juillet 2008


Lyon possède une grande tradition hospitalière, liée directement aux œuvre chrétiennes. Dès l’année 549, Childebert y fonde un Hôtel-Dieu. Comme je l’expliquais sur mon ancien blog, les hospices et autres lieux de médecine populaire étaient mus par une gigantesque entreprise de charité où s’affairaient les ordres religieux. À Lyon, la Révolution évinça les religieux et refonda l’activité médicale sous un régime civil, mais les hôpitaux et centres hospitaliers y sont toujours nombreux, et la ville concentre une très grande activité liée aux laboratoires, à la pharmaceutique, etc.

Le quartier de la Croix-Rousse possède son hôpital depuis plus de deux-cents ans. C’est un vaste ensemble de constructions dont le point central et culminant est – en toute logique – une chapelle, surmontée d’un clocher blanc.

Aujourd’hui, la chapelle proprement dite est logée dans ce minuscule réduit flanqué contre la nef du bâtiment. On y accède par l’extérieur et on y doit trouver à peine dix chaises. La chapelle étant devenue l’arrière du bâtiment et non son centre, le public n’a pour ainsi dire aucun moyen de trouver l’accès à cet oratoire. [Au vu de l'exiguité, ce n'est même plus une chapelle.]

Bah, de toute façon plus aucun patient ne demande à s’y rendre.
Mais qu’est devenue la véritable chapelle ? Que reste-t-il de la grande nef ?

Et bien c’est une grande salle fermée au public. J’ai réussi à y pénétrer en empruntant la porte "réservée exclusivement aux services funéraires". À l’intérieur, il y a des bancs comme dans une église, mais le décor est glacial, anonyme, nu et dépouillé. Les murs originaux ont disparus derrière un placage de briques de verre et de plâtre blanc, derrière lesquelles on devine avec peine le décor d’une véritable chapelle, avec ses lambris et ses vitraux. Ils existent encore, mais dans quel état sont-ils ?

De toute évidence, on n’ouvre les lieux que pour d’occasionnelles funérailles, les plus religieusement correctes possibles. J’ai cru comprendre que la caisse de contreplaqué logée dans un coin était un tabernacle ; j’espère me tromper et qu’il s’agissait de l’armoire aux fusibles. En tout cas, je n’ai pas vu d’autel.

Ce qui est frappant quand on se promène dans les lieux, c’est de constater à quel point cet endroit autrefois central est devenu l’arrière de l’hôpital : c’est littéralement devenu la porte de sortie de ceux qui partent les pieds devant, à l’exclusion de toute autre fonction. 

Clairement, la foi n’intéresse plus que les morts. On fait appel à Dieu [et encore...] comme on tire une sonnette d’alarme : uniquement en cas de trouille, quand c’est déjà trop tard. Quel bel endroit pour un ultime départ. Il ne manque plus que le logo de la Sécurité Sociale.

Ah, mais je n’avais pas vu le panneau :

Voyons cela de plus près :

Ne froissons personne ; nous sommes tous égaux devant la fin de vie.

Contre la méthode globale, le retour aux fondamentaux !

Tout exprès pour vous, chers lecteurs, afin de faire des au-revoirs en beauté on a hissé le grand pavois sur notre ancienne plateforme ! Cliquez là >>>

[Le blog HautEtFort prend sa retraite, mais reste consultable en ligne.]

L’idéologie du Dialogue fait partie de ces grandes escroqueries dont la modernité est gourmande.

1. Dans le meilleur des cas, il ne s’agit que de brassage d’air. A priori inoffensif, mais tellement vain qu’il entretient le crétinisme ambiant. Prenons un exemple. Faisons dialoguer une délégation animiste et un groupe de laïcards bien modernes :

- Vos idées sont formidables ! et nous les respectons pour ce qu’elles sont.
– Merci, mais vous n’êtes pas mal non plus ! Et vos opinions sont aussi respectables que les nôtres. En sus, j’adore votre cravate.
– J’aime aussi beaucoup votre étui pénien. Toute cette diversité culturelle, quelle beauté.
– Certes, certes. Buvons à notre santé.
– Justement, le buffet nous attend dans le salon d’à côté.
– Allons-y.
– Non, sans blague, vous êtes vraiment formidables, vous et vos coutumes !
– Mais, cher ami, les vôtres sont tout aussi formidables !
– Ah, voici nos amis de la Presse. Serrons-nous la main pour immortaliser ce Dialogue historique et fondamental.
– Hahaha. [Sourire Colgate pour la caméra]
– Dites-moi
– Oui ?
– Alors comme ça vous croyez vraiment aux esprits de la forêt, aux esprits de la rivière, tout ça ?
– Mais très certainement ! Et vous-mêmes ne croyez vraiment qu’à la stricte matérialité du monde ?
– C’est exact ! Dieu n’est qu’une superstition pour nous.
– Nous sommes vraiment des gens formidables.
– Mais oui, nous croyons tous deux en des choses fort estimables.
– Ah, revoilà nos journalistes. Tchin !
– Tchin !
– Ahahaha.
– Ahahaha.

Voilà. Concrètement, ça ne sert à rien. Ca glorifie une sorte d’humanisme cool et sympa, ça cultive le relativisme, les droits de l’homme, l’amitié entre les peuples, tout ça. Tout est également formidable. Mais ça fait partie d’une propagande bien huilée ; ce n’est pas du philanthropisme d’amateur. C’est encadré, médiatisé, subventionné. Ca sert surtout à vous faire comprendre que vos convictions d’occidental moyen ne valent pas plus que celles d’une tribu arboricole. Beethoven c’est bien, mais la kora c’est tout aussi chouette.

2. Dans un autre cas de figure, l’idéologie du Dialogue nage dans ce que j’appelle le Tourisme. C’est à dire considérer l’Autre non pour ce qu’il Est réellement, mais considérer l’Autre-pour-l’Autre. Ici, les choses sont délicates : on considère qu’Autrui a tort de ne pas partager ses propres idées, mais on ne va surtout rien faire pour changer cet état de fait. Il y va de notre capacité à tolérer l’Autre, de notre grandeur d’âme à aimer la Différence-pour-la-Différence.

L’Église Catholique moderne a assimilé ce défaut, par exemple. Je commence à comprendre pourquoi la branche lefévriste s’est révoltée contre le Dialogue avec les Juifs : l’Église n’a pas à dire aux Juifs "Vous êtes formidables !" mais plutôt "Convertissez-vous, orgueilleux ! Le Messie est bel et bien venu ! Ouvrez vos cœurs endurcis !"  Mais un Moderne de base, un peu rustique, a vite fait de comprendre ceci : "Les catholiques n’aiment pas les Juifs, les catholiques sont antisémites. Donc les catholiques sont intolérants et racistes". Le débat est biaisé par l’idéologie du Dialogue.

Je ne cherche pas à défendre les lefévristes – que je trouve particulièrement orgueilleux, justement – , mais à expliquer que nous n’avons pas à être les touristes d’Autrui. L’Autre n’est pas un joli paysage dans l’anthropologie mondiale villagisée ; l’Autre a parfaitement le droit d’être détrompé s’il se complait dans l’erreur ou l’obscurantisme.

Un véritable chevalier du laïcisme, s’il était cohérent, devrait dire à un musulman "Les calotins sont des obscurs et on leur a mené la vie dure, votre foi mahométane ne vaut pas mieux ; allez vous faire foutre vous et vos tchadors et vos crimes d’honneur et vos superstitions à la con sur l’impureté du porc". Un véritable chevalier catholique devrait dire à un animiste "Tes croyances sont débiles : comment vais-je pouvoir construire une école si je ne peux pas toucher à ton arbre sacré ? Et si je coupe ton arbre, tes dieux meurent avec lui ? Ils ont la santé fragile, tes dieux ! Quant à ta polygamie, permet-moi de trouver cela particulièrement odieux pour la gent féminine ! Et ta magie est une insulte à l’intelligence rationnelle !"

L’idéologie du Dialogue, dans cette optique, transforme le monde en parc d’attraction. "Dans cet enclos, les végétariens bouddhistes. Dans cette cage, les catholiques. Dans cet aquarium, les juifs. Ici, les orthodoxes. Là, les musulmans. Interdiction formelle de donner à manger à l’ensemble du zoo humain."

Dans la réalité, on constate que le Dialogue laïcs-chrétiens est à la défaveur des chrétiens ["Jésus-Christ est un sombre idiot qui n'a jamais existé"], et que le Dialogue laïcs-musulmans est à la défaveur des laïcs ["Okay, vous aurez vos horaires de piscine aménagés, okay vous aurez les menus halals dans les cantines, okay on vous donne des sous pour construire vos mosquées, okay vous avez le droit de porter le voile, okay on tolère votre polygamie, okay on ne vous accusera pas de nazisme quand vous brûlerez des bibliothèques entières ; mais c'est parce que la Différence est formidable et qu'il faut encourager la coexistence des cultures"].

3. Enfin, dans un troisième temps, l’idéologie du Dialogue est une perfusion à usage de la société : on instille dans le corps socio-culturel des idées qu’il rejetterait en bloc s’il avait à les affronter brutalement. On va afficher le Dialogue comme quelque chose d’audacieux et de vachement ouvert d’esprit, et, après des années de Dialogue, on va rendre les dites idées acceptables. On aura travaillé la société lentement mais sûrement.

Exemple : Dialoguons sur l’entrée de la Turquie dans l’Europe. Dialoguons sur la reconnaissance du mariage homosexuel. Le Dialogue s’instaure parce que l’opinion est défavorable : "La Turquie n’est pas un territoire Européen", "Le mariage est une institution fondée sur la fertilité naturelle de l’hétérosexualité". Bon, alors on dialogue, on fait des colloques, des reportages, des articles de presse, des émissions de télévision, des débats ; on fait battre tambour en place publique pour faire comprendre au fil des années que le modèle social est à l’ "Ouverture", que les "tabous" sont caducs, etc.

Et finalement, la conclusion tombe comme un chantage : "Voilà des années que nous dialoguons avec la Turquie, ce n’est pas pour leur dire NON au moment de décider de leur entrée !"  Ou encore "Nous dialoguons depuis des lustres avec les acteurs sociaux et les associations gaies, nous n’allons tout de même pas faire machine arrière et leur dire que tout cela n’a servi à rien !"

Hop, vous voilà pris au piège du Dialogue, la trappe se referme sur vous.

Après une courte et désastreuse expérience chez BlogSpot, le MoisiBlog atterrit finalement ici. Reprise des activités à prévoir.

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