Lyon possède une grande tradition hospitalière, liée directement aux œuvre chrétiennes. Dès l’année 549, Childebert y fonde un Hôtel-Dieu. Comme je l’expliquais sur mon ancien blog, les hospices et autres lieux de médecine populaire étaient mus par une gigantesque entreprise de charité où s’affairaient les ordres religieux. À Lyon, la Révolution évinça les religieux et refonda l’activité médicale sous un régime civil, mais les hôpitaux et centres hospitaliers y sont toujours nombreux, et la ville concentre une très grande activité liée aux laboratoires, à la pharmaceutique, etc.

Le quartier de la Croix-Rousse possède son hôpital depuis plus de deux-cents ans. C’est un vaste ensemble de constructions dont le point central et culminant est – en toute logique – une chapelle, surmontée d’un clocher blanc.

Aujourd’hui, la chapelle proprement dite est logée dans ce minuscule réduit flanqué contre la nef du bâtiment. On y accède par l’extérieur et on y doit trouver à peine dix chaises. La chapelle étant devenue l’arrière du bâtiment et non son centre, le public n’a pour ainsi dire aucun moyen de trouver l’accès à cet oratoire. [Au vu de l'exiguité, ce n'est même plus une chapelle.]

Bah, de toute façon plus aucun patient ne demande à s’y rendre.
Mais qu’est devenue la véritable chapelle ? Que reste-t-il de la grande nef ?

Et bien c’est une grande salle fermée au public. J’ai réussi à y pénétrer en empruntant la porte "réservée exclusivement aux services funéraires". À l’intérieur, il y a des bancs comme dans une église, mais le décor est glacial, anonyme, nu et dépouillé. Les murs originaux ont disparus derrière un placage de briques de verre et de plâtre blanc, derrière lesquelles on devine avec peine le décor d’une véritable chapelle, avec ses lambris et ses vitraux. Ils existent encore, mais dans quel état sont-ils ?

De toute évidence, on n’ouvre les lieux que pour d’occasionnelles funérailles, les plus religieusement correctes possibles. J’ai cru comprendre que la caisse de contreplaqué logée dans un coin était un tabernacle ; j’espère me tromper et qu’il s’agissait de l’armoire aux fusibles. En tout cas, je n’ai pas vu d’autel.

Ce qui est frappant quand on se promène dans les lieux, c’est de constater à quel point cet endroit autrefois central est devenu l’arrière de l’hôpital : c’est littéralement devenu la porte de sortie de ceux qui partent les pieds devant, à l’exclusion de toute autre fonction. 

Clairement, la foi n’intéresse plus que les morts. On fait appel à Dieu [et encore...] comme on tire une sonnette d’alarme : uniquement en cas de trouille, quand c’est déjà trop tard. Quel bel endroit pour un ultime départ. Il ne manque plus que le logo de la Sécurité Sociale.

Ah, mais je n’avais pas vu le panneau :

Voyons cela de plus près :

Ne froissons personne ; nous sommes tous égaux devant la fin de vie.

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