qui me manquait cruellement.
Le prêtre s’adresse à l’assemblée quand il faut s’adresser à l’assemblée [lectures, homélie, etc, en français évidemment...!]; et il s’adresse à Dieu quand il faut s’adresser à Dieu [consécration,...].
Il faut bien comprendre que le prêtre ne “tourne” pas le dos à l’assemblée, mais il est bien dans le même sens que tout le monde, c’est à dire FACE À DIEU.
Je n’ai pour ainsi dire jamais fait de latin, cela ne m’a pas empêché de comprendre instantanément le Mystère qu’on célèbre à la messe ; au contraire, du jour où j’y ai assisté pour la première fois, tout m’est apparu plus évident et plus sensé, bien davantage que toutes les messes de mon enfance. Le latin n’est qu’un “vecteur de sacralité” supplémentaire, à quoi s’ajoute l’ensemble de la liturgie, notamment l’usage du chant grégorien. Après, l’habitude vient petit à petit de comprendre textuellement ce que l’on y dit.
Un mariage selon le rite tridentin, c’est comme un mariage selon le rite ordinaire, sinon que c’est sans doute plus propice à une certaine solennité. Après, selon le contexte familial, ce type de mariage peut provoquer le scandale ou l’admiration !
Lundi 8 septembre 2008 at 7:38
Nicolas :
Nota-bene : l’échange des consentements selon le rite tridentin se fait en français
Lundi 8 septembre 2008 at 7:54
F+, merci pour ces précisions.
Comme quoi les clichés ont la vie dure, j’avais une image toute autre de la messe selon l’ancien rite. Dire que j’ai habité à cent mètres de Saint Nicolas du Chardonnet pendant 10 ans et que je n’ai jamais franchi le pas
J’essaierai de corriger le tir prochainement, même si ce n’est plus vraiment la porte à côté.
Sinon, j’ai retrouvé le livret de Messe que j’évoquais plus haut:
- Accueil: “Que vive mon âme à te louer”
- Gloria in exclsis Deo
- Aria de Jean Sebastien Bach
- Laudate Dominum
- Sanctus : messe de San Lorenzo
- Agnus Dei : messe de San Lorenzo
- Chant à la Vierge: Ave Marie
j’omets volontairement la lecture des psaumes, le Notre Père, et certains autres.
Il n’y a pas eu d’applaudissements là non plus, et les mariés ne se sont pas goulûment embrassés
Lundi 8 septembre 2008 at 8:22
Nicolas,
Pour info, St Nicolas du Chardonnet est tenu par la fraternité St Pie X [FSSPX pour les initiés], mais depuis le Motu Proprio de Benoît XVI, on peut assister plus facilement au rite tridentin sans craindre de se retrouver chez des “durs”.
Vous trouverez sur cette page une carte des messes tradi actuellement célébrées en France :
http://honneurs.free.fr/Wikini/wakka.php?wiki=ParRegion
Si vous passez à Lyon, je peux vous emmener voir une belle messe.
Lundi 8 septembre 2008 at 8:27
F+,
merci pour ce lien. En effet, je n’ai pas une grande attirance pour la FSSPX, et je vois qu’une paroisse d’une commune voisine célèbre une messe selon l’ancien rite.
Je retiens votre invitation et vous en remercie!
Mardi 9 septembre 2008 at 8:02
Et non fromage+ ce n’est pas une blague : à la fin de l’année ma mère (qui est s’occupe aussi de ”cathéchèse”) a été remerciée par un enfant du caté pour l’année écoulée, et sa mère d’ajouter, ”le petit il a été très content parce que c’est la première année où il voit la dame caté a la messe le dimanche.”
j’en ai des tas d’autres comme ça
amitiés
P.S. St Georges à Lyon, très bien, j’y suis allé la semaine dernière, très priant.
Mardi 9 septembre 2008 at 10:18
Je suis heureux de lire tous ces messages pleins d’espoir suite à votre article sur une certaine ‘elite’ sans culture. J’espère sincèrement qu’un peu de latin et quelques génuflexions permettront une certaine renaissance de nos valeurs. Il faut reconnaitre toutefois que le motus proprio n’a pas le succès que j’espérais et que par conséquent je reste aussi inquiet que F+ suite à cette messe de mariage. Inquiet d’autant plus que son papier m’a fait penser à un post d’Hoplite (hoplite.hautetfort.com) de Juin dernier, qui cite une page du livre de Renaud Camus “La grande déculturation”, Fayard 2008, (p.146). La voici:
“Qu’entre les riches et les pauvres la seule différence soit désormais l’argent entraîne, parmi plusieurs autres conséquences inattendues, une précarité sociale considérablement accrue des classes privilégiées elles-mêmes qui, de ce fait, n’ont plus le temps d’être des classes, justement, ni, partant, de remplir leur rôle social et culturel. Jadis, une famille qui avait appartenu un certain temps à la classe privilégiée pouvait maintenir ce statut sur plusieurs générations même après l’effondrement de son niveau économique. La ruine, au temps de la noblesse, mais encore à l’époque bourgeoise, c’est-à-dire jusqu’au dernier tiers du siècle dernier, n’entraînait pas le déclassement social, ou seulement très lentement, parce que l’appartenance de classe n’était pas uniquement déterminée par le niveau de revenus mais aussi par le niveau culturel et la maîtrise plus ou moins grande de certains codes portant sur l’attitude, le vêtement et, au premier chef, sur le langage. En société déculturée, en revanche, ou post culturelle, ou néo culturelle –si l’on peut désigner par cette expression une société ou le mot culture a totalement changé de sens et ne désigne plus que les habitudes des uns et des autres, et tout spécialement les habitudes liées au loisir et au divertissement- , en société néo culturelle, donc, l’effondrement économique d’une famille entraîne ipso facto son effondrement social immédiat, ou du moins d’une génération à l’autre. Le rejeton d’une famille « distinguée » et cultivée peut très bien, s’il ne s’est pas intéressé à ses études, s’il n’était pas doué pour elles et s’il n’y a pas réussi, envisager très sérieusement, et même avec impatience et envie, d’être vendeur dans un magasin de chaussures ou chef de rang dans un restaurant ; et réclamer, s’il vient à mourir, qu’à son enterrement on fasse entendre un enregistrement de Sheila ou Dalida.”
“(…) La prolétarisation ambiante, si sensible culturellement en tous les quartiers et toutes les sous-sections de l’énorme petite bourgeoisie centrale, fait de spectaculaires apparitions, à titre d’emblème, jusqu’au sein du pouvoir, par le biais du langage des ministres, dont plusieurs s’affranchissent délibérément de la contrainte, jusqu’alors à peu prés observée, au moins dans l’exercice de leurs fonctions, de l’usage d’un langage tiers, et affichent leur soi mêmisme enthousiaste en donnant expressément leur unique souci d’être et de rester eux-mêmes (qu’on aurait pu croire, sinon tout à fait contraire à la dignité ministérielle, du moins parfaitement secondaire par rapport à elle) comme le motif ou la justification de leurs phrases relâchées ou de leurs mots orduriers. Sous sa forme culturelle (au sens si volontiers contre culturel du terme) elle se manifeste même au plus haut niveau de l’Etat, non seulement dans les amitiés affichées du président de la République avec les acteurs les plus en vue du cinéma populaire et commercial, dans son intimité chaleureuse avec le milieu qu’on eut appelé jadis de la télévision du samedi soir (mais c’est désormais samedi soir tous les soirs, à la télévision, et toute la journée), mais mêmes dans ses allocutions les plus solennelles, comme celle ou sous la coupole du Capitole, à Washington, il invoque Elvis Presley ou Marilyn Monroe afin de souligner les liens de sa génération (entraînée toute entière à sa suite en un mouvement rhétorique typique de l’impérialisme culturel petit-bourgeois) avec les Etats-Unis d’Amérique. Le tropisme culturel prolétarisant est ici d’autant plus manifeste qu’il se donne à voir et à entendre dans la bouche du chef d’Etat d’une vieille nation de haute et grande culture, bien sur, mais aussi d’un personnage dont on nous rappelle volontiers l’origine aristocratique, il est vrai peu frappante.”
“(…) Que, de façon générale, et avec toutes les exceptions inviduelles qu’on voudra, au premier rang desquelles celles du génie, il faille deux ou trois générations pour faire un individu tout à fait accompli culturellement, voila bien, quoique c’ait été la conviction tranquille de presque tous les siècles avant les nötres et de la plupart des civilisations, le genre d’opinions qui ne sauraient en aucune façon être reçue parmi nous. S’il était avéré qu’hérédité et culture fussent étroitement liées, on préférerait encore sacrifier la culture, par horreur de l’hérédité, antidémocratique par excellence dés lors qu’elle revêt la forme d’un privilège. Or, c’est à peu prés ce qui est arrivé, car le lien est bel et bien attesté, comme en atteste à l’envie tout le vocabulaire métaphorique gravitant autour du mot culture: héritage, patrimoine, transmission, etc.a La culture est la culture des morts, des parents, des grands-parents, des aieux, des ancêtres, du peuple, de la nation.; et même de cela qu’on ne peut même plus nommer, d’autant qu’il est convenu qu’elle n’existe pas, la race. Celle-là, il est significatif qu’elle soit interdite de séjour. Mais, à travers elle, entraîné dans sa chute et dans sa proscription, c’est tout ce qui relève de la lignée, de l’héritage, du patrimoine qui est visé; et la culture, par voie de conséquence, qui est atteinte.”
Mardi 9 septembre 2008 at 12:27
Henri,
Merci pour ces lignes de Renaud Camus ; tout est dit.
Mardi 9 septembre 2008 at 7:26
Cher Fromage +
J’ai, comme vous parfois assisté également à ce spectacle de désolation.
Néanmoins, pour répondre à ceux qui ne voient de réaction que dans le seul rite de 1962, je peux témoigner que même avec une messe “Paul VI” en français, les mariages peuvent aussi constituer une occasion d’évangélisation par le beau et le respect du sacré.
Mon frère s’est marié vendredi dernier. Même milieu, même public, plus les voisins et les derniers “piliers” de la paroisse, vestiges du passé au milieu d’une campagne déchristianisée. Messe célébrée par le curé de la paroisse (ou plutôt de ses 30 ou 40 paroisses). Bien préparée par les mariés, priante et chantée avec coeur jusqu’au fond, voire dehors, en français ou en latin (Sanctus, Agnus Dei). Et toute l’assistance de remercier de cette cérémonie recueillie et “entraînante”. Mais le plus touché a été le curé, clôturant la messe par ces mots : “Merci de nous offrir, à nous prêtres de campagnes, de telles cérémonies qui nous réconfortent”.
L’espoir redonné par ces petites touches, ne nous encourage-t-il pas à aller jusqu’à l’Espérance ?
Mardi 9 septembre 2008 at 7:46
Excellent billet, Fromageplus. C’est tellement fréquent autour de moi que je baisse les yeux de honte. Comme d’habitude, la tolérance mutuelle veut … que ce soit les cathos qui reculent. C’est le secret de la tolérance. Ne pas la mettre bien profond mais laisser les gens se la mettre elle-même pour être convenable ou moderne (pardonnez ma vulgarité sans nom).
Pour ce qui est de la musique religieuse, nul besoin d’aller à de tels mariages pour subir un choc. Le répertoire des paroisses françaises (conciliaires) est principalement issu de la fin du XIX ème siècle. Il suinte le bon sentiment et la mièvrerie saint-sulpicienne tout en se voulant 100% catholique. Même les psaumes chantés, oeuvres sublimes s’il en est, issus de l’âge d’or du génie littéraire juif mis en forme par la divine élégance de notre Eglise, même ces psaumes sont massacrés et rendus inertes, sinon crétins. La beauté qui sauvera l’Eglise, ou rien.
Mardi 9 septembre 2008 at 7:48
“se la mettre eux-mêmes”, j’ai du penser à quelque chose de coquin en écrivant, qui m’a fait tromper
Mardi 9 septembre 2008 at 8:05
Guillaume,
Je suis très touché de votre message, d’autant plus qu’il fait explicitement cet aveu : de belles messes comme celles-ci sont minoritaires.
Les messes modernes peuvent bien entendu être dignes et solennelles – j’en ai connu quelques unes – mais à la condition exclusive qu’on ait à faire à des gens instruits en matière de choix liturgiques et de connaissance du répertoire sacré. Faute de quoi, on tombe très vite dans l’indigence, cédant à la gentillesse sentimentalisante.
Je suis navré d’avoir à critiquer mes propres coreligionnaires, mais l’Église commet la très grande faute d’abandonner les croyants qui ont soif de beauté, d’intelligence, et de sens ; au profit d’une soi-disant majorité que l’on fait végéter dans la tranquille bonhommie d’une religion sympa et humaniste. Précisément, c’est cette orientation qui a vidé nos paroisses – du moins en suis-je absolument convaincu.
Mardi 9 septembre 2008 at 8:07
M. le Conservateur,
La phrase exacte dit que “La beauté sauvera le monde”.
[Attribué à Dostoïevski]
Mercredi 10 septembre 2008 at 8:11
Cher fromage votre article est excellent de bout en bout mais j’ai tout de même connu un de mes amis qui a trouvé sa voie dans le catholicisme alors même que sa famille était absolument moderne c’est à dire vaguement agnostique, entre ovnis et droits de l’homme, ma mère qui a subi le traitement de choc du franquisme éducatif a préféré nous laisser libre de nos choix en matière de foi sans jamais insulter les prêtres, les églises, les temples ou les synagogues, bilan mon frère s’est baptisé seul dans les 16 ans sans qu’on lui glisse une gourmette dans les dents après passage dans le baptistère, comme vous le voyez le vent souffle où il veut, quant au mariage civil que vous décrivez à merveille je vous conseille si vous passez par Toulouse la visite de la salle des mariages du Capitole vous y découvrirez la vulgarité républicaine dans toute sa splendeur
Mercredi 10 septembre 2008 at 3:22
Excellent article. J’ai moi-même assisté à ce genre de mariage où on se demande le pourquoi du choix de l’Eglise. La volonté de se marier en blanc peut-être ?
Jeudi 11 septembre 2008 at 3:29
merci pour votre article cher Fromage +.
lorsque vous dites “la France n’est pas la fille aînée de Bisounours”; bien que comique, me renvoie à mon dernier article en date, que je vous invite à diffuser.
bien à vous et dévotement.
Vendredi 12 septembre 2008 at 11:42
Fromage,
Je suis triste en vous lisant, parce que cette inquiétude légitime en voyant ce vide spirituel ne devrait pas abattre l’espoir que vous devez porter. J’imagine que j’aurai pensé la même chose que vous si j’avais assisté à ce mariage, et j’en aurais été tout aussi blessé si cela avait été un ami.
Mais je trouve que vous généralisez un peu, et que sans être faux, votre propos dressent un portrait général des CSP + qu’elles ne méritent pas.
Je me suis marié en mai dernier, et sans que la messe soit tridentine (la belle famille n’y aurait pas été opposé) je crois que nous avons réussi par notre préparation, le prêtre qui nous a marié, à offrir une célébration recueillie et priante, simple mais pleine de l’essentiel du sacrement. De même, tous mes amis mariés récemment nous ont offert la même image, celle d’une jeunesse bien née (plus par l’éducation que par les moyens financiers) et spirituellement bien dans ses pompes.
Il y’a bien sûr dans une partie de cette catégorie sociale certains qui sont dans une ignorance totale, dont le seul Dieu est l’argent, valeur qu’on ne peut leur reprocher tant effectivement c’est à leur parents qu’ils le doivent.
Mais ils ne sont pas autant qu’on le pense, et au pire, ils ne perdent qu’eux même, ils n’influencent personne. Ne reste qu’a prier pour eux.
Au contraire, les élites sont sensibles à la dimension spirituelle, je crois la côtoyer et je ne vois que des signes positifs, encourageant, venant de personnes qui savent organiser les priorités de leur vie d’Hommes.
On pourrait se focaliser sur les autres, je crains que ce soit aussi vain qu’improductif.
Samedi 13 septembre 2008 at 9:13
Que dire de plus, sinon que ce fromage est excellent!
Dimanche 14 septembre 2008 at 12:51
[...] prononcé vendredi dernier au Collège des Bernardins devant un parterre d’intellectuels (Fromage+, Hussard82 et Jonah Lomu choisi par la Croix pour suivre l’évènement) , d’artistes [...]
Lundi 15 septembre 2008 at 10:51
“la beauté sauvera le monde et toute beauté est sur la face du Christ”
A Toulouse passez plutôt voir Thomas d’Aquin, ça requinque!
Article me renvoyant à de nombreux souvenirs, notamment avec les gentils animateurs/catéchistes plein de bonne volonté, malheureusement seuls volontaires, maladroits, incultes, gentils et sans feu. Les ados et préados ébahis et perplexes devant leurs approximations et leur esprit bêbête
Jeudi 18 septembre 2008 at 11:37
“Dans le pire des cas, ils n’ont même pas été au catéchisme”
Il y a des phrases comme ça qui vous sauvent une journée!!
Les civilisations sont mortelles, celle chretienne l’est plus que jamais, je vous laisse entre cadavres